Comme la fois où je trouvais don ça plate de jouer dans mes plates-bandes.

Quand il s’agit de faire des tâches manuelles, j’ai parfois l’impression d’avoir les mains pleines de pouces, sans qu’aucun ne soit vert. Parce que quand il s’agit de faire des tâches manuelles qui impliquent un végétal, je préfère de loin passer mon tour. Je ne fais malheureusement pas partie de ces bonnes âmes qui trouvent don ça relaxant et thérapeutique d’enlever les mauvaises herbes et de jardiner. J’ai bien essayé de parler à mes plantes pour me rapprocher d’elles mais sans grand succès. Et j’ai simplement fini par me lasser de ces conversations qui tournaient toujours autour du pot sans qu’on ne se dise jamais les vraies affaires. J’ai parfois l’impression qu’elles aimeraient bien reprendre le dialogue mais pour moi l’intérêt n’y est plus. Je fais donc semblant de ne pas les voir quand je passe à côté d’elles et je les laisse plantées là avec tout leur « body language ». Un peu comme je fais avec le militant de probablement Greenpeace que je croise et recroise chaque jour à l’entrée de mon travail. Le pire c’est que j’ai de réelles intentions d’un jour m’y arrêter. Juste pas aujourd’hui.

Je dois avouer que je me sens une mauvaise personne de ne pas aimer jardiner. Je me demande même si je ne devrais pas plutôt faire semblant de trouver ça apaisant moi aussi. C’est comme les gens qui n’aiment pas le yogourt Méditerranée, les weekends de 3 jours, Richard Desjardins, Le fabuleux destin d’Amélie Poulain ou le Bar à painMD chez Pacini, je pense que c’est le genre de déclaration qu’il faut juste garder pour soi. En plus d’être une mauvaise personne, j’ai aussi l’impression d’être une mauvaise voisine et de faire baisser la valeur des maisons du quartier par mon manque d’aménagement paysager. Chaque fois qu’on glisse une petite feuille de couleur pliée en trois dans la fente de ma boîte aux lettres, j’ai toujours la crainte que ce soit une pétition pour me faire expatrier du Plateau. Mais non, c’est toujours une pétition pour faire expatrier les automobilistes du Plateau. Je suis pourtant la prochaine sur leur liste, j’en suis presque sure.

Ma voisine de gauche a de jolies pensées bien alignées qui font sagement la queue leu leu en attendant sa visite. Il n’y a pas un pixel de mauve qui dépasse du rang. Lorsqu’elle vient les arroser tôt le matin, les fleurs de sa jaquette font du small talk aux jolies pensées bien alignées. Elles se parlent principalement de la pluie et du beau temps. Deux numéros civiques plus loin, le scénario est pourtant tout autre alors que c’est la débandade dans mes plates-bandes. Mes vivaces ne se gênent pas pour attaquer les passants qui osent s’aventurer devant chez moi. Mes arbrisseaux se dilatent dans tous les sens et « s’expansionnent » comme bon leur semble. Ils se répandent ça et là mais surtout là. Là, en dehors des plates-bandes. Même les sans-abris sont intimidés par ce trop-plein de végétation. Ils s’abstiennent d’ailleurs de venir fouiller dans mes sacs de recyclage pour y trouver des cannettes vides comme ils le font avec les autres voisins. Ils se disent que de toute façon je dois être une marginale qui boit du kombucha et non de la liqueur. Je le prends un peu personnel.

En ce qui concerne ma cour arrière, c’est tout autant la brousse. Je me prépare mentalement à y trouver un jour quelques hippies qui auraient délaissé les tam-tam du mont Royal en pensant avoir découvert une réserve faunique secrète non répertoriée sur le site de Tourisme Montréal. Je tends souvent l’oreille pour voir si je ne les entendrais pas chanter kumbaya seigneur en guise de remerciement pour cette découverte inédite.

L’autre jour, j’ai décidé de régler ça une fois pour toutes la question du jardinage. J’ai décidé de tout arracher ce qu’il y avait dans mes plates-bandes question de ne plus m’en faire avec ça. J’en avais juste assez du jugement de mes voisins. Vous allez voir ce que vous allez voir Les amis de la nature, vous allez avoir l’air ben fins quand vous pourrez pu commérer sur mon cas. Va falloir vous trouver un nouveau souffre-douleur dans le quartier. Pourquoi pas parler du voisin d’en face qui a mis un drap en guise de rideau dans sa fenêtre? C’est ben pire que de ne pas arracher ses pissenlits ça. Ou de l’autre bozo qui n’a pas encore enlevé ses plastiques d’isolation en plein mois de juin (ah non, ça c’est moi…). Ok, ok, parlez plutôt du voisin ben sauté qui a changé sa boîte aux lettres pour une chaudière d’eau d’érable. Champêtre de même le voisin. J’aimerais bien voir sa face quand je vais me décider à aller lui mettre un pot de map-o-spread dans sa boîte aux lettres. Flyée de même la fille.

Alors que je mettais mon plan à exécution et arrachais avec dynamisme le contenu de mes plates-bandes, ma voisine de droite est sortie pour venir me piquer une jasette :

– Ahhhh, vous vous êtes allée vous chercher de nouvelles fleurs à l’Éco-quartier?

– Hein, quoi? L’Éco-quoi?

– Vous faites de la place pour vos nouvelles fleurs? Ils en donnent à l’Éco-quartier ces jours-ci…

– Ah ben oui, des fleurs à l’Éco-quartier. Tout à fait. L’Éco-quartier… le nom le dit hein!  Moi chu ben pour ça un quartier écolo. Pis j’aime tellement ça jouer dans mes plates-bandes, c’est comme une thérapie en soi, ça me relaxe totalement l’esprit. Aimez-vous ça vous le yogourt Méditerranée?

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4 commentaires pour Comme la fois où je trouvais don ça plate de jouer dans mes plates-bandes.

  1. Val dit :

    Hi!hi! J’aime croire que j’ai été ton inspiration pour ce billet!
    Ton ex-belle-soeur

  2. s. dit :

    ben c’est ça pis la fontaine avec le lapin, pis…ha, ha ,ha oui la terrasse ben oui tsé

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