Comme la fois où je trouvais don ça plate de jouer dans mes plates-bandes.

Quand il s’agit de faire des tâches manuelles, j’ai parfois l’impression d’avoir les mains pleines de pouces, sans qu’aucun ne soit vert. Parce que quand il s’agit de faire des tâches manuelles qui impliquent un végétal, je préfère de loin passer mon tour. Je ne fais malheureusement pas partie de ces bonnes âmes qui trouvent don ça relaxant et thérapeutique d’enlever les mauvaises herbes et de jardiner. J’ai bien essayé de parler à mes plantes pour me rapprocher d’elles mais sans grand succès. Et j’ai simplement fini par me lasser de ces conversations qui tournaient toujours autour du pot sans qu’on ne se dise jamais les vraies affaires. J’ai parfois l’impression qu’elles aimeraient bien reprendre le dialogue mais pour moi l’intérêt n’y est plus. Je fais donc semblant de ne pas les voir quand je passe à côté d’elles et je les laisse plantées là avec tout leur « body language ». Un peu comme je fais avec le militant de probablement Greenpeace que je croise et recroise chaque jour à l’entrée de mon travail. Le pire c’est que j’ai de réelles intentions d’un jour m’y arrêter. Juste pas aujourd’hui.

Je dois avouer que je me sens une mauvaise personne de ne pas aimer jardiner. Je me demande même si je ne devrais pas plutôt faire semblant de trouver ça apaisant moi aussi. C’est comme les gens qui n’aiment pas le yogourt Méditerranée, les weekends de 3 jours, Richard Desjardins, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ou le Bar à painMD chez Pacini, je pense que c’est le genre de déclaration qu’il faut juste garder pour soi. En plus d’être une mauvaise personne, j’ai aussi l’impression d’être une mauvaise voisine et de faire baisser la valeur des maisons du quartier par mon manque d’aménagement paysager. Chaque fois qu’on glisse une petite feuille de couleur pliée en trois dans la fente de ma boîte aux lettres, j’ai toujours la crainte que ce soit une pétition pour me faire expatrier du Plateau. Mais non, c’est toujours une pétition pour faire expatrier les automobilistes du Plateau. Je suis pourtant la prochaine sur leur liste, j’en suis presque sure.

Ma voisine de gauche a de jolies pensées bien alignées qui font sagement la queue leu leu en attendant sa visite. Il n’y a pas un pixel de mauve qui dépasse du rang. Lorsqu’elle vient les arroser tôt le matin, les fleurs de sa jaquette font du small talk aux jolies pensées bien alignées. Elles se parlent principalement de la pluie et du beau temps. Deux numéros civiques plus loin, le scénario est pourtant tout autre alors que c’est la débandade dans mes plates-bandes. Mes vivaces ne se gênent pas pour attaquer les passants qui osent s’aventurer devant chez moi. Mes arbrisseaux se dilatent dans tous les sens et « s’expansionnent » comme bon leur semble. Ils se répandent ça et là mais surtout là. Là, en dehors des plates-bandes. Même les sans-abris sont intimidés par ce trop-plein de végétation. Ils s’abstiennent d’ailleurs de venir fouiller dans mes sacs de recyclage pour y trouver des cannettes vides comme ils le font avec les autres voisins. Ils se disent que de toute façon je dois être une marginale qui boit du kombucha et non de la liqueur. Je le prends un peu personnel.

En ce qui concerne ma cour arrière, c’est tout autant la brousse. Je me prépare mentalement à y trouver un jour quelques hippies qui auraient délaissé les tam-tam du mont Royal en pensant avoir découvert une réserve faunique secrète non répertoriée sur le site de Tourisme Montréal. Je tends souvent l’oreille pour voir si je ne les entendrais pas chanter kumbaya seigneur en guise de remerciement pour cette découverte inédite.

L’autre jour, j’ai décidé de régler ça une fois pour toutes la question du jardinage. J’ai décidé de tout arracher ce qu’il y avait dans mes plates-bandes question de ne plus m’en faire avec ça. J’en avais juste assez du jugement de mes voisins. Vous allez voir ce que vous allez voir Les amis de la nature, vous allez avoir l’air ben fins quand vous pourrez pu commérer sur mon cas. Va falloir vous trouver un nouveau souffre-douleur dans le quartier. Pourquoi pas parler du voisin d’en face qui a mis un drap en guise de rideau dans sa fenêtre? C’est ben pire que de ne pas arracher ses pissenlits ça. Ou de l’autre bozo qui n’a pas encore enlevé ses plastiques d’isolation en plein mois de juin (ah non, ça c’est moi…). Ok, ok, parlez plutôt du voisin ben sauté qui a changé sa boîte aux lettres pour une chaudière d’eau d’érable. Champêtre de même le voisin. J’aimerais bien voir sa face quand je vais me décider à aller lui mettre un pot de map-o-spread dans sa boîte aux lettres. Flyée de même la fille.

Alors que je mettais mon plan à exécution et arrachais avec dynamisme le contenu de mes plates-bandes, ma voisine de droite est sortie pour venir me piquer une jasette :

– Ahhhh, vous vous êtes allée vous chercher de nouvelles fleurs à l’Éco-quartier?

– Hein, quoi? L’Éco-quoi?

– Vous faites de la place pour vos nouvelles fleurs? Ils en donnent à l’Éco-quartier ces jours-ci…

– Ah ben oui, des fleurs à l’Éco-quartier. Tout à fait. L’Éco-quartier… le nom le dit hein!  Moi chu ben pour ça un quartier écolo. Pis j’aime tellement ça jouer dans mes plates-bandes, c’est comme une thérapie en soi, ça me relaxe totalement l’esprit. Aimez-vous ça vous le yogourt Méditerranée?

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Comme la fois où j’ai voulu connaître l’avenir.

Comme la fois où ma vie m’ennuyait un peu. Comme la fois où mon amie m’a proposé, pour me changer les idées, de m’emmener voir une diseuse de bonne aventure. Une diseuse de  bonne aventure qui “disait toujours des trucs supers positifs et encourageants sur la vie”, m’a-t-elle assuré en insistant sur le fait que “ce serait vraiment drôle et léger”.

Bien mieux qu’un “Viens, on va aller au Café Céramic peindre une tasse laide que tu vas oublier d’aller chercher quand elle sera cuite”, je dois avouer que le caractère ésotérique de l’activité ici proposée ne me déplaisait pas du tout. Il faut savoir que les “Aye, je pensais à toi justement!”, les “Tu parles d’un hasard!” et les “Sérieux, c’est quoi les chances??!” de la vie me rendent particulièrement heureuse. Pour être franche, j’ai peut-être même une légère propension à voir des coïncidences là où les autres n’en voient pas. Croiser une bonne amie à l’épicerie par exemple peut me paraître comme un signe du destin:

– Hein, Lucie??! Sérieux, c’est quoi les chances??!

– Ben Marie, on habite dans le même quartier.

– Ok mais on aurait quand même pu facilement se manquer. T’aurais pu être à la poissonnerie pendant que je faisais une danse du ventre dans l’allée des pots de yogourt.

– Ouin mais tu sais que je déteste le poisson.

Donc voilà, c’est avec un certain entrain que j’ai appelé la voyante pour prendre rendez-vous. Je m’attendais à un “J’attendais justement votre appel.” lorsqu’elle a répondu. Mais non, elle m’a plutôt demandé de lui apporter des salsifis lors de ma visite, une genre de carotte jaune qu’on peut facilement trouver au Marché Jean-Talon mais difficilement là où elle habitait. C’est donc armée de mes salsifis dans une main et de ma foi dans l’autre que j’ai cogné à sa porte le fameux jour J. Elle m’a immédiatement ouvert en me lançant un “Je vous attendais justement.” (wow, elle doit vraiment être bonne). Celle qui allait me prédire l’avenir a commencé par faire ma carte du ciel en fonction de ma date et de mon heure de naissance. Après m’avoir balancé quelques vérités qui ont renforcé mon “wow, elle doit vraiment être bonne”, la bonne diseuse de bonne aventure s’en est allée  d’une question plutôt innattendue:

Avez-vous déjà perdu un enfant?

– Quoi??

– Avez-vous déjà perdu un enfant?

– Euhhh, non.

– Une fausse couche ou un avortement peut-être?

– Non. Vraiment pas. Pourquoi vous me demandez ça?

– Ah non, pour rien.

– Ben là.

– Vous aurez peut-être juste un accouchement difficile.

– Ah, si c’est juste ça! (rire jaune salsifis)

La voyante a ensuite voulu me lire les lignes de la main. Elle a donc pris ma main pour l’examiner mais l’a aussitôt refermée:

– Je ne peux pas lire votre ligne de vie malheureusement, elle est brisée.

– Comment ça « elle est brisée »? Ça peut pas être brisé, j’y ai toujours fait super attention. Je l’ai même hydratée pis toute. Pouvez-vous la réparer?

– Ça marche pas comme ça. Elle est brisée parce que vous ne faites pas ce que le Bon Dieu a prévu pour vous. C’est à vous seule de trouver votre voie.

Voyant un peu ma mine déconfite, c’est en sortant son jeu de tarot qu’elle a tenté de faire diversion :

– On va regarder ce que les cartes ont de bon à dire. Est-ce que vous voulez tout savoir?

– Qu’est-ce que vous voulez dire « tout savoir »?

– Ben, est-ce que je vous dis tout, tout, TOUT.  Les mauvaises nouvelles, les drames, les morts…

– Euh…. comment je pourrais ben vous dire ça : NON! Pis arrêtez-moi ça tout de suite cette voyanterie… ce voyeurisme… cette clairvoyancerie-là. Arrêtez-moi ça tout de suite parce que chu ben trop jeune pour mourir pis si je vais mourir bientôt ben je veux juste pas le savoir.

– Mais non ma pauvre fille, vous n’allez pas mourir. Pas tout de suite en tout cas. Faut pas vous angoisser comme ça. Allez, on va vous changer les idées. On va regarder du côté de vos amours (long silence de concentration). Ah oui, je vois de l’amour.

– Mais encore?

– Je vois un homme. C’est un homme qui n’habite pas au même endroit que vous, mais pas trop loin.

– Ben y’habite où sinon?

– Vous habitez Montréal vous?

– Oui.

– Ben lui y’habite probablement Longueuil.

– Voyez-vous une tondeuse pis une piscine hors terre aussi?

Ok, on va se l’avouer: c’était n’importe quoi cette idée-là de vouloir connaître l’avenir. J’aurais plutôt dû aller me changer les idées au Café Céramic et peindre une tasse laide que j’aurais oublié d’aller chercher une fois cuite (moi aussi je suis capable de prédire l’avenir après tout). Je peux quand même affirmer que cette expérience m’a vraiment coupé toute envie de retourner un jour voir une voyante. Sauf bien sûr si elle s’appelle Christelle et qu’elle me lise l’avenir dans sa boule de Christelle. Parce que sérieux, c’est quoi les chances??!!

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Comme la fois où j’ai supprimé ma mère.

C’était la fête des Mères le weekend dernier, soit l’occasion pour plusieurs d’aller à la pharmacie acheter une carte préfabriquée où l’on peut voir un beagle affirmer, la gueule pleine de fleurs: “C’est toi la meilleure maman au monde!!!”. Me refusant à encourager cette fête commerciale, je m’entête chaque année à concevoir un cadeau de mon cru. L’année dernière par exemple, j’ai fait une Claude Lafortune de moi-même en y allant d’un montage de type scrapbooking qui impliquait du papier de soie chiffonné, des macaronis bios ainsi que des photos aux yeux rouges et aux coupes de cheveux nostalgiques. Pour faire différent cette fois-ci, j’ai décidé de composer un poème qui rime avec Leclerc. Il va comme suit:

Te souviens-tu de la fois où je n’y voyais plus clair?

Tsé la fois où il n’y avait que toi et moi, sans Martine St-Clair.

Cette fois-là, tu as vraiment su éclairer ma voie tel un lampadaire.

Je voulais t’en remercier, pour la fête des Mères.

Particulièrement inspirée pour la première strophe, je dois admettre que j’ai rapidement frappé un mur pour le restant de mon beau cadeau non commercial. Car au moment où j’essayais de me souvenir si ma mère et moi avions déjà visité Val-Jalbert, une montée de culpabilité m’a soudainement coupé tout élan créatif. Et je suis presque certaine d’avoir fait un rêve semi-éveillé dans lequel un beagle, la gueule pleine de fleurs, est venu me dire: « Tu es loin d’être la meilleure fille au monde!!! ». Le beagle ne me laisse donc pas le choix: je dois vraiment avouer mes torts si je veux un jour retrouver mon inspiration et ainsi compléter ce touchant poème. Un épisode en particulier pèse lourd sur ma conscience. En voici le récit.

Mars 2011. Je viens tout juste de publier mon premier article sur le présent blogue. Et j’ai beau cliquer sur le bouton refresh à toutes les 5 minutes, il y a toujours un gros “0” à côté du “nombre de visites aujourd’hui” (ça c’est parce qu’ils ne comptent pas mes propres visites sur le site). Je me décide donc à appeler ma mère, bien déterminée à améliorer mes statistiques d’achalandage:

– Allô maman, c’est Marie-Eve. (Je ne sais pas pourquoi je ressens toujours le besoin de me nommer, ma mère n’a qu’un seul enfant, il n’y a donc que moi qui puisse l’appeler maman.)

– Ben oui, je m’en doutais, je n’ai qu’une seule fille. (voilà)

– Bon. Là, je voulais t’avertir que j’me partais un blogue. Tu sais c’est quoi un blogue hein?

– Oui oui, y’en ont assez parlé du blogue de l’an 2000…

– Ouin, t’as un peu raison là-dessus. C’est pas mal “an 2000” de se partir un blogue. Anyway. Je vais t’envoyer l’adresse de mon blogue si ça te tente de le lire mais je t’avertis, si jamais l’envie te prend de faire un commentaire, va pas mettre de “c’est beau pitchounette” là.

– Ben non franchement. Pour qui tu me prends. Ça fait des années que je t’appelle pu de même.

Satisfaite de mon appel, je retourne ensuite à mon ordinateur question d’écrire à quelques amis proches afin de leur annoncer à eux aussi la “blogue nouvelle” (isch, c’était pas mon meilleur objet de courriel, je l’avoue). Je mets donc en branle ma stratégie de déploiement en prenant soin de faire un refresh de mes statistiques entre chaque envoi. C’est au moment où je m’apprête à “vider mon cache”, convaincue qu’il y a un problème avec mon navigateur, que je reçois ma première demande de modération. Pour ceux qui sont moins familiers avec le processus, WordPress offre la possibilité aux blogueurs de filtrer les commentaires faits sur leur site, le tout pour éviter que les carpediem_69 de ce monde viennent y écrire des obscénités. Ledit commentaire qu’on me demande d’approuver avant publication est le suivant:

“Bravo chouchounette!!! Comme tu es drôle! Je suis très fière de toi! xxx ”

J’attrape aussitôt mon téléphone et compose à toute vitesse, comme si ma vie en dépendait:

– Allô maman, c’est Marie-Eve.

– Ben oui, je m’en doutais, je n’ai qu’une seule fille.

– Hehe, ouin. Euh… comme j’ai pu voir… euh…t’as lu mon blogue?

– Aye oui. Je voulais te dire, j’ai tellement ri en tout cas pis quand t’as parlé de…

– Maman. Je t’avais dit de pas écrire pitchounette si tu faisais un commentaire. Là t’as mis chouchounette, on s’entend que c’est des synonymes?

– Oups. Excuse-moi, j’pense que j’me suis emballée.

– Ouin, ben là je vais être obligée de refuser ton commentaire, ça nuirait trop à mon brand sinon.

– Ça nuirait trop à ton quoi?

 – Ah, laisse faire.

Alors voilà, tout est avoué maintenant : j’ai bel et bien supprimé le commentaire de ma propre mère. Je sais, c’est honteux tout ça. Mais que celui ou celle qui a toujours été une progéniture exemplaire me lance la première pierre-qui-roule-n’amasse-pas-mousse.

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Comme la fois où mes parents se sont dits « Pourquoi pas lui donner 4 noms? ».

Bon, je le sais que j’en parle souvent mais autant mieux faire le tour du sujet une fois pour toutes, question de pouvoir passer plus rapidement à autre chose (des articles moins nombrilistes par exemple). J’ai un complexe de nom, je trouve qu’il ne finit plus de finir. Je vous entends déjà me répondre à ça « Oui mais tu sais dans la vie, on n’est jamais satisfait de ce qu’on a, et on veut toujours ce qu’on n’a pas. Luc Dion lui, il rêve de s’appeler Marie-Eve Leclerc-Dion. » Ben oui, c’est bien connu, « Luc Dion paraît toujours plus vert chez le voisin ». Mais je m’en fous un peu de Luc Dion et je n’ai aucune compassion pour lui. Car au moins les gens ne sont pas obligés d’avoir un minimum de cardio pour prononcer son nom ou de changer leur mine de crayon avant de commencer à l’écrire. Il n’y a probablement qu’Élizabeth Blouin Brathwaite qui puisse me comprendre puisqu’elle non plus son nom ne rentre pas sur un afficheur. Je soupçonne qu’elle a même dû perdre plusieurs contrats à cause de ça.

Possiblement entendu aux bureaux de chez Spectra:

– Connais-tu ça toi, une Élizabeth Blouin Bra?

– Jamais entendu parler. Une nouvelle marque de soutien-gorge?

– Non, non, c’est une chanteuse. Elle vient juste de m’appeler pour me dire qu’elle acceptait de faire partie de la programmation. C’est bizarre, on ne l’avait même pas approchée.

– Probablement une des premières évincées de Star Académie qui essaie de nous en passer une p’tite vite. Oublie ça.

Ce qui est parfois frustrant avec ce long nom, c’est qu’il trahit définitivement ma génération, c’est comme si j’avais mon année de naissance de tatouée dans le front (c’est quand même mieux qu’un signe chinois sur l’omoplate, je l’avoue). Et je ne me décide pas à laisser tomber l’un de mes 2 noms de famille car j’aurais l’impression de renier symboliquement mon père ou ma mère. Résultat: j’ai des frustrations accumulées et je ressens soudain le besoin de me venger sur quelqu’un. Ma future descendance par exemple. Je vois ça comme un genre de Payez au suivant pour me sentir moins seule dans mon complexe nominal. Alors voilà, je brainstorme sur la question depuis quelques temps et j’en suis arrivée à la conclusion qu’il serait trop facile de me marier à un David Therrien-Lefebvre et de faire porter les quatre noms de famille à nos enfants. Trop prévisible comme vengeance. Je veux donc pousser la note un peu plus loin, afin d’être vraiment certaine qu’ils seront les derniers à être pris dans l’équipe de ballon-chasseur. Voici mon top 3 jusqu’à présent (vos votes et/ou suggestions sont les bienvenus):

1)    Un nom inusité.

On a tous entendu parler de quelqu’un qui connaît quelqu’un qui s’appelle Alouette ou Pleine-Lune. J’irais dans le même sens en appelant ma fille Carnior. Comme ça, quand je vais la chercher je vais pouvoir dire: « Mais où est donc Carnior? » (avec un accent français en prime).

2)    Deux noms qui ne vont pas vraiment ensemble.

Il y a cette nouvelle mode des noms composés dont tu te demandes comment le trait d’union s’y prend pour les garder ensemble tellement leur cohabitation semble contre nature. J’ai ainsi pensé à Félix-Céline qui fonctionne autant pour un gars que pour une fille (ou pas). Et si je pousse ma chance un peu plus loin, je pourrais même lui donner mes deux noms de famille et l’appeler Félix-Céline Leclerc-Dion. Magique.

3)    Un nom composé en trois temps.

Je parle ici d’un Léo-Rémi-Julien par exemple. J’aurais ainsi l’impression de contribuer à repeupler le Québec parce qu’avec un nom pareil, on dirait toujours qu’il y a plus de monde qu’en réalité:

– Qui c’est qui va être là pour nous aider à déménager finalement?

– Léo-Rémi-Julien et Guillaume.

– Wow, ça va aller vite.

Je pourrais même y aller avec un mixte de l’option 1) et l’option 3) et ainsi choisir un nom-inusité-composé-en-trois-temps tel que Où-Est-Charlie. Comme ça, quand je vais chercher mon enfant, je vais pouvoir dire: « Mais où est donc Où-Est-Charlie? » (clairement j’ai le pressentiment que je vais perdre mon fils ou ma fille un jour chez Costco).

Plus sérieusement, je pense que ce qui serait le plus simple pour moi, c’est que le père de mes enfants porte déjà l’un de mes 2 noms de famille, soit Leclerc ou Dion. De cette façon, nous n’aurions pas à avoir toute cette lourde discussion à savoir lequel on garde. Si c’est un gars on l’apellerait Nicolas Dion-Dion et si c’est une fille, Anne-Marie Leclerc-Leclerc. Pas de chicane dans la cabane.

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Comme la fois où j’ai renoué avec la BD.

Un prof au primaire m’a un jour dit que les BD c’étaient pour ceux qui n’aimaient pas vraiment la lecture, ou pour les gars. Je ne voulais surtout pas qu’on pense que je suis un gars, je me suis donc mise à lire la collection du Club des Baby-sitters au grand complet. Résultat : des attentes beaucoup trop élevées par rapport au gardiennage d’enfants et une grande déception quand j’ai réalisé que les Demers n’avaient pas l’intention de m’amener en croisière dans les Caraïbes ou à Walt Disney pour m’occuper de leurs deux filles pendant leurs vacances. En fait, les Demers allaient passer leurs vacances au camping La Relâche à St-Romuald, parce qu’il y avait de petits chalets en forme de tipi et un Rigolfeur. Et ils n’allaient pas m’amener avec eux, parce qu’il y avait de petits chalets en forme de tipi et un Rigolfeur. Ils avaient seulement besoin de ma certification de gardienne avertie le mercredi soir, quand ils allaient faire l’épicerie. Parce que quand arrivait le moment fatidique de descendre l’allée des céréales, leur petite dernière avait tendance à perdre un peu la tête et à tout vouloir mettre dans le panier. Une réaction face à un trop plein de couleurs vives à gérer paraît-il. (Je parle ici d’un temps où les tigres, les abeilles, les pélicans et les nains irlandais détenaient l’oligopole de la céréale. Un temps bien avant que les jeunes mamans fermes en kit de yoga magenta envahissent les covers des boîtes de céréales fibreuses.) Bref, ça finissait toujours par une crise de larmes pour des guimauves déshydratées. Ok, ok, je l’avoue, ça m’est déjà arrivée moi aussi de piquer une petite crisette pour une boîte de Corn Pops, mais c’est parce que Bébé faisait vraiment rien pour m’aider.

Une année en quarantaine

Tout ça pour dire que j’ai délaissé la BD pendant des années, jusqu’à tout récemment, quand je me suis laissée séduire par les couvertures colorées des tomes 1 et 2 de Jeunauteur de Stéphane Dompierre (j’ai tendance à perdre un peu la tête quand je vais chez Renaud Bray, un trop plein de couleurs vives à gérer et j’ai soudainement envie de tout acheter). Bien sympathique cette caricature de l’auteur qui tente d’écrire son premier roman entre ses épisodes de procrastination, de doute et ses pannes d’inspiration. J’ai ensuite répété l’expérience avec la BD Une année en quarantaine de Claude Auchu. Encore plus sympathique. Sur une note drôle et touchante, Claude nous partage ses constats et questionnements existentiels alors qu’il entame sa première année dans la quarantaine. On dirait que je peux facilement m’imaginer le genre de commentaires et de souhaits que Claude a dû recevoir le fameux jour de ses 40 ans:

Pis, comment on se sent à 40 ans?

Aye, 40 ans pis toutes tes dents! Hehehe. (rire de mononcle)

Ouin, t’as pu 20 ans mon Claude.

Bonne fête Claude!!! (sur son mur Facebook où tous les points d’exclamation de la Terre s’y sont probablement donnés rendez-vous cette journée-là)

J’ai l’impression que dans plusieurs situations de la vie, on dit toujours les mêmes répliques pré-fabriquées et qu’il y a ici une opportunité de réinventer le small talk.

Dans l’ascenseur par exemple:

Trop souvent entendu: Ouin, faudrait pas qu’il y ait une panne et qu’on reste pogné ici hein? Hihihi. (rire nerveux)

Pas assez souvent entendu : Avez-vous vu l’épisode de Six Feet Under où un gars se fait couper le tronc par une porte d’ascenseur?

Ou encore : Bon, on teste-tu ça une fois pour toutes le vieux dicton « quand on crache en l’air, ça finit toujours par nous retomber dessus ».

 Au restaurant :

Trop souvent entendu : Ouf, chu tellement plein, que je pourrais rouler jusque chez nous.

Pas assez souvent entendu : Ouf, chu tellement plein, que je vais rouler jusque chez nous. On se rejoint en bas de la côte Berri.

 Avec la famille élargie:

 Trop souvent entendu : Le prix de l’essence, ça pas d’allure.

 Pas assez souvent entendu : Le prix de l’encens ça pas d’allure.

Au salon funéraire :

Trop souvent entendu : Dire qu’il était un si bon vivant.

Pas assez souvent entendu : Kathleen, c’était-tu ses vrais cheveux?

Autre small talk passe-partout :

– Paraît qui font des ben bonnes pâtes maison à Venise-en-Québec.

 – Le bracelet de noisetier de Marcel Leboeuf, faut-tu traiter ça?

– On l’as-tu su finalement si les chemises de l’archi-duchesse étaient sèches ou bien archi-sèches?

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Comme la fois où pour avoir l’air d’une princesse je me suis habillée au Château.

Le bal de finissants des élèves du secondaire n’a beau être qu’en juin, c’est maintenant que les robes se magasinent. Et ça, Lyna de Beauceville le sait. Car des adolescentes fébriles, elle en a reçues plus d’une depuis quelques semaines à sa boutique de robes de bal, Boutique Lyna, située juste au-dessus de la caisse Desjardins de Place Beauceville. Sur rendez-vous seulement, pour un budget de 200 à 800 $, les futures diplômées peuvent y trouver plus de 800 robes différentes qui ne vont pas dans la subtilité : c’est le festival du froufrou, de la dentelle, de la plumette et de la paillette, alouette. Chez Lyna, les adeptes du less is more peuvent aller se rhabiller. Et en profiter pour se doter d’une crinoline au passage. Car ces jeunes filles en fleur n’ont nullement l’intention d’y aller dans la sobriété pour le grand soir. Ce n’est pas parce que le suprême de poulet qu’on leur servira sera fade, qu’elles devront l’être pour autant. (Et ce n’est pas parce que la poitrine de poulet a été rebaptisée suprême de poulet pour l’occasion, qu’elle aura plus de goût.) Ces finissantes tout en fioritures mériteraient presque qu’on leur déroule le tapis rouge. Elles n’ont peut-être pas vu The King’s Speech mais elles ont vu la série télé Gossip Girl et se sont bien mises en tête qu’elles ressembleraient elles-aussi aux étudiantes du Upper East Side de Manhattan.

Ce qui différencie Lyna des boutiques de la Plaza St-Hubert, c’est la promesse qu’elle fait à ses clientes. Elle ne leur promet pas uniquement que leur robe sera une tenue passe-partout qu’elles pourront porter autant au Hilton et au Parthenon que chez Guido et Angelina (resto typiquement italien où la colonne greco-romaine est à l’honneur). Non. Lyna leur promet bien plus : elle leur promet que la robe qu’elles choisiront ne pourra être achetée par aucune autre fille de leur école. Ok, messieurs, c’est peut-être ici un concept qui ne vous interpelle pas tant. Car peut-être que ça ne vous dérange pas vraiment de ressembler au cast de La marche de l’empereur au grand complet dès qu’il y a une occasion spéciale. Mais du côté de la gent féminine, on ne veut surtout pas qu’une autre fille porte la même robe que soi. Surtout si elle a eu la brillante idée de se mettre une push-up bra alors que nous on pense encore que personne ne voit nos bretelles en plastique transparentes. Bretelles qui devraient d’ailleurs être réservées pour les cintres.

Quand j’étais au secondaire, je croyais que pour avoir l’air d’une princesse il fallait s’habiller au Château. Dans la cabine ne serait peut-être pas très fière de moi, mais ce fut tout de même ma destination shopping en secondaire 4, quand je me suis fait inviter au bal par un finissant qui se cherchait une p’tite jeune pour l’accompagner. J’ai aussi fait un arrêt aux Ailes de la mode, question de me faire maquiller gratuitement et abondamment. J’ai aussi fait un arrêt aux Ailes de la mode, question de me sentir obligée de repartir avec un kit d’ombres à paupières terre et mer beaucoup trop cher. Je pense que mon cavalier a regretté son choix quand il a vu le résultat. Il a vaguement fait référence à une fête d’enfants où j’aurais pu aller souffler des caniches royaux. Je n’ai pas trop compris le lien.

Et puis, il y a eu mon bal de finissants auquel j’allais avec mon meilleur ami. Le meilleur ami qui était vraiment juste un ami. Ok, ok, je l’avoue, le meilleur ami que je voyais un peu dans ma soupe*. Le meilleur ami à qui je pensais en fait à chaque 11h11, en faisant le voeu que lui aussi me voit dans sa soupe. Le meilleur ami à qui je pensais encore quand j’ai ouvert la petite carte qui accompagnait le bouquet de fleurs que j’ai reçu à la maison ce jour-là, alors que j’étais en train de ne pas me maquiller:

Nous sommes très fiers de toi. Papa et maman. xxx

Damn.

*Je dois avouer que je n’ai jamais eu d’apparition ésotérique dans ma soupe, à part peut-être un LOL dans une soupe Alphabet.

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Comme la fois où j’ai rencontré un vrai douanier.

En route pour Buenos Aires lors de mon dernier voyage, j’ai eu la brillante idée de faire une petite escale à Mexico et à Santiago de Chile pour l’allée. Et à Lima et Miami pour le retour. Principalement pour l’immersion culturelle que le fait de sentir du Calvin Klein dans quatre boutiques hors taxes différentes pouvait m’apporter. Et peut-être un peu pour sauver 1800 $ sur mon billet d’avion. Avec tout ce voyagement, j’ai soudain l’impression d’être officiellement devenue une grande voyageuse. Le genre de voyageuse qui porte un sac banane et des vêtements non froissables en polypropylène pour le caractère pratique de la chose. Le genre de voyageuse qui affectionne les vêtements de couleur grès pour le caractère non salissable de la chose. Le genre de voyageuse qui sait zipper et dézipper ses zip-off pants plus vite que son ombre pour le caractère compétitif de la chose. Tous ces déplacements m’ont tout de même permis d’accumuler plusieurs souvenirs de voyagement. En voici quelques uns :

Alors que j’étais en ligne pour le contrôle de sécurité, j’ai d’abord remarqué une affiche informant les voyageurs des objets interdits dans l’avion. On pouvait y reconnaître les icônes d’une arme à feu, de mini-ciseaux et d’un mascara. Je dois avouer que je me suis longuement interrogée sur la question du mascara mais ça demeure encore nébuleux dans ma tête. Deux hypothèses possibles. Soit les duchesses de l’air* veulent être les seules cutes à bord, ce qui serait très immature de leur part. Soit le pilote a peur de se faire arranger le portrait par une voyageuse instable émotionnellement. Une voyageuse qui pointerait son mascara à la jugulaire du pilote pour le forcer à détourner l’avion vers l’Italie afin de débuter son périple Eat, Pray, Love par exemple.

Une fois dans l’avion, j’ai aussi été témoin de quelques phénomènes barométriques avant que ma Gravol ne décolle :

  • J’ai d’abord vu ma voisine de siège prendre possession de l’acoudoir mitoyen sans aucune gêne. Jaurais bien aimé pouvoir jouer à Roche-papier-ciseaux avec elle pour décider du sort de cette propriété commune mais les mini-ciseaux ne sont malheureusement pas admis à bord.
  • J’ai ensuite vu mes chevilles se dégêner peu à peu pour finalement prendre totalement leurs aises et doubler de superficie. Le fameux syndrôme C’t’a ton tour Laura Cadieux paraît-il. Note à moi-même pour mon prochain voyage: demander à Carmen Sandiego où elle achète ses bas de soutien.
  • Lors d’une zone de turbulences, j’ai vu une femme sortir son chapelet et prier le ciel. Je me suis demandée si nos prières avaient plus de chances d’être entendues lorqu’on prie le ciel dans le ciel. J’ai prié pour que les promoteurs immobiliers de Montréal arrêtent d’utiliser l’expression nouveau Plateau, juste au cas.
  • J’ai finalement vu cinq comédies romantiques mettant en vedette Katherine Heigl et/ou Jennifer Aniston. Et j’ai vu ce que c’était d’avoir un sentiment de déjà vu.

Mais ce qui m’a le plus marqué à travers tout ce voyagement, ce sont les nombreux douaniers rencontrés à travers les différents aéroports. Ces hommes et femmes en uniforme me donnent une peur bleue chaque fois qu’ils s’adressent à moi. Je me sens soudain rougir comme une gamine de 7 ans qui se fait chicaner parce qu’elle a volé de beaux cailloux dans la gravelle du voisin. Un douanier de Miami m’a particulièrement marquée. Nous arrivions de Lima, deux Canadiennes à bord d’un avion bondé de Péruviens. Passer les douanes ne finissait plus de finir. Chaque voyageur avait droit au scanneur des yeux et au lecteur d’empreintes digitales. Mon tour arrive finalement :

Finally, a real Canadian, me dit le douanier en regardant mon passeport.

What do you mean, Sir?, lui dis-je en rougissant.

We had a lot of Canadians today but none of them were real ones. They were just Canadian immigrants trying to get the same benefits as people who were born in Canada.

Ohhh, I see.

Are you bringing to the United States any food, plants or animals Ma’am?

No Sir.

Are you bringing to the United States a firearm, a mascara or any other weapons?

No Sir, I’m a natural beauty.

You’re good to go then.

That’s all?? Don’t you want to scan my eyes and read my digital print Sir?

No need for that Ma’am, you’re a real Canadian.


* Je pense que duchesses de l’air est un terme à éviter et qu’il faut plutôt dire agentes de bord, qui est moins péjoratif.

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Comme la fois où j’ai eu la foi.

J’envie les personnes âgées d’être croyantes. J’envie les personnes âgées, car elles ont la foi. Et il me semble que ce serait bien pratique d’avoir une foi qui traîne pas trop loin parfois. Une foi que je pourrais sortir du garde-robe de cèdre pendant les périodes plus difficiles afin de m’y raccrocher. Car pour l’instant, je dois me rabattre sur des livres de psycho pop avec des couchers de soleil en couverture ou des titres qui commencent par “The” et finissent par “Secret”. Des livres que j’assume même pas assez pour les lire dans le métro.

J’ai arrêté de croire en 6e année. Nous étions quatre amies inséparables et il y avait deux classes de 6e cette année-là. J’ai prié le petit Jésus d’être dans la même classe que mes trois amies. Il les a toutes mises dans une classe et m’a isolée dans l’autre. C’est à partir de ce moment que j’ai arrêté de prier. À une exception près. Lorsque j’ai mal au coeur. Alors couchée sur la céramique froide de ma salle de bain, je prie. Je prie le Seigneur pour qu’il m’enlève mon mal de cœur. Je prie le Seigneur pour que la céramique soit encore plus froide. Je prie le Seigneur pour ne pas m’endormir dans un manège de La Ronde. Et mes promesses sont nombreuses si jamais il se décide à exaucer mes prières: je lui promets que je ne vais plus manger de thon rouge, je lui promets que je vais commencer à donner du sang, je lui promets que je vais envoyer une carte de remerciements à l’infirmière qui m’aidera à reprendre conscience après avoir donné du sang, je lui promets que je vais faire du compost, que je vais faire pousser mes propres fines herbes, que je vais mettre mes propres fines herbes dans mon propre compost (sauf le basilic) après avoir réalisé que je n’utilise pas vraiment mes propres fines herbes finalement (sauf le basilic), que je vais moi aussi souhaiter “Bonne fête (insérer ici le prénom de la personne)!!!” à tous mes amis sur Facebook, etc, etc, etc.

J’ai dernièrement fait une nouvelle acquisition pour tenter de reconnecter avec ma foi. C’est une oeuvre de mon ami Jasmin Daigle, photographe de grand talent. Ses photos ont toujours un je-ne-sais-quoi de très ironique ou cynique, qui me parle beaucoup. Je vous laisse vous faire votre propre interprétation de celle-ci mais avec tout ce qui se passe présentement dans le monde et particulièrement au Japon, ça résume bien ma désillusion du moment.

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Comme la fois où j’ai voulu manger mon steak à la cuillère.

Après quelques mois de gros froid cet hiver, le paysage blanc-comme-un-blanc-d’oeuf-blanc du Québec a commencé à me faire broyer du noir. Et je crois que j’aurais pu facilement sombrer dans une déprime saisonnière si ce n’était de mon corps qui a décidé de m’envoyer quelques signaux d’alerte pour me faire réagir. Tout a débuté avec des problèmes de vision : j’ai soudainement commencé à voir les gens en double, en triple et parfois même en quadruple. Les gens en Canada Goose surtout. Il y a ensuite eu cette rage de viande incontrôlable qui s’est emparée de moi. Je ne parle pas ici d’une rage qu’une dinde du réveillon aurait pu assouvir. Même trempée dans la sauce aux atacas, la dinde n’a rien d’une viande rouge. C’est plutôt une simili viande qui me simili rassasie lorsque j’ai simili faim. Je parle ici d’une rage de vraie viande, une viande qui pourrait nourrir quelqu’un qui s’appelle Jacques ou Normand par exemple, ou un membre de l’équipe des bleus. Et j’ai eu beau manger du Beef Jerky, des tartares à la tonne et même des repas Hungry-Man, il n’y avait rien à faire : ma rage persistait. C’est ainsi que j’ai décidé de plier bagage et suis partie pour l’Argentine. Ma quête : trouver le steak ultime.

Un ami qui revenait de Buenos Aires m’avait mis dans la tête que le steak argentin était si tendre qu’on pouvait le manger avec une cuillère. Ça tombe bien, j’ai d’emblée un faible pour tous les aliments qui se mangent avec une cuillère : gruau, pudding au riz, crème glacée. Sans oublier les verrines aux couleurs de la fierté gaie. Mais j’ai encore plus de sympathie pour les aliments qu’on choisit volontairement de manger avec une cuillère, simplement pour se la jouer ou pour jouer avec sa nourriture. Comme les pâtes. Le jour où j’ai découvert qu’on pouvait les embobiner sur elles-mêmes plutôt que les déchiqueter, ces bons vieux spaghatt ont regagné une certaine dignité à mes yeux. J’ai même presque eu envie de leur redonner leur « i » en fait. Il faut dire que je partais de loin, faisant partie de ces pauvres âmes qui coupent leurs pâtes en passant leur couteau à travers les dents de leur fourchette, bruits désagréables inclus, amour-propre exclus.

Suivant les bon conseils du Lonely Planet, du Petit futé et du Wallpaper, je me rends donc au restaurant La Cabrera dans la capitale argentine pour assouvir mon désir de viande. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’étrange pressentiment que je me dirige tout droit vers un attrape-touriste. Mon sixième sens, me direz-vous. Heureusement, le line-up à l’entrée du restaurant a vite fait de me rassurer. Si je me fie à L’Académie sur St-Denis, je sais qu’un line-up est un gage de qualité.

Selon les recommandations de mon serveur, Jorges (prononcer « rhhhorhhhé »), j’opte pour le ojo de bife. Ça m’inquiète un peu que la traduction intégrale de mon plat soit « oeil de boeuf » mais bon, je fais confiance à Jorges (prononcer « hhhorrrhai »). Bizarrement, mon plat ne vient pas avec une cuillère. Et comme pour enfoncer encore plus la non-cuillère dans la plaie, on prend même la peine de m’apporter un couteau on ne peut plus coupant. Un couteau qui me sourit de toutes ses dents. Je ravale ma déception de travers et me décide tout de même à attaquer la pièce qui se trouve devant moi. C’est tendre. C’est très tendre. C’est vraiment très tendre comme dans « je viens de mordre dans une bouchée de gras ». Ça me roule dans la bouche et me lève le coeur aussitôt. Ça me rappelle le temps où je tombais sur un nerf dans l’une de mes six McCroquettes. Au moins, à l’époque, mon haut-le-coeur venait en combo avec une bébelle en plastique pour me consoler. J’essaie tant bien que mal de dissimuler mon dégout à mes pairs en mâchant mon morceau de gras AAA d’une dent ferme et décidée. Je mâche d’arrache-pied et d’arrache-dent en même temps. Je mâche et mâche encore comme si j’étais assise au banc des Blue Jays et que c’était ma job de chiquer ma vie. Mon morceau a maintenant la texture d’une gomme. Une gomme qui rebondit entre mes dents mais ne diminue jamais. Une gomme qui dure extra-trop-longtemps. Et j’ai peur que si je me décide à l’avaler tout rond, elle reste coincée dans mon estomac pendant des mois. C’est finalement après avoir vérifié que Jorges (prononcer « wrowre ») ne m’avait pas dans son champs de vision, que je réussis à aller coller subtilement ma gomme de gras sous la table.

Mon conseil, si vous allez à La Cabrera, demandez à Jorge (prononcer « wre ») qu’il vous apporte le lomo de bife (filet mignon) plutôt que le ojo de bife. Et si vous choisissez d’opter tout de même pour l’oeil de boeuf, assurez-vous d’avoir la dent dynamique cette soirée-là. Car je mettrais ma main au feu que c’est cette pièce de viande qui a inspiré le fameux poverbe oeil pour oeil dent pour dent.

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Comme la fois où je me suis présentée.

Autrefois reconnue pour avoir le plus long nom du Québec, ma vie a basculé en 1987, année où Élizabeth Blouin-Brathwaite a vu le jour. J’essaie depuis de trouver un nouveau sens à ma vie en me découvrant un nouveau talent.

Après avoir écouté beaucoup trop de fois le film La Championne, j’ai d’abord tenté une carrière de gymnaste que j’ai rapidement dû abandonner : les couettes trop serrées me donnaient malheureusement des migraines. Sans parler des yeux bridés. À la recherche de l’artiste en moi, j’ai par la suite cherché à exprimer mes émotions refoulées à travers le dessin. Résultat: à part un motif tribal dans mes cahiers d’école, aucune émotion digne de mention n’est ressortie. J’ai bien pensé reproduire le dit motif dans le bas du dos de mes amies en me lançant dans le tatouage, mais il semble que quelqu’un y ait déjà pensé avant moi.

Un peu plus tard, j’ai voulu tenter ma chance au théâtre pour me faire dire que j’aurais probablement plus de chances dans un théâtre de marionnettes. C’est ainsi que je me suis mise à la confection de marionnettes géantes en papier mâché, activité qui n’a malheureusement pas fait long feu car les nombreux blanchiments de dents que cela impliquait étaient devenus trop dispendieux à la longue. Mâcher du papier journal me donnait aussi un peu mal au coeur dois-je avouer.

Côté cuisine, il n’y a pas de quoi se réjouir non plus. Je suis bien bonne pour classer minutieusement mes épices par ordre alphabétique. Et pour ouvrir une canne de soupe Alphabet. Je me suis bien découvert un don certain pour le jeu de société Mad Gab mais foulez fou mais pousser* ne m’a apporté que des quiproquos et des mariages malheureux. Je me rabats donc en ce moment sur l’écriture, question d’essoufler un peu le petit hamster qui fait de l’elliptique dans ma tête.

*Solution: Voulez-vous m’épouser.

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