Comme la fois où j’ai commencé l’année du bon pied.

3 janvier. Pu capable des vacances. Suis rendue trop zen. Besoin d’un peu d’action. J’ai écouté la saison 1 d’Unité 9 deux fois déjà. Je les envie presque les prisonnières. Y’a l’air à se passer plein de choses en dedans.

Hâte de retourner travailler. Le bureau ouvre officiellement le 7 janvier mais besoin d’une équipe aujourd’hui pour dépanner certains clients. Moi moi moi ! Je mets mon cadran pour 7h00. Je me réveille par moi-même à 6h00. Party. J’ai l’impression que c’est Noël. Ok, je me calme.

Je me prépare. Je me mets même du mascara. Je prépare mon kit de yoga. Je me fais un lunch santé. Vivement les bonnes résolutions de 2013. Je sors de chez moi. Mes voisins ont sorti leur recyclage. Ah ben oui, c’est aujourd’hui ça. Maudit que c’est l’fun sortir son recyclage. Je retourne chez moi. Je ramasse tout ce qui traîne et qui pourrait ressembler à du recyclage. Je l’ajoute au tas déjà entamé sous l’évier. Je lis les grands titres du journal en vitesse pour pouvoir l’ajouter lui aussi. J’aime que mes sacs de recyclage soient bien remplis. Pas de perte d’espace. Je prends un grand sac transparent et le remplis dudit tas. C’est le dernier sac de la boîte de sacs. Je peux donc mettre la boîte du sac de recyclage dans le recyclage. Wow. J’ai l’impression que j’ai le droit de faire un vœu. Eh que l’année commence bien.

Je marche tranquillement vers le métro. Je ne mets pas mes écouteurs ce matin. J’ai le goût d’être en contact avec mon voisinage. J’ai le goût d’être en contact avec mon quartier, avec mon présent, avec ma vie. Je souris au gars qui fume une cigarette devant l’épicerie. C’est pas grave, tu te reprendras en 2014. Un automobiliste me laisse traverser la rue. Je lui fais un signe de la main. Je continue ma route. Les trottoirs sont glacés. Je redouble de prudence. Badabing badabang. Pas assez finalement. Je suis étalée sur le sol. Ma cheville me fait mal. Pleure pas. Pleure pas. Pleure pas. Bouhouhou. Je pleure comme un fantôme.

Je suis toujours par terre. Pas capable de me relever. Pas envie. Je vois mon hiver défiler devant moi. Je me vois en train d’écouter la saison 1 d’Unité 9 pour une troisième fois. Me dire qu’elles sont chanceuses les filles de Lietteville parce qu’au moins elles peuvent marcher, elles. Je me vois ne plus être capable de sortir de chez moi. Passer mes weekends à manger des crottes de fromage. Ne plus avoir de crottes de fromage mais ne pas être capable d’aller en racheter à l’épicerie. Chercher dans les craques du divan pour voir s’il n’en resterait pas. Me commander des leggings en ligne sur le site d’Addition Elle.

– Êtes-vous correcte Madame ?, me demande un passant.

– Haha. Oui oui merci.

Dès qu’il a le dos tourné je recommence à pleurer. C’est sûr que ma cheville est brisée. Soit foulée, fêlée, cassée, fracturée, fractionnée, déchirée, ou déligamentée. C’est pas clair. Je réussis finalement à me relever. Je sautille jusque chez moi en pleurant. Les trottoirs ne sont pas encore déblayés sur ma rue. J’ai zéro fun. Mon mascara a coulé. Quand je croise des gens je pleure encore plus fort pour qu’ils comprennent que ça fait vraiment mal. Ils m’ignorent. J’arrive devant chez moi. Je m’effondre sur les marches de l’entrée. À bout de bras, j’essaie de débarrer la porte. Je tourne la clé. À droite. À gauche. À droite. Je ne sais plus. Je finis par y arriver. J’entre chez moi en rampant. En oubliant la clé dans la serrure extérieure. Une amie charitable qui m’amènera de la soupe plus tard dans la journée me le fera remarquer. Bof. Tant qu’à être blessée, aussi bien se faire voler aussi.

Ma cheville enfle. Je pourrais jouer dans C’est à ton tour Laura Cadieux. Je profite du fait que je pleure encore pour appeler mon collègue. Je prends toute la sympathie que je peux avoir.

– Math ? Bouhouhou. Je pourrai pas rentrer aujourd’hui. Bouhouhou. Je me suis fractionnée la cheville. Bouhouhou. Je vais avoir besoin de béquilles.

Je raccroche. J’arrête de pleurer. Je sautille jusqu’au garde-manger. Je m’ouvre un sac de crottes de fromage et je me start un épisode d’Unité 9.

Bonne année là.

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Comme la fois où Giceline a fait sa Germaine.

Pires cadeaux qu’on m’ait offerts dans ma vie :

  • Un crochet anti-vol (bas de Noël 2010). Le crochet que tu accroches après la table quand tu vas au resto question de ne pas te faire voler ta sacoche. Oui, mais non.
  • Un oignon « poupées russes » (bas de Noël 2011). Un faux oignon dans lequel tu peux mettre un vrai oignon pour te souvenir que t’as un vrai oignon dans ton faux oignon.
  • Un maillot de bain rouge arborant fièrement l’écusson Baywatch (j’en profite pour dire un beau bonjour à matante Hélène, fidèle lectrice).
  • Un certificat cadeau de 100 $ à la boutique Les Touilleurs (le prix d’une spatule environ… mais une maudite de belle spatule tout de même).

Meilleurs cadeaux reçus à vie :

  • Une robe Fred Perry, col en V.
  • Un chandail Fred Perry, col en V.
  • Des pantalons Fred Perry, col en V.
  • Une couverte en polar achetée dans un dép de Saint-Luc-de-Bellechasse, avec une face de loup dessus. Je la mets bien en évidence sur mon divan, en prenant soin de l’étirer le plus possible pour mettre en valeur la face dudit loup.
  • Une femme de ménage qui vient chez moi une fois par mois pendant un an. Pour vrai, une femme de ménage qui vient chez moi une fois par mois pendant un an, c’est un peu ça le bonheur.

Elle s’appelle Giceline. Pas Jocelyne. Ni Ghislaine. Giceline. Ça s’écrit comme ça se prononce, faut pas chercher plus loin. En plus ça rime avec Listerine: une femme capable de tuer les germes, ça c’est sûr.

Giceline et moi, on ne se voit pratiquement jamais. Elle vient à la maison pendant que je suis au travail. On correspond donc en s’écrivant des petits mots sur la pantry.

Bonjour Giceline, 
J’espère que vous allez bien. Pourriez-vous svp faire mon lit (vous avez l’air d’avoir la touch avec les draps contours. Lol!). Les draps sont dans la sécheuse.
Un gros merci!
Marie-Eve

Bonjour madame Marie-Eve,
Votre lit est fait. J’ai aussi eu le temps de laver l’intérieur du frigo. Pourriez-vous svp racheter du Hertel tout usage. Le bio svp.
Giceline
P. S. Il y a une surprise pour vous sur la table de cuisine…

Une surprise pour moi? Yesssssir! Parle-moi de ça une femme de ménage qui tue les germes ET qui m’apporte des brownies maison. Je me suis donc précipitée jusqu’à ma surprise en essayant de me rappeler s’il ne restait pas un peu de crème glacée dans le congélateur. Pour arriver devant ma surprise, et y trouver… une paire de vieux bas de laine. Et je n’utilise pas ici une métaphore pour parler de brownies: c’était littéralement une paire de vieux bas de laine. Rouge même. Une paire de vieux bas de laine dont j’avais complètement oubliée l’existence. Une paire de vieux bas de laine avec qui le conventum n’était pas nécessaire, surtout. Une paire de vieux bas de laine que même la sécheuse n’avait pas choisi de séparer pour sa collection. Les vieux bas de laine trop grands pour moi, ceux qui finissaient toujours par se retrouver en moton dans le bout de mes bottes. Ouin, on va se le dire, Giceline c’est un peu une agace dans le fond.

Giceline et moi, on ne se voit pratiquement jamais. Mais quand on se voit, elle en profite pour me donner ses grands conseils de vie. « J’aime ça donner des conseils aux p’tites filles, qu’elle me dit, faut léguer ça des conseils. » Elle me les donne en rafale :

« J’ai vu que votre miel était sec, vous avez juste à mettre un peu d’eau dedans, à le mettre quelques secondes au micro-ondes et bingo, il va être comme neuf. »

« Des vieux jeans, faut pas jeter ça. Vous les coupez en petites lanières pis ça va vous faire une belle jupe à franges. Comme les Hawaiennes là. »

« Dans l’armée, ils l’ont compris l’affaire. Ils roulent toute eux autres. Faut prendre les trucs de l’armée pis les appliquer à votre maison. Ce weekend, vous devriez prendre toutes vos affaires pis les rouler. Votre linge, vos draps, vos serviettes: toute. Vous allez sauver de l’espace avec ça. »

« J’ai vu que la poignée de votre porte de chambre était pas mal lousse. Là ma p’tite fille, je vais vous le dire moi ce qui va vous arriver si vous arrangez pas ça bientôt : vous allez mourir enfermée dans votre chambre. Moi mon père a déjà sauvé la vie d’une femme qui s’était enfermée dans sa salle de bain mais vous, peut-être qu’il n’y aura personne pour vous sauver la vie. La pauvre femme est restée prise une journée et demie dans sa salle de bain. Elle n’avait pas de verre: elle a dû boire avec ses mains dans le lavabo. Vous comprenez? ELLE N’AVAIT MÊME PAS DE VERRE. Direct avec ses mains la pauvre. »

J’adore rentrer du travail les 2e mardi du mois. J’adore ça car je sais que Giceline est passée pendant la journée. Dès que j’ouvre la porte, je reconnais cette odeur de propre qui flotte dans la maison. Une odeur de Hertel tout usage. Bio. La couverte de loup en polar est alors roulée sur le divan. Impossible de savoir que c’est une couverte de loup. Et il n’y a aucuns brownies maison qui traînent sur la table de cuisine.

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Comme la fois où je trippais pas tant que ça sur la fête des Pères.

Dimanche, jour de congé ou plutôt jour de corvées déguisé en jour de congé. Dimanche, jour du Seigneur ou encore jour du Mon-Dieu-que-le-weekend-a-passé-vite. Dimanche, jour pour faire: faire les commissions, faire l’épicerie, faire le ménage, faire le mort. Dimanche, jour de brassées : brassée de pâle, brassée de foncé, brassée de c’est-pas-clair-dans-quel-tas-ça-va, brassée d’idées noires. Dimanche, jour de la fête des Pères. Cher dimanche, je trouve que parfois tu n’aides pas ta cause.

Déjà tu n’étais pas mon préféré des sept, mais cette année tu t’es particulièrement surpassé. La fête des Pères, vraiment? Ce n’était pas ton premier choix j’espère? Jure-moi que tu ne l’as pas eue en échange de la Saint-Jean ou de la fête des Patriotes au moins. Allez, jure-lé. As-tu pensé à tous ceux qui n’ont plus de père, comment ils allaient se sentir aujourd’hui? Gagner le pool ce n’est pas tout dans la vie mon vieux. En tout cas dis-toi que ce sera un peu de ta faute si jamais je m’abandonne à l’une de mes pulsions ce matin. Celle d’aller, par exemple, dans un Cora question de saboter le déjeuner de l’une de ces petites familles parfaites. Simplement par pure jalousie, une jalousie totalement assumée. Je vais aller donner l’heure juste aux fils et aux filles à papa de ce monde. On va voir s’ils vont encore avoir envie de manger Ben et Dictine après ça :

– On va se le dire une fois pour toutes : ton père, y’aime plus ta soeur que toi.

– En fait, le plus beau jour de sa vie, c’est à la naissance de ta soeur.

– Parce que toi, il n’est pas capable de dire c’est quoi exactement, mais y’a comme quelque chose qui cloche avec ton nez.

– Quand t’étais jeune même, il te cachait quand il y avait de la visite.

– Le 2e plus beau jour de sa vie c’est quand? Facile, à la naissance de ton frère.

– Le 3e ? Hum… c’est dur à dire ça…

Ok ok, je me calme. Le pire c’est que je n’écris pas tout ça pour faire pitié d’être orpheline de père. Quand je veux faire pitié, je fixe le vide avec une moue tristounette en soupirant jusqu’à ce que quelqu’un me demande ce qui ne va pas. Non, je dis ça juste pour justifier qu’aujourd’hui, j’ai le droit d’être marabout. Et ce, même si je sais pourtant que je ne devrais pas me plaindre car mon père a eu une belle mort. La plus belle des morts en fait selon moi. Février 2001, il s’est rendu à l’hôpital en République Dominicaine où il passait l’hiver à fuir le blanc. Ça faisait déjà quelques jours qu’il ne se sentait pas très bien. « On va vous garder sous observation pour la nuit M. Dion », lui a dit le médecin en espagnol. Titanico passait à la télévision dominicaine ce soir-là. Il l’a écouté avec sa conjointe,  blottie contre lui dans son minuscule lit. Ensemble, ils ont pleuré. Et puis, mon père s’est éteint. Leo a lâché prise, et mon père aussi. Une méningite qui a mal viré.

Si jamais je meurs, j’aimerais mourir sur un film moi aussi. J’aimerais mourir sur Rudy en fait. Ça me laisserait avec l’impression que tout est possible pour ma prochaine vie.

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Comme la fois où je pensais que je pensais à rien.

Je suis une fan du silence. Je trouve que trop souvent on essaie de le combler. Pour s’étourdir. Par habitude. Par malaise. Quand mon coiffeur me demande: « As-tu vu des bons films dernièrement ? », je sais qu’on est rendus là, au moment où on essaie d’étirer la sauce. « Oui. », que je lui réponds. Fin de la discussion.

Mes amis le savent. Ma famille aussi. Ma mère encore plus. Surtout quand on passe la journée ensemble et qu’elle a droit à un « Je pense qu’on serait dues pour un 15 minutes de silence. Peut-être un 20 même. » Voilà, c’est dit. C’est rien de personnel. Ça ne se veut pas méchant. Mais c’est plus fort que moi : un besoin vital, viscéral. J’essaie de le dire avec une petite voix douce et un sourire en coin pour adoucir le propos. La fossette aide un peu parait-il. Je pourrais aussi y aller d’un « Ta yeule! » moins hypocrite mais je pense pas que Marie-Éva De Villers me backerait là-dessus. Le pire c’est que si je pouvais, c’est à moi que je le dirais : « Ta yeule, ta criss de yeule. » Je le dirais à la petite voix dans ma tête. Conscience, esprit, mental, Moi, égo, p’tit hamster : je sais pas trop comment l’appeler et ce que je sais encore moins, c’est comment lui fermer la trappe une fois de temps en temps. « Moi, quand je fais du yoga, je pense à rien. Je décroche com-plè-t’ment. », me dit une amie. Ok, allons-y pour le yoga dans ce cas.

En équilibre sur une jambe devant un grand miroir, je fais le Dandayamana-Dhanurasana et j’essaie de ne penser à rien. Je me le répète dans ma tête comme un mantra, pour être sûre de ne pas l’oublier: pense à rien, pense à rien. Ma p’tite voix volubile et mon profond désir de silence se font donc la conversation, ou plutôt la guerre, pour savoir qui va avoir le dernier mot:

– Pense à rien, pense à rien.

– Vraiment beau le top Lululemon de la fille en bleu.

– Pense à rien, pense à rien.

– Sérieux, j’pense pas que ce soit permis de respirer aussi fort Gars.

– Pense à rien, pense à rien.

– Ça se peut tu être plus gai que le prof?

– Pense à rien, pense à rien.

Ark, elle sue don ben elle.

– Pense à rien, pense à rien.

– Elle sue pis elle s’est même pas rasée le d’ssous de bras.

– Pense à rien, pense à rien.

– J’ai quand même des belles orteilles pour vrai.

– Pense à rien, pense à rien.

– Des beaux orteils ou des belles orteilles?

– PENSE À RIEN, PENSE À RIEN.

– J’suis tu rendue avec une ride dans le front moi??!!

PENSE À RIEN, PENSE À RIEN.

– Statue! Pause. Je pense que je pense à rien là. Oui oui: je pense à rien. Je pense à rien, je pense à rien! Attends, je pense tu à rien ou j’suis en train de penser que je pense à rien? Ou je pense tu simplement au mot rien?  Ok non, clairement j’suis en train de penser. Fuck.

Après l’échec du yoga, me restait la méditation pour poursuivre ma quête de silence intérieur. Je trouve un centre pas trop loin de chez moi et je m’y rends en me mettant dans un état d’esprit d’ouverture. Je veux vraiment laisser de côté mes préjugés et arrêter de penser que c’est Dobacaracol qui va m’enseigner à méditer. L’homme qui m’accueille à la réception n’a finalement pas de rastas mais ressemble étrangement à Roch Thériault. On s’en fait pas avec ça, me dit ma petite voix. Il me fait faire le tour du centre et je remarque que tout le personnel qu’on croise est habillé en blanc de la tête aux pieds. Comme Roch d’ailleurs. On s’en fait pas avec ça, me dit ma petite voix. Roch termine sa visite et me fait signe de prendre place dans une petite salle de type paroissiale où une dame s’apprête à donner son cours. Assise au milieu des Huguette, Yvon et Thérèse de ce monde, je fais baisser la moyenne d’âge de moitié. On s’en fait pas avec ça, me dit ma petite voix. La prof se présente brièvement et nous demande ensuite de faire de même en expliquant ce qu’on est venus chercher ici. Je me sens dans une réunion des AA.

– Bonjour, je m’appelle Roger. Je suis ici parce que depuis que ma femme est morte, j’ai de la difficulté à méditer.

– Bonjour, je m’appelle Denise. Je suis ici pour trouver la paix intérieure.

– Bonjour, je m’appelle Gisèle. Je suis ici pour laisser parler mon Soi supérieur.

– Bonjour, je m’appelle Marie-Eve. Je suis ici parce que j’aime pas les hamsters.

La dame en blanc nous explique ensuite les bases de la méditation : s’imaginer qu’on a un troisième oeil dans le front, le transformer en point lumineux, fixer le portrait sur le mur d’une vieille hindoue morte, se laisser habiter par les bruits de harpe, blablabla, machin-machin, bon ok on y va. Méditons. (…) Bon, j’ai le goût de rire. Comment ça j’ai toujours des fous rire quand y faut pas? Dans les enterrements par exemple. Un cercueil ouvert ou un show des Denis Drolet : même combat pour moi. J’aime d’ailleurs mieux quand les gens meurent l’hiver car au moins je peux dissimiler mes rires dans mon foulard. Peut-être que je pourrais venir méditer avec un foulard? Un foulard blanc mettons. Ok, faut vraiment que j’arrête de rire. Pense à quelque chose de pas drôle, me dit ma petite voix. La guerre, la famine, Cathy Gauthier. (Isch, on dirait que je n’assume pas cette joke-là. Je ne suis pas à l’aise avec le concept de blesser les gens gratuitement. Cathy, si tu m’entends, faut pas le prendre personnel ok? C’est juste une mauvaise joke. Disons que je suis pas ton public cible, c’est tout.) Bon, je reprends : pense à quelque chose de pas drôle : la guerre, la famine, la guerre. Ça marche pas, on dirait que c’est trop loin de moi, je sais pas à quelle guerre ou à quelle famine penser. Pense à quelque chose qui te toucherait personnellement d’abord, ajoute ma petite voix persévérante. Imagine que ton coiffeur te fait par mégarde une coupe champignon parce qu’il est trop absorbé à t’écouter lui raconter le dernier film que tu as vu au cinéma. Imagine qu’il te crève un oeil même au passage avec ses ciseaux. Vraiment trop absorbé le gars. Ok, ça marche. Je ris pu. Je médite pas encore mais au moins je ris pu. C’est déjà ça. Pratique, la petite voix parfois.

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Comme la fois où Claude Auchu m’a fait lire du Camus.

Il y a plusieurs étapes dans la vie d’une jeune auteure. Il y a d’abord l’étape où tu n’assumes pas encore que tu écris: tu as clairement un sentiment d’imposteur et tu rougis quand on te fait des compliments. «T’exagères voyons, c’est juste parce que tu me connais que t’aimes ça.» Il y a ensuite le moment où tu commences à prendre confiance en ton écriture. À force d’avoir des bons commentaires de parfaits inconnus (lire ici des «lol»), tu te dis que peut-être que ça se peut, que finalement, qu’après tout, tu aies un mini mini talent avec les mots. Et puis, vient cette étape où tu prends vraiment confiance en ton écriture. Assez confiance pour te donner le titre de jeune auteure même si tu n’écris qu’un blogue pour l’instant. Assez confiance pour penser que tu peux écrire ce que tu veux dans la vie: des courts métrages, des BD, ton autobiographie… jusqu’à ce que tu sois frappé par ta première leçon d’humilité. Soit le moment où des gens pour qui tu as un très grand respect te demandent ce que tu essaies de communiquer à la société via tes textes. Soit le moment où tu te rends compte que tu n’as pas grand-chose d’intelligent à répondre à ça. J’ai vécu deux leçons d’humilité dans la même semaine. Grosse semaine.

La première est arrivée quand j’ai demandé à un ami scénariste de me donner son opinion sur mon court métrage. Je lui ai préalablement envoyé les textes par courriel et on est ensuite allés dîner pour en discuter.

AMI: As-tu apporté ton scénario?

MOI: Oui, oui, yé ici.

AMI: Ah c’est beau, pas besoin qu’on le regarde. Tu peux le prendre pis le déchirer.

MOI: Haha. Très drôle.

AMI: Non non, j’suis sérieux.

MOI: Ben là…

AMI: Tu peux pas juste partir sur une baloune pis scénariser sept pages comme ça. Faut que tu te poses des questions sur ce que tu veux dire avant. C’était quoi tes intentions d’auteure là-dedans?

MOI: Euh… heille si tu vois la serveuse passer fais-lui don un petit signe, je reprendrais bien un peu d’eau.

J’ai eu ma deuxième leçon d’humilité quand je suis allée dîner avec mon collègue Claude Auchu. Nous voulions collaborer sur une mini BD et en étions à notre premier brainstorm.

CLAUDE: De quoi t’aimes parler quand t’écris toi?

MOI: Hum, je dirais de l’absurdité de la vie.

CLAUDE: C’est-à-dire?

MOI: Du fait que la vie est absurde.

CLAUDE: Mais encore?

MOI: Ben, tu trouves pas ça à la fois rassurant et angoissant toi que la vie soit absurde? On sait pas trop ce qu’on fait ici. Y’a jamais rien qui arrive comme on avait pensé. Quand tu mets les choses en perspective plus rien n’a vraiment de sens ou d’importance. Y’a juste l’absurdité à laquelle on peut se raccrocher. C’est toujours là ça. C’est clair mon affaire?

CLAUDE: Pas vraiment.

MOI: Heille si tu vois la serveuse passer fais-lui don un petit signe, je reprendrais bien un peu d’eau.

Je me sentais tellement p’tit cul après ces deux rencontres. Un p’tit cul pas de contenu qui est juste capable de puncher de temps en temps. Tellement que j’ai entrepris de lire du Camus pour renforcer mon discours. Le mythe de Sisyphe: quelque chose de très léger (!) que j’ai eu la chance de lire en voyage, j’avais déjà lu Eat Pray Love alors…. Selon Camus, il y a trois façon de gérer l’absurdité de la vie (tout ça s’en vient un peu lourd me direz-vous, soit, je l’assume en mettant une parenthèse pour dire que tout ça s’en vient un peu lourd). Donc 3 façons de gérer la vie:

– En étant suicidaire

– En étant croyant

– En étant héros

Le suicidaire ne voit aucun sens à la vie et fait le «grand saut*» pour échapper à l’absurdité de sa condition.

* Dramatization. Do not attempt.

Le croyant dédie sa vie à une cause qui le détourne des grandes questions et angoisses existentielles. Quant au héros, il fait face à l’absurdité de la vie et va même jusqu’à l’apprécier. Le mythe de SisypheComme Sisyphe dans Le mythe de Sisyphe. Car selon la mythologie grecque, Sisyphe, puni pour avoir insulté les dieux, serait condamné à pousser une grosse roche au sommet d’une montagne pour le restant de sa vie. Une grosse roche qui finit toujours par redescendre juste quand il s’apprête à atteindre le sommet. Mais Sisyphe trouve son bonheur dans le fait de pousser sa roche justement, même s’il sait pertinemment que c’est en vain. En fait, le bonheur selon Camus c’est de vivre sa vie tout en étant conscient de son absurdité. Loin d’être un imbécile heureux, je dirais que Sisyphe est un genre de «conscient heureux». Ou un douchebag qui veut avoir des triceps de béton.

En espérant que ce condensé philosophique réponde à ta question sur l’absurdité de la vie, Claude. Je l’espère bien car je n’ai pas vraiment beaucoup plus de temps à consacrer à tout ça. Je planche sur un nouveau projet en ce moment: Autobiographie d’une jeune auteure héros.

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Comme la fois où j’ai parlé de mon idéal masculin, de mes girl crush et de mon plus grand fantasme sur un blogue plus populaire que le mien.

J’étais un peu fière de moi quand j’ai trouvé le titre de cet article. Je me suis dit « Ça ça va être bon pour tes statistiques d’achalandage, fille. C’est digne d’une une du Journal de Montréal. Mais, t’aurais pas envie de mettre un peu de gras pis de majuscules là-dedans? Tsé pour avoir plus d’impact? »

– Tellement!, me suis-je répondue. Je sais pas pourquoi j’y ai pas pensé plus tôt. Comme ça, c’est bon? 

Comme la fois où j’ai parlé de mon IDÉAL MASCULIN, de mes GIRL CRUSH et de mon PLUS GRAND FANTASME sur un blogue plus populaire que le mien.

– Ouin… pas mal, pal mal. Mais j’aurais tendance à toute mettre en gras pis en majuscules un coup parti.

– Ben oui, certain. Et voi-là :

COMME LA FOIS OÙ J’AI PARLÉ DE MON IDÉAL MASCULIN, DE MES GIRL CRUSH ET DE MON PLUS GRAND FANTASME SUR UN BLOGUE PLUS POPULAIRE QUE LE MIEN.

Ok, ok, on tient quelque chose là. Je pense que je grossirais aussi la typo par contre.

– Bonne idée. Comme ça ça va être lisible même quand té loin de ton ordi.

COMME LA FOIS OÙ J’AI PARLÉ DE MON IDÉAL MASCULIN, DE MES GIRL CRUSH ET DE MON PLUS GRAND FANTASME SUR UN BLOGUE PLUS POPULAIRE QUE LE MIEN.

– Ouin ouin ouin …. pis mettons qu’on mettait ça tout en rouge pour voir? Le monde y’aime ça quand y’a de la couleur.

– Rouge! Malade!

COMME LA FOIS OÙ J’AI PARLÉ DE MON IDÉAL MASCULIN, DE MES GIRL CRUSH ET DE MON PLUS GRAND FANTASME SUR UN BLOGUE PLUS POPULAIRE QUE LE MIEN.

– Ok tu capotes là. C’est ben trop intense ton affaire.

– Ben là, c’est toi qui m’a demandé…

– Aye, calme-toi fille. On va toute remettre ça en noir pis à une grosseur normale avant de publier. Pis on va faire comme si cette discussion-là avait jamais eu lieu. Ok?

– Hein? Euh…ok.

Comme la fois où j'ai parlé de mon idéal masculin, de mes girl crush et de mon plus grand fantasme sur un blogue plus populaire que le mien.

Je ne sais pas trop comment le gars d’Urbania est tombé sur mon blogue. J’avais envie de lui demander mais j’ai pas osé. Je trouvais que ça faisait trop « Comment avez-vous entendu parler de notre entreprise mon cher monsieur ». J’ai plutôt fait comme si c’était le genre de choses qui m’arrivaient souvent, de me faire approcher pour une entrevue en tant que blogueuse. Il m’a demandé de répondre à un questionnaire et de lui renvoyer. J’ai survolé les questions rapidement: Ton surnom? Ton premier geste au réveil? La chose que tu méprises le plus chez un homme? Chez une femme? Ton moment le plus honteux? Etc., etc., etc. Ça m’a tout de suite fait penser à mes années d’université. Quand je participais aux Jeux de la communication et qu’on utilisait ce genre de questionnaires pour mieux connaître les autres membres de notre délégation. J’ai essayé de retrouver l’un desdits questionnaires mais sans succès. La seule question dont je me suis souvenue avoir répondue est la suivante:

Q: Qu’est-ce qui t’attire chez un gars?

Et, malheureusement pour moi, je me suis aussi souvenue de ma réponse de l’époque:

R: Un gars qui porte du Old Spice.

Sérieux? Un gars qui porte du Old Spice? C’était ça mon critère de sélection??! Ça l’aurait pas pu être Un gars qui est riche et qui porte du Old Spice. Ou encore Un gars qui benche 225 livres et qui porte du Old Spice. Ben non toi, seulement du Old Spice ça me suffisait. Faut croire que j’étais pas très ambitieuse à 22 ans. En espérant que ça se soit amélioré avec le temps. Je vous laisse en juger par vous-même sur le blogue d’Urbania:
http://www.urbania.ca/canaux/conversations/2783/comme-la-fois-ou-elle-a-ete-interviewee-par-urbania

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Comme la fois où j’ai entendu « tête épaules genoux orteils » au Vietnam.

Parait que c’est souvent en voyage qu’on apprend à connaître la vraie nature des gens. Et que ça peut être risqué de voyager avec une bonne amie. Parait que c’est quasiment inmanquable qu’à un moment ou à un autre du voyage on se pogne avec cette bonne amie. Et que celle-ci sera peut-être rétrogradée au rang d’amie-qui-nous-tape-sur-les-nerfs-finalement au retour du voyage. J’ai tendance à ne pas croire en ce discours pessimiste et à plutôt penser qu’il ne suffit que de quelques compromis d’activités pour que tout se passe bien avec ladite amie. Ne pas écrire « Trust me I’m a doctor » en crème solaire dans son dos ou encore « Who’s your daddy? » peut aussi aider à préserver cette amitié.

J’ai eu à faire le tout premier compromis de mon voyage au Vietnam lorsque mon amie Catherine (nom fictif) a voulu prendre part à une expédition de deux jours dans le delta du Mekong pour aller visiter des marchés flottants. Moi qui déteste viscéralement  les tours guidés, deux jours ça s’en venait long. Mais Catherine a insisté :

CATH : Ça t’intéresse pas toi de voir ça les marchés flottants?

MOI : Bof, on dirait que je peux m’imaginer à quoi ça ressemble. C’est comme un marché, mais qui flotte.

CATH : En tout cas, Geneviève Borne a dit que c’était vraiment cool sur son Twitter.

MOI : Si Geneviève Borne l’a dit…

CATH : Envoye don, j’suis sûre que tu vas pas le regretter pis que tu vas même me remercier.

J’ai ainsi finalement accepté et nous sommes parties direction les marchés qui flottent. Avant de commencer notre grande aventure, notre guide nous a laissé savoir que nous étions dans le groupe B, autocollant sur notre t-shirt à l’appui. Yessssss, parle-moi de ça une bonne nouvelle toi. Était aussi présent dans le groupe B : Ti-Gros (nom fictif), un enfant vietnamien qui a un problème de glande tyroïde ou non (lire ici un p’tit criss avec des barniques trop grosses et un sérieux déficit d’attention qu’il comble en mangeant des cochonneries à la journée longue). Était aussi présente dans le groupe B : une guitare en plastique jouant l’air de tête épaules genoux orteils sur commande de Ti-Gros. Ouin…ça prenait quoi déjà pour être dans le groupe A?

Mais pour revenir aux marchés flottants, et bien nous les avons finalement visités, et c’était même plutôt intéressant dois-je avouer. En fait, ce tour guidé aurait pu me réconcilier avec les tours guidés de ce monde si ce n’étaient de tous les désagréments qui l’accompagnaient. Je parle ici de l’impression de toujours être en train d’attendre après quelque chose, des tonnes de petites activités qui finissent par toutes se ressembler et de tête épaules genoux orteils.

Pendant l’expédition par exemple, nous avons dû attendre après : une Asiatique qui marchait lentement à cause de ses talons hauts, un Allemand qui ne cessait de perdre son chapeau pointu (celui qu’on porte habituellement dans une rizière et qui devrait y rester selon moi), une Française qui prenait en photo un chat vietnamien, une Française qui prenait en photo un chien vietnamien, un Australien muni d’un canif suisse qui réparait les lunettes fumées d’une Canadienne française (oups), un Allemand qui a coincé la fermeture éclair de ses pantalons zip-off tout juste après avoir retrouvé son chapeau pointu, etc.

Pendant ce temps, Ti-Gros en a profité pour manger : un sac de Fritos, un sac de chips, des pinottes pralinées, des biscuits au chocolat et des bonbons à la noix de coco. (bis)

Outre les marchés flottants, nous avons aussi vu : une femme fabriquer des chips de riz, une femme fabriquer des nouilles de riz, une femme fabriquer des feuilles de riz, une femme fabriquer du riz soufflé. Chaque fois dans un lieu différent, bien entendu. Et alors que nous étions en train de visiter une énième manufacture de riz, Catherine, qui a remarqué mon ennui profond, a tenté de me convaincre du facteur fun de la visite. Je savais très bien qu’au fond, elle trouvait ça plate elle aussi mais elle ne pouvait pas me l’avouer, ce serait me donner raison.

CATH : Écoute ce que le guide dit, tu vas voir c’est intéressant.

MOI : Je comprends absolument rien de ce qui dit.

CATH : Ben là, tu comprends l’anglais quand même.

GUITARE : Tête épaules genoux orteils.

MOI : Oui mais j’aurais besoin de sous-titres à cause de son accent.

GUIDE : Usually,Thailand is the number one rice producer.

GUITARE: Tête épaules genoux orteils.

GUIDE : But this year, it’s gonna beVietnam because of the many floods in Thailand.

GUITARE: Tête épaules genoux orteils.

MOI : Sérieux Cath, on s’en va tu là?

CATH: Mariiiiie, té pire qu’un enfant. En fait y’a juste Ti-Gros qui a l’air à s’emmerder autant que toi.

GUITARE : Tête épaules genoux orteils.

Ok, on va se l’avouer, à ce moment-là j’avais juste envie de câlisser la guitare de Ti-Gros dans le Mekong question de voir si elle flotte autant que les marchés. Et un coup parti j’aurais aussi testé la flottaison des souliers à talons hauts de l’Asiatique, du chapeau pointu de l’Allemand et de l’appareil photo dela Française.

« Tu vas pas le regretter pis tu vas même me remercier » qu’elle disait. Ouin c’est ça, compte sur moi pour te crémer le dos mon amie.

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