Comme la fois où je trippais pas tant que ça sur la fête des Pères.

Dimanche, jour de congé ou plutôt jour de corvées déguisé en jour de congé. Dimanche, jour du Seigneur ou encore jour du Mon-Dieu-que-le-weekend-a-passé-vite. Dimanche, jour pour faire: faire les commissions, faire l’épicerie, faire le ménage, faire le mort. Dimanche, jour de brassées : brassée de pâle, brassée de foncé, brassée de c’est-pas-clair-dans-quel-tas-ça-va, brassée d’idées noires. Dimanche, jour de la fête des Pères. Cher dimanche, je trouve que parfois tu n’aides pas ta cause.

Déjà tu n’étais pas mon préféré des sept, mais cette année tu t’es particulièrement surpassé. La fête des Pères, vraiment? Ce n’était pas ton premier choix j’espère? Jure-moi que tu ne l’as pas eue en échange de la Saint-Jean ou de la fête des Patriotes au moins. Allez, jure-lé. As-tu pensé à tous ceux qui n’ont plus de père, comment ils allaient se sentir aujourd’hui? Gagner le pool ce n’est pas tout dans la vie mon vieux. En tout cas dis-toi que ce sera un peu de ta faute si jamais je m’abandonne à l’une de mes pulsions ce matin. Celle d’aller, par exemple, dans un Cora question de saboter le déjeuner de l’une de ces petites familles parfaites. Simplement par pure jalousie, une jalousie totalement assumée. Je vais aller donner l’heure juste aux fils et aux filles à papa de ce monde. On va voir s’ils vont encore avoir envie de manger Ben et Dictine après ça :

– On va se le dire une fois pour toutes : ton père, y’aime plus ta soeur que toi.

– En fait, le plus beau jour de sa vie, c’est à la naissance de ta soeur.

– Parce que toi, il n’est pas capable de dire c’est quoi exactement, mais y’a comme quelque chose qui cloche avec ton nez.

– Quand t’étais jeune même, il te cachait quand il y avait de la visite.

– Le 2e plus beau jour de sa vie c’est quand? Facile, à la naissance de ton frère.

– Le 3e ? Hum… c’est dur à dire ça…

Ok ok, je me calme. Le pire c’est que je n’écris pas tout ça pour faire pitié d’être orpheline de père. Quand je veux faire pitié, je fixe le vide avec une moue tristounette en soupirant jusqu’à ce que quelqu’un me demande ce qui ne va pas. Non, je dis ça juste pour justifier qu’aujourd’hui, j’ai le droit d’être marabout. Et ce, même si je sais pourtant que je ne devrais pas me plaindre car mon père a eu une belle mort. La plus belle des morts en fait selon moi. Février 2001, il s’est rendu à l’hôpital en République Dominicaine où il passait l’hiver à fuir le blanc. Ça faisait déjà quelques jours qu’il ne se sentait pas très bien. « On va vous garder sous observation pour la nuit M. Dion », lui a dit le médecin en espagnol. Titanico passait à la télévision dominicaine ce soir-là. Il l’a écouté avec sa conjointe,  blottie contre lui dans son minuscule lit. Ensemble, ils ont pleuré. Et puis, mon père s’est éteint. Leo a lâché prise, et mon père aussi. Une méningite qui a mal viré.

Si jamais je meurs, j’aimerais mourir sur un film moi aussi. J’aimerais mourir sur Rudy en fait. Ça me laisserait avec l’impression que tout est possible pour ma prochaine vie.

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Comme la fois où je pensais que je pensais à rien.

Je suis une fan du silence. Je trouve que trop souvent on essaie de le combler. Pour s’étourdir. Par habitude. Par malaise. Quand mon coiffeur me demande: « As-tu vu des bons films dernièrement ? », je sais qu’on est rendus là, au moment où on essaie d’étirer la sauce. « Oui. », que je lui réponds. Fin de la discussion.

Mes amis le savent. Ma famille aussi. Ma mère encore plus. Surtout quand on passe la journée ensemble et qu’elle a droit à un « Je pense qu’on serait dues pour un 15 minutes de silence. Peut-être un 20 même. » Voilà, c’est dit. C’est rien de personnel. Ça ne se veut pas méchant. Mais c’est plus fort que moi : un besoin vital, viscéral. J’essaie de le dire avec une petite voix douce et un sourire en coin pour adoucir le propos. La fossette aide un peu parait-il. Je pourrais aussi y aller d’un « Ta yeule! » moins hypocrite mais je pense pas que Marie-Éva De Villers me backerait là-dessus. Le pire c’est que si je pouvais, c’est à moi que je le dirais : « Ta yeule, ta criss de yeule. » Je le dirais à la petite voix dans ma tête. Conscience, esprit, mental, Moi, égo, p’tit hamster : je sais pas trop comment l’appeler et ce que je sais encore moins, c’est comment lui fermer la trappe une fois de temps en temps. « Moi, quand je fais du yoga, je pense à rien. Je décroche com-plè-t’ment. », me dit une amie. Ok, allons-y pour le yoga dans ce cas.

En équilibre sur une jambe devant un grand miroir, je fais le Dandayamana-Dhanurasana et j’essaie de ne penser à rien. Je me le répète dans ma tête comme un mantra, pour être sûre de ne pas l’oublier: pense à rien, pense à rien. Ma p’tite voix volubile et mon profond désir de silence se font donc la conversation, ou plutôt la guerre, pour savoir qui va avoir le dernier mot:

– Pense à rien, pense à rien.

– Vraiment beau le top Lululemon de la fille en bleu.

– Pense à rien, pense à rien.

– Sérieux, j’pense pas que ce soit permis de respirer aussi fort Gars.

– Pense à rien, pense à rien.

– Ça se peut tu être plus gai que le prof?

– Pense à rien, pense à rien.

Ark, elle sue don ben elle.

– Pense à rien, pense à rien.

– Elle sue pis elle s’est même pas rasée le d’ssous de bras.

– Pense à rien, pense à rien.

– J’ai quand même des belles orteilles pour vrai.

– Pense à rien, pense à rien.

– Des beaux orteils ou des belles orteilles?

– PENSE À RIEN, PENSE À RIEN.

– J’suis tu rendue avec une ride dans le front moi??!!

PENSE À RIEN, PENSE À RIEN.

– Statue! Pause. Je pense que je pense à rien là. Oui oui: je pense à rien. Je pense à rien, je pense à rien! Attends, je pense tu à rien ou j’suis en train de penser que je pense à rien? Ou je pense tu simplement au mot rien?  Ok non, clairement j’suis en train de penser. Fuck.

Après l’échec du yoga, me restait la méditation pour poursuivre ma quête de silence intérieur. Je trouve un centre pas trop loin de chez moi et je m’y rends en me mettant dans un état d’esprit d’ouverture. Je veux vraiment laisser de côté mes préjugés et arrêter de penser que c’est Dobacaracol qui va m’enseigner à méditer. L’homme qui m’accueille à la réception n’a finalement pas de rastas mais ressemble étrangement à Roch Thériault. On s’en fait pas avec ça, me dit ma petite voix. Il me fait faire le tour du centre et je remarque que tout le personnel qu’on croise est habillé en blanc de la tête aux pieds. Comme Roch d’ailleurs. On s’en fait pas avec ça, me dit ma petite voix. Roch termine sa visite et me fait signe de prendre place dans une petite salle de type paroissiale où une dame s’apprête à donner son cours. Assise au milieu des Huguette, Yvon et Thérèse de ce monde, je fais baisser la moyenne d’âge de moitié. On s’en fait pas avec ça, me dit ma petite voix. La prof se présente brièvement et nous demande ensuite de faire de même en expliquant ce qu’on est venus chercher ici. Je me sens dans une réunion des AA.

– Bonjour, je m’appelle Roger. Je suis ici parce que depuis que ma femme est morte, j’ai de la difficulté à méditer.

– Bonjour, je m’appelle Denise. Je suis ici pour trouver la paix intérieure.

– Bonjour, je m’appelle Gisèle. Je suis ici pour laisser parler mon Soi supérieur.

– Bonjour, je m’appelle Marie-Eve. Je suis ici parce que j’aime pas les hamsters.

La dame en blanc nous explique ensuite les bases de la méditation : s’imaginer qu’on a un troisième oeil dans le front, le transformer en point lumineux, fixer le portrait sur le mur d’une vieille hindoue morte, se laisser habiter par les bruits de harpe, blablabla, machin-machin, bon ok on y va. Méditons. (…) Bon, j’ai le goût de rire. Comment ça j’ai toujours des fous rire quand y faut pas? Dans les enterrements par exemple. Un cercueil ouvert ou un show des Denis Drolet : même combat pour moi. J’aime d’ailleurs mieux quand les gens meurent l’hiver car au moins je peux dissimiler mes rires dans mon foulard. Peut-être que je pourrais venir méditer avec un foulard? Un foulard blanc mettons. Ok, faut vraiment que j’arrête de rire. Pense à quelque chose de pas drôle, me dit ma petite voix. La guerre, la famine, Cathy Gauthier. (Isch, on dirait que je n’assume pas cette joke-là. Je ne suis pas à l’aise avec le concept de blesser les gens gratuitement. Cathy, si tu m’entends, faut pas le prendre personnel ok? C’est juste une mauvaise joke. Disons que je suis pas ton public cible, c’est tout.) Bon, je reprends : pense à quelque chose de pas drôle : la guerre, la famine, la guerre. Ça marche pas, on dirait que c’est trop loin de moi, je sais pas à quelle guerre ou à quelle famine penser. Pense à quelque chose qui te toucherait personnellement d’abord, ajoute ma petite voix persévérante. Imagine que ton coiffeur te fait par mégarde une coupe champignon parce qu’il est trop absorbé à t’écouter lui raconter le dernier film que tu as vu au cinéma. Imagine qu’il te crève un oeil même au passage avec ses ciseaux. Vraiment trop absorbé le gars. Ok, ça marche. Je ris pu. Je médite pas encore mais au moins je ris pu. C’est déjà ça. Pratique, la petite voix parfois.

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Comme la fois où Claude Auchu m’a fait lire du Camus.

Il y a plusieurs étapes dans la vie d’une jeune auteure. Il y a d’abord l’étape où tu n’assumes pas encore que tu écris: tu as clairement un sentiment d’imposteur et tu rougis quand on te fait des compliments. «T’exagères voyons, c’est juste parce que tu me connais que t’aimes ça.» Il y a ensuite le moment où tu commences à prendre confiance en ton écriture. À force d’avoir des bons commentaires de parfaits inconnus (lire ici des «lol»), tu te dis que peut-être que ça se peut, que finalement, qu’après tout, tu aies un mini mini talent avec les mots. Et puis, vient cette étape où tu prends vraiment confiance en ton écriture. Assez confiance pour te donner le titre de jeune auteure même si tu n’écris qu’un blogue pour l’instant. Assez confiance pour penser que tu peux écrire ce que tu veux dans la vie: des courts métrages, des BD, ton autobiographie… jusqu’à ce que tu sois frappé par ta première leçon d’humilité. Soit le moment où des gens pour qui tu as un très grand respect te demandent ce que tu essaies de communiquer à la société via tes textes. Soit le moment où tu te rends compte que tu n’as pas grand-chose d’intelligent à répondre à ça. J’ai vécu deux leçons d’humilité dans la même semaine. Grosse semaine.

La première est arrivée quand j’ai demandé à un ami scénariste de me donner son opinion sur mon court métrage. Je lui ai préalablement envoyé les textes par courriel et on est ensuite allés dîner pour en discuter.

AMI: As-tu apporté ton scénario?

MOI: Oui, oui, yé ici.

AMI: Ah c’est beau, pas besoin qu’on le regarde. Tu peux le prendre pis le déchirer.

MOI: Haha. Très drôle.

AMI: Non non, j’suis sérieux.

MOI: Ben là…

AMI: Tu peux pas juste partir sur une baloune pis scénariser sept pages comme ça. Faut que tu te poses des questions sur ce que tu veux dire avant. C’était quoi tes intentions d’auteure là-dedans?

MOI: Euh… heille si tu vois la serveuse passer fais-lui don un petit signe, je reprendrais bien un peu d’eau.

J’ai eu ma deuxième leçon d’humilité quand je suis allée dîner avec mon collègue Claude Auchu. Nous voulions collaborer sur une mini BD et en étions à notre premier brainstorm.

CLAUDE: De quoi t’aimes parler quand t’écris toi?

MOI: Hum, je dirais de l’absurdité de la vie.

CLAUDE: C’est-à-dire?

MOI: Du fait que la vie est absurde.

CLAUDE: Mais encore?

MOI: Ben, tu trouves pas ça à la fois rassurant et angoissant toi que la vie soit absurde? On sait pas trop ce qu’on fait ici. Y’a jamais rien qui arrive comme on avait pensé. Quand tu mets les choses en perspective plus rien n’a vraiment de sens ou d’importance. Y’a juste l’absurdité à laquelle on peut se raccrocher. C’est toujours là ça. C’est clair mon affaire?

CLAUDE: Pas vraiment.

MOI: Heille si tu vois la serveuse passer fais-lui don un petit signe, je reprendrais bien un peu d’eau.

Je me sentais tellement p’tit cul après ces deux rencontres. Un p’tit cul pas de contenu qui est juste capable de puncher de temps en temps. Tellement que j’ai entrepris de lire du Camus pour renforcer mon discours. Le mythe de Sisyphe: quelque chose de très léger (!) que j’ai eu la chance de lire en voyage, j’avais déjà lu Eat Pray Love alors…. Selon Camus, il y a trois façon de gérer l’absurdité de la vie (tout ça s’en vient un peu lourd me direz-vous, soit, je l’assume en mettant une parenthèse pour dire que tout ça s’en vient un peu lourd). Donc 3 façons de gérer la vie:

– En étant suicidaire

– En étant croyant

– En étant héros

Le suicidaire ne voit aucun sens à la vie et fait le «grand saut*» pour échapper à l’absurdité de sa condition.

* Dramatization. Do not attempt.

Le croyant dédie sa vie à une cause qui le détourne des grandes questions et angoisses existentielles. Quant au héros, il fait face à l’absurdité de la vie et va même jusqu’à l’apprécier. Le mythe de SisypheComme Sisyphe dans Le mythe de Sisyphe. Car selon la mythologie grecque, Sisyphe, puni pour avoir insulté les dieux, serait condamné à pousser une grosse roche au sommet d’une montagne pour le restant de sa vie. Une grosse roche qui finit toujours par redescendre juste quand il s’apprête à atteindre le sommet. Mais Sisyphe trouve son bonheur dans le fait de pousser sa roche justement, même s’il sait pertinemment que c’est en vain. En fait, le bonheur selon Camus c’est de vivre sa vie tout en étant conscient de son absurdité. Loin d’être un imbécile heureux, je dirais que Sisyphe est un genre de «conscient heureux». Ou un douchebag qui veut avoir des triceps de béton.

En espérant que ce condensé philosophique réponde à ta question sur l’absurdité de la vie, Claude. Je l’espère bien car je n’ai pas vraiment beaucoup plus de temps à consacrer à tout ça. Je planche sur un nouveau projet en ce moment: Autobiographie d’une jeune auteure héros.

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Comme la fois où j’ai parlé de mon idéal masculin, de mes girl crush et de mon plus grand fantasme sur un blogue plus populaire que le mien.

J’étais un peu fière de moi quand j’ai trouvé le titre de cet article. Je me suis dit « Ça ça va être bon pour tes statistiques d’achalandage, fille. C’est digne d’une une du Journal de Montréal. Mais, t’aurais pas envie de mettre un peu de gras pis de majuscules là-dedans? Tsé pour avoir plus d’impact? »

– Tellement!, me suis-je répondue. Je sais pas pourquoi j’y ai pas pensé plus tôt. Comme ça, c’est bon? 

Comme la fois où j’ai parlé de mon IDÉAL MASCULIN, de mes GIRL CRUSH et de mon PLUS GRAND FANTASME sur un blogue plus populaire que le mien.

– Ouin… pas mal, pal mal. Mais j’aurais tendance à toute mettre en gras pis en majuscules un coup parti.

– Ben oui, certain. Et voi-là :

COMME LA FOIS OÙ J’AI PARLÉ DE MON IDÉAL MASCULIN, DE MES GIRL CRUSH ET DE MON PLUS GRAND FANTASME SUR UN BLOGUE PLUS POPULAIRE QUE LE MIEN.

Ok, ok, on tient quelque chose là. Je pense que je grossirais aussi la typo par contre.

– Bonne idée. Comme ça ça va être lisible même quand té loin de ton ordi.

COMME LA FOIS OÙ J’AI PARLÉ DE MON IDÉAL MASCULIN, DE MES GIRL CRUSH ET DE MON PLUS GRAND FANTASME SUR UN BLOGUE PLUS POPULAIRE QUE LE MIEN.

– Ouin ouin ouin …. pis mettons qu’on mettait ça tout en rouge pour voir? Le monde y’aime ça quand y’a de la couleur.

– Rouge! Malade!

COMME LA FOIS OÙ J’AI PARLÉ DE MON IDÉAL MASCULIN, DE MES GIRL CRUSH ET DE MON PLUS GRAND FANTASME SUR UN BLOGUE PLUS POPULAIRE QUE LE MIEN.

– Ok tu capotes là. C’est ben trop intense ton affaire.

– Ben là, c’est toi qui m’a demandé…

– Aye, calme-toi fille. On va toute remettre ça en noir pis à une grosseur normale avant de publier. Pis on va faire comme si cette discussion-là avait jamais eu lieu. Ok?

– Hein? Euh…ok.

Comme la fois où j'ai parlé de mon idéal masculin, de mes girl crush et de mon plus grand fantasme sur un blogue plus populaire que le mien.

Je ne sais pas trop comment le gars d’Urbania est tombé sur mon blogue. J’avais envie de lui demander mais j’ai pas osé. Je trouvais que ça faisait trop « Comment avez-vous entendu parler de notre entreprise mon cher monsieur ». J’ai plutôt fait comme si c’était le genre de choses qui m’arrivaient souvent, de me faire approcher pour une entrevue en tant que blogueuse. Il m’a demandé de répondre à un questionnaire et de lui renvoyer. J’ai survolé les questions rapidement: Ton surnom? Ton premier geste au réveil? La chose que tu méprises le plus chez un homme? Chez une femme? Ton moment le plus honteux? Etc., etc., etc. Ça m’a tout de suite fait penser à mes années d’université. Quand je participais aux Jeux de la communication et qu’on utilisait ce genre de questionnaires pour mieux connaître les autres membres de notre délégation. J’ai essayé de retrouver l’un desdits questionnaires mais sans succès. La seule question dont je me suis souvenue avoir répondue est la suivante:

Q: Qu’est-ce qui t’attire chez un gars?

Et, malheureusement pour moi, je me suis aussi souvenue de ma réponse de l’époque:

R: Un gars qui porte du Old Spice.

Sérieux? Un gars qui porte du Old Spice? C’était ça mon critère de sélection??! Ça l’aurait pas pu être Un gars qui est riche et qui porte du Old Spice. Ou encore Un gars qui benche 225 livres et qui porte du Old Spice. Ben non toi, seulement du Old Spice ça me suffisait. Faut croire que j’étais pas très ambitieuse à 22 ans. En espérant que ça se soit amélioré avec le temps. Je vous laisse en juger par vous-même sur le blogue d’Urbania:
http://www.urbania.ca/canaux/conversations/2783/comme-la-fois-ou-elle-a-ete-interviewee-par-urbania

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Comme la fois où j’ai entendu « tête épaules genoux orteils » au Vietnam.

Parait que c’est souvent en voyage qu’on apprend à connaître la vraie nature des gens. Et que ça peut être risqué de voyager avec une bonne amie. Parait que c’est quasiment inmanquable qu’à un moment ou à un autre du voyage on se pogne avec cette bonne amie. Et que celle-ci sera peut-être rétrogradée au rang d’amie-qui-nous-tape-sur-les-nerfs-finalement au retour du voyage. J’ai tendance à ne pas croire en ce discours pessimiste et à plutôt penser qu’il ne suffit que de quelques compromis d’activités pour que tout se passe bien avec ladite amie. Ne pas écrire « Trust me I’m a doctor » en crème solaire dans son dos ou encore « Who’s your daddy? » peut aussi aider à préserver cette amitié.

J’ai eu à faire le tout premier compromis de mon voyage au Vietnam lorsque mon amie Catherine (nom fictif) a voulu prendre part à une expédition de deux jours dans le delta du Mekong pour aller visiter des marchés flottants. Moi qui déteste viscéralement  les tours guidés, deux jours ça s’en venait long. Mais Catherine a insisté :

CATH : Ça t’intéresse pas toi de voir ça les marchés flottants?

MOI : Bof, on dirait que je peux m’imaginer à quoi ça ressemble. C’est comme un marché, mais qui flotte.

CATH : En tout cas, Geneviève Borne a dit que c’était vraiment cool sur son Twitter.

MOI : Si Geneviève Borne l’a dit…

CATH : Envoye don, j’suis sûre que tu vas pas le regretter pis que tu vas même me remercier.

J’ai ainsi finalement accepté et nous sommes parties direction les marchés qui flottent. Avant de commencer notre grande aventure, notre guide nous a laissé savoir que nous étions dans le groupe B, autocollant sur notre t-shirt à l’appui. Yessssss, parle-moi de ça une bonne nouvelle toi. Était aussi présent dans le groupe B : Ti-Gros (nom fictif), un enfant vietnamien qui a un problème de glande tyroïde ou non (lire ici un p’tit criss avec des barniques trop grosses et un sérieux déficit d’attention qu’il comble en mangeant des cochonneries à la journée longue). Était aussi présente dans le groupe B : une guitare en plastique jouant l’air de tête épaules genoux orteils sur commande de Ti-Gros. Ouin…ça prenait quoi déjà pour être dans le groupe A?

Mais pour revenir aux marchés flottants, et bien nous les avons finalement visités, et c’était même plutôt intéressant dois-je avouer. En fait, ce tour guidé aurait pu me réconcilier avec les tours guidés de ce monde si ce n’étaient de tous les désagréments qui l’accompagnaient. Je parle ici de l’impression de toujours être en train d’attendre après quelque chose, des tonnes de petites activités qui finissent par toutes se ressembler et de tête épaules genoux orteils.

Pendant l’expédition par exemple, nous avons dû attendre après : une Asiatique qui marchait lentement à cause de ses talons hauts, un Allemand qui ne cessait de perdre son chapeau pointu (celui qu’on porte habituellement dans une rizière et qui devrait y rester selon moi), une Française qui prenait en photo un chat vietnamien, une Française qui prenait en photo un chien vietnamien, un Australien muni d’un canif suisse qui réparait les lunettes fumées d’une Canadienne française (oups), un Allemand qui a coincé la fermeture éclair de ses pantalons zip-off tout juste après avoir retrouvé son chapeau pointu, etc.

Pendant ce temps, Ti-Gros en a profité pour manger : un sac de Fritos, un sac de chips, des pinottes pralinées, des biscuits au chocolat et des bonbons à la noix de coco. (bis)

Outre les marchés flottants, nous avons aussi vu : une femme fabriquer des chips de riz, une femme fabriquer des nouilles de riz, une femme fabriquer des feuilles de riz, une femme fabriquer du riz soufflé. Chaque fois dans un lieu différent, bien entendu. Et alors que nous étions en train de visiter une énième manufacture de riz, Catherine, qui a remarqué mon ennui profond, a tenté de me convaincre du facteur fun de la visite. Je savais très bien qu’au fond, elle trouvait ça plate elle aussi mais elle ne pouvait pas me l’avouer, ce serait me donner raison.

CATH : Écoute ce que le guide dit, tu vas voir c’est intéressant.

MOI : Je comprends absolument rien de ce qui dit.

CATH : Ben là, tu comprends l’anglais quand même.

GUITARE : Tête épaules genoux orteils.

MOI : Oui mais j’aurais besoin de sous-titres à cause de son accent.

GUIDE : Usually,Thailand is the number one rice producer.

GUITARE: Tête épaules genoux orteils.

GUIDE : But this year, it’s gonna beVietnam because of the many floods in Thailand.

GUITARE: Tête épaules genoux orteils.

MOI : Sérieux Cath, on s’en va tu là?

CATH: Mariiiiie, té pire qu’un enfant. En fait y’a juste Ti-Gros qui a l’air à s’emmerder autant que toi.

GUITARE : Tête épaules genoux orteils.

Ok, on va se l’avouer, à ce moment-là j’avais juste envie de câlisser la guitare de Ti-Gros dans le Mekong question de voir si elle flotte autant que les marchés. Et un coup parti j’aurais aussi testé la flottaison des souliers à talons hauts de l’Asiatique, du chapeau pointu de l’Allemand et de l’appareil photo dela Française.

« Tu vas pas le regretter pis tu vas même me remercier » qu’elle disait. Ouin c’est ça, compte sur moi pour te crémer le dos mon amie.

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Comme la fois où Michel nous a quittés.

C’est à la fin de l’été que nous avons appris la mauvaise nouvelle : Michel, mon beau-père, était atteint d’un cancer de l’oesophage. Détecté à un stade trop avancé, aucun traitement possible. Ma mère a osé poser la question qui tue : « Combien de temps encore? ». « Bah… ça dépend. Peut-être trois mois, peut-être plus. Peut-être moins aussi. C’est jamais pareil vous savez… ». Non, on sait pas justement.

Je suis allée visiter ma mère et Michel quelque temps après. Je m’attendais à les trouver attristés, atterrés, terrassés par la vie. Je venais à peine de franchir le seuil de la porte, debout dans l’entrée avec encore le manteau sur le dos, qu’ils étaient déjà en train de me parler avec enthousiasme de la maison Michel-Sarrazin, la maison où Michel irait passer ses derniers jours. Là où il fait bon mourir, ai-je tout de suite pensé. Ou encore Ceux qui y entrent n’en sortent pas vivants. C’est au choix. Ils m’ont montré le petit dépliant imprimé sur du papier glossy. Ils étaient contents de me montrer le petit dépliant imprimé sur du papier glossy. Ils m’ont parlé du beau décor champêtre. Ils étaient contents que le beau décor soit champêtre. Je suis restée stoïque en les écoutant me vanter les boiseries, la tapisserie, le feu de foyer. J’avais l’impression qu’ils essayaient de me vendre un weekend de rêve à Tremblant. Moi je trouvais ça laid leur affaire. Laid comme un cancer qui t’oblige à te raccrocher à des moulures en vrai chêne pour ne pas sombrer dans le désespoir.

La santé de Michel s’est rapidement détériorée. Manger le faisait trop souffrir et il a été forcé de changer son régime pour du Ensure. Trois saveurs différentes au menu: fraise, vanille ou chocolat. Il pouvait aussi toutes les mélanger et se faire un Ensure napolitain deluxe. Mais ça, c’était plus pour les occasions spéciales. Comme pour sa fête par exemple, journée où l’on s’est tous réunis pour le célébrer : ses fils, ses brus, ses petits-enfants. Et alors que tout le monde s’affairait aux derniers préparatifs du souper, j’ai senti qu’il se tramait quelque chose entre ma mère et lui. Ils n’arrêtaient pas de s’échanger de petits sourires complices. Lorsque nous avons finalement pris place à table, Michel s’est levé, a demandé à avoir l’attention et nous a dit qu’il avait une bonne nouvelle à nous annoncer. Je me suis dit ça y’est, il est guéri. Il a fait de la visualisation, du yoga, de la méditation, il s’est bourré d’omégas 3, d’herbes médicinales, de curcuma, il a fait de la luminothérapie, un régime macrobiotique, du tree hugging, et voilà, il s’est autoguéri. Un miracle de la vie. Les médecins ne comprennent pas trop ce qui s’est passé, mais « ça arrive parfois », paraît-il.

« Ça fait une semaine que j’ai recommencé à manger tranquillement, nous a-t-il annoncé fièrement, même que ce soir je vais manger une soupe à l’oignon gratinée! »

Tout le monde a applaudi, un de ses fils s’est levé pour l’embrasser, la famille était émue, les yeux s’emplissaient d’eau tranquillement. Moi j’étais déçue. Déçue qu’il ne se soit pas autoguéri. J’ai ravalé ma déception et lui ai dit que sa soupe à l’oignon gratinée avait l’air bonne. C’était juste un soubresaut d’emmieutage dans sa maladie mais rien de vraiment encourageant.

J’ai ensuite revu Michel un weekend d’octobre. On a passé la journée à la campagne, allongés chacun dans notre chaise de patio, à parler de la vie et à regarder les feuilles tomber. Il m’a fait le plus grand bien. On dirait qu’étant donné que je savais qu’il allait mourir, je lui faisais plus confiance, l’écoutais avec plus d’intérêt, comme si soudainement il détenait la vérité. J’étais en requestionnement professionnel à ce moment-là et il m’a dit : « Ne laisse jamais personne te dire ce que tu es capable de faire et ne pas faire dans la vie. » J’ai trouvé ça inspirant. Vraiment.

Je suis aussi allée le voir quand il a été transféré à sa maison de soins palliatifs. Il était maigre, beige, affaibli. Il a demandé à aller prendre l’air. Je l’ai poussé jusqu’à l’extérieur dans sa chaise roulante mais n’ai jamais réussi à trouver l’air, mon air. Il faisait froid. C’était la première neige de l’hiver. Malgré mon manteau qui est supposé pouvoir me garder au chaud jusqu’à -30˚, je frissonnais. « Je sais que t’as des questions à me poser, m’a-t-il soudainement lancé, vas-y je t’écoute. » « As-tu encore certains moments de sérénité?, lui ai-je demandé. Des moments où tu es juste bien dans le présent? As-tu peur de la mort? » Il m’a répondu. Je l’ai écouté. J’ai voulu lui poser une dernière question. Je me rappelais de son sage conseil de la dernière fois. J’en voulais plus. « Qu’aurais-tu aimé déjà savoir de la vie à 30 ans, mais que tu as découvert avec l’expérience beaucoup plus tard? » Il a réfléchi. J’attendais patiemment sa réponse, suspendue au moindre mouvement de ses lèvres, prête à accueillir la parole divine. Il m’a regardé droit dans les yeux, a pris une longue respiration, s’est éclairci la voix et m’a dit :

« J’pense que j’suis fatigué là, je veux rentrer. »

Je l’ai reconduit à son lit et lui ai donné un bec sur le front avant de le laisser dormir. «Bye mon beau trésor», qu’il m’a dit. C’était la toute dernière fois que je voyais Michel. Et le 22 décembre, à 14h45, Michel voyait les murs de sa chambre champêtre pour la toute dernière fois.

Ce qui est beau avec la mort, c’est ce que ça donne envie de vivre plus, vivre mieux.

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Comme la fois où j’ai rencontré Maurice.

Maurice, c’est mon voisin d’en face. Je ne saurais dire son âge exactement mais j’aurais tendance à y aller pour la jeune quatre-vingtaine. Il habite au deuxième étage d’un duplex et passe ses journées assis sur son balcon, à ne rien faire. On dirait qu’il attend que le temps passe. Que son temps passe. Parfois il fait une sieste d’après-midi le cou bien cassé par avant. Je me suis juré qu’un de ces jours, j’irais lui acheter un oreiller en U pour son pauvre cou. Quand il ne fait pas la sieste, Maurice fume. Et Maurice tousse. Maurice tousse si fort que chaque fois qu’il tousse, j’ai un peu peur qu’il en perde une amygdale. Je ne suis pas sûre que j’ai envie de voir l’amygdale de mon voisin atterrir sur le trottoir. Ou pire encore, sa luette. Faites qu’il ne tousse pas sa luette svp.

Je me souviens encore de mon premier contact avec Maurice quand j’ai emménagé dans le quartier :

Maurice : Salut!

Moi : Salut.

Maurice : Tu peux y toucher.

Moi : Pardon?

Maurice : Mon char, tu peux y toucher.

Moi : Ah oui?

Maurice : Oui oui. La (marque, modèle, année) grise parkée juste là, c’est à moi ça. Je viens de la cirer. Touches-y, tu vas voir.

Moi : Vous êtes sûr?

Maurice : TOUCHES-Y j’te dis.

Moi : Euh…ok. Ah ben oui, c’est vrai que c’est doux hein?

Ce qui est bien avec Maurice, c’est qu’étant donné qu’il passe ses journées à épier ma maison, je n’ai pas besoin de système d’alarme. Parfois j’me dis que ce serait peut-être plus juste pour les voleurs d’au moins leur mettre une pancarte « Prenez garde à Maurice ». Quand je reviens du travail, il me fait un compte-rendu de ce qui s’est passé durant la journée :

– Le facteur est passé, y’a sonné mais y’avait personne. Y’a laissé un colis sur la galerie d’en arrière.

– Le gars d’Hydro est passé pour ton compteur, y t’a laissé un p’tit papier à remplir. Ça va les aider à augmenter ton bill.

– T’avais laissé la clé dans porte (!), je l’ai ramassée.

– Y’a un certain Alfred qui est passé. Y voulait savoir si on voulait jouer dans son prochain film, Rear Window II.

Il y a par contre des jours où j’aurais envie d’avoir la paix, où je voudrais juste qu’on me laisse dans ma bulle et où je trouve Maurice un peu intrusif. Comme par exemple quand j’entrouvre ma porte, à 6h00 du matin, pour y laisser sortir une jambe question de voir le temps qu’il fait. Maurice me lance alors un gros « Salut! » bien senti. Je ne sais pas pourquoi mais ça m’agresse profondément. Je ne suis pas encore prête à ce qu’on m’adresse la parole je pense. Il y a même des matins où je fais comme si je ne l’avais pas entendu et referme la porte rapidement plutôt que de lui répondre. Je sais, c’est vraiment honteux.

Et puis il y a eu ce matin où je me suis rendu compte que Maurice n’était plus là. Je me suis informée de son absence à une voisine: « Oh Maurice, ça fait un p’tit bout qu’il est parti déjà. Je pense qu’ils l’ont placé dans un centre pour personnes âgées », qu’elle m’a dit. Merde, moi qui voulais lui acheter un oreiller en U.

Et ben salut Maurice.

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Comme la fois où je suis allée chez Ikea. Par un dimanche pluvieux.

Oui oui je sais, mauvaise idée d’aller chez Ikea un dimanche. Surtout quand c’est la fête à la grenouille. Mais je me suis dit que ça n’allait pas être long puisque je savais exactement ce que je voulais: deux cadres Ribba blancs pour y  mettre des photos prises par Jasmin Daigle. J’avais déjà visualisé la scène dans ma tête et ce serait fini dans le temps de le dire: je rentre chez Ikea, j’ai un soudain mal au ventre à cause du trop-de-bruit-trop-de-gens-trop-de-balles-de-couleurs, je prends deux bonnes respirations, je m’enfonce dans le labyrinthe, David Bowieje rencontre David Bowie qui essaie de me détourner de ma mission, je continue mon chemin en me répétant mon mantra (Cadres-Ribba-blancs), je m’arrête devant les bougies, je taponne chacune des bougies en me disant qu’elles seraient bien belles dans ma salle de bain, je repars avec aucunes bougies, je trouve les cadres Ribba blancs, je me demande si les cadres Virserum ne seraient pas plus beaux finalement, je ne prends pas de chances et repars avec les deux modèles, je passe à la caisse, je me trompe de NIP, les gens s’impatientent derrière moi, je recommence et prends le temps de peser lentement et avec force sur chacun des boutons 1-2-3-4-5, je me dis que ça ne me tente vraiment pas de faire une autre file pour m’acheter un yogourt glacé à 1 $, je fais une autre file pour m’acheter un yogourt glacé à 1$, je commande deux cadres Ribba blancs à la caissière du bistrot Ikea (maudit mantra), je repars finalement chez moi en écoutant The National pour me remettre de mes émotions.

Mon plan était vraiment parfait. À un détail près. J’avais juste oublié de visualiser la scène « se trouver un stationnement ». En arrivant devant la grosse bâtisse bleue, j’ai donc zigzagué plusieurs minutes avant de me décider à enfin utiliser la bonne vieille technique pour se trouver un stationnement. Celle de suivre un petit-couple-heureux en filature à la sortie du magasin. Facile comme mission, il n’y a que ça chez Ikea. Tant qu’à suivre un couple, j’en choisis un symétrique. Je fais la même chose avec les fruits à l’épicerie, c’est plus fort que moi. Je suis donc tranquillement mon couple isocèle jusqu’à mon futur stationnement et j’attends patiemment que l’homme entre la grosse boîte de carton brun sur la banquette arrière de sa voiture, ou dans le coffre de sa voiture, ou dans le coffre de sa voiture avec la banquette arrière baissée finalement. J’attends ensuite qu’il aille porter le chariot au pays des chariots pendant que sa douce moitié se remet du gloss côté passager. Je m’engage finalement dans mon nouveau stationnement mais m’arrête à mi-chemin en me disant « Hum, je passe-tu? Je passe-tu pas? Y me semble que c’est un peu serré… Je vais-tu scratcher le char d’à côté si je continue? » Je ne prends pas de chance et recule un peu pour mieux me réenligner. Et alors que je recule un peu pour mieux me réenligner, une femme avance beaucoup pour mieux me voler mon stationnement. Convaincue qu’elle ne m’a pas vue, je lui fais un beau grand sourire sincère et des signaux de mains qui veulent dire : « Haha. Vous pensiez qu’il y avait un stationnement de libre là. Mais non. C’était le mien. Hahaha. Pas facile de se trouver un stationnement en ce dimanche pluvieux, hein? Mais ne désespérez pas, vous allez y arriver. Avez-vous essayé la technique du petite-couple-heureux? »

Malgré mon mime empreint de politesse et de compassion, la contrevenante ne bouge pas d’un pneu. Pire même, elle arrête le moteur de sa voiture en me faisant un sourire loin d’être empreint de politesse et de compassion. Un sourire baveux genre. Je décide de me faire respecter et vais gentiment cogner à sa fenêtre. Elle est avec sa fille d’environ 9 ans.

– Toc toc toc

– Qui est là?

– C’est Simon.

– Simon qui?

– Si mon Gros bon sens ne me retenait pas, je t’en crisserais une drette là maudite-voleuse-de-parking-qui-sait-pas-vivre.

Ok, dans ma tête ça s’est passé comme ça. Mais dans les faits, ça s’est plutôt passé comme ceci:

– Toc toc toc.

– (Pas de réponse.)

– Toc toc toc.

– (La contrevenante ouvre la fenêtre.)

– Excusez-moi madame, vous ne m’aviez peut-être pas vue mais c’est parce que ça faisait au moins 5 minutes que j’attendais après ce stationnement.

 – What?

 – Excuse me ma’am, maybe you didn’t see me, but I’ve been waiting for this parking lot for 10 minutes.

 – No.

– No?? What do you mean, no? This parking lot is mine. I’ve been waiting 15 minutes for it. I was just realigning my car.

– I don’t mind. It’s mine now.

– What??! That’s not fair. This is not a good example to show your daughter.

 – So now you’re gonna tell me how to raise my daughter?

 – Yes. I mean no. But I really don’t understand why you are doing this me. I’m a nice person and what you’re doing now is not…. euh…. is not…..euh….is not nice at all! (Et vlan, dans les dents.)

Sur cette insulte qui lui a probablement été droit au coeur, j’ai quitté mon feu stationnement. La tête haute. Fière de lui avoir dit le fond de ma pensée. Une fois à l’intérieur de la fameuse bâtisse bleue, j’ai recroisé la contrevenante et sa fille d’environ 9 ans. La contrevenante ne m’a pas vue (pour faire changement), mais sa fille, si. Et je lui ai lancé l’un de ces regards. L’un de ces regards qui voulait dire « C’est vraiment MAL ce que ta mère a fait ». Je ne sais pas pourquoi j’ai fait ça. Pauvre fille d’environ 9 ans, c’est pas de sa faute. Je me suis souvenue par la suite comment on pouvait parfois avoir honte de nos parents à cet âge-là. J’ai entre autres pensé à mon père, en boxer, en plein milieu du Simons. Il ne voulait pas se taper la file d’attente des cabines d’essayage pour une paire de jeans. Débrouillard quand même.

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Comme la fois où j’ai coché un item sur ma « to do list » de 2011.

Comme plusieurs le font à la fin de chaque année, j’ai pris l’habitude de faire une « to do list » des choses que j’aimerais réaliser pendant l’année suivante. Voici la mienne pour 2011 :

  • Me rappeler si la capitale du Brésil est Brasilia ou Rio de Janeiro
  • Me faire des lunchs le midi
  • Perdre quelques livres (Mange, prie, aime, The Secret et Les 6 clés de la confiance en soi qui ternissent l’image de ma bibliothèque)
  • Apprendre par coeur les chiffres 232 449 769 afin de détruire ma carte d’assurance sociale et ne pas me faire voler mon identité
  • Écrire pour le magazine Urbania

D’abord dans le déni que la fin de l’année arrivait, cette réalité m’a soudainement rattrapée lorsque ma soeur a prononcé le mot « Noël » dans l’une de nos conversations (« As-tu eu des nouvelles de Marie-Noël toi dernièrement? »). C’était donc officiellement le coup d’envoi pour que je m’attaque à cette fameuse liste. L’auto-saboteuse en moi décida de commencer par le point le plus difficile, en me disant qu’au pire, je n’aurai pas à me faire une nouvelle liste pour 2012.

– Allô Urbania, c’est la fille de Comme la fois.

– La fille de qui?

– Euh… la fille d’Yvon Dion.

– Ah, connais pas. Des liens avec Dion Phaneuf?

– J’pense pas. Mais j’suis aussi la fille de Comme la fois. Le blogue.

– (silence)

– C’est un peu normal que vous me connaissiez pas dans l’fond car mon lectorat est très très niché (Julie Lorazo, la moitié de mes demis-soeurs, Catherine L., Catherine T., Catherine R., Catherine Z… ouin, yé moins crédible celui-là on dirait). On m’a dit que vous cherchiez parfois des collaborateurs pour votre magazine, ben moi c’est vraiment le genre de chose qui m’intéresserait.

– Ok, voudrais-tu faire la section La ville de la semaine pour le blogue?

– On m’a dit que vous cherchiez parfois des collaborateurs pour votre magazine

– Faque tu viens de quelle ville?

– Euh… Lévis.

Je dois avouer que j’avais pas mal le Lévis de pogné au travers de la gorge. Car pour tout dire, je ne viens pas de Lévis, mais bien de St-Nicolas, une ville voisine qui a été engloutie par Lévis lors des fusions municipales. Et en tant que bonne Nicoloise, j’ai passé mon adolescence à regarder Lévis de haut. Du haut de mes souliers plateformes, avec mes jeans Parasucco taille basse, ma camisole au V bien prononcé et mes mèches quasi-napolitaines, j’avais un complexe de supériorité. Pour moi Lévis c’était une ville de pouelles, une ville de mottés, une ville où la mode arrivait toujours en retard. Il a donc fallu que je laisse certains préjugés de côté, que je fasse la paix avec mon look de coiffeuse Escompte Coiffe et que je prenne finalement le temps de redécouvrir cette ville aux charmes certains pour rédiger mon article. Bien aimé l’expérience et surtout le sentiment de satisfaction personnelle de cocher enfin un élément sur ma liste de 2011 :

Écrire pour le magazine blogue d’Urbania.

Voici ledit article :

http://urbania.ca/canaux/ville/2417/la-ville-de-la-semaine-levis

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Comme la fois où j’ai vu ma vie défiler dans un taxi.

– Taxi Diamond bonjour. 

– Oui, ce serait pour un taxi.

– Ben mettons que je m’en doutais fille: on s’appelle Taxi Diamond pis j’ai pris la peine de répondre « Taxi Diamond bonjour », faque les chances que t’appelles pour un taxi sont pas mal toutes là. Je pourrais-tu, une fois dans ma journée, pas tomber sur une épaisse, sérieux.

Ok, ok, disons que ça ne s’est pas passé exactement comme ça dans les faits. Mais pour tout dire, je rêve secrètement de me faire remettre à ma place par une téléphoniste dont les fils se seraient touchés un instant à l’autre bout du fil. Car c’est plus fort que moi, je suis incapable d’être efficace et concise lorsque j’appelle un taxi. Ça pourrait être si simple pourtant.

– Taxi Diamond bonjour.

– 3575 St-Laurent.

Bon, c’est sûr que ça manque peut-être un peu d’entregent et que ma demande a plutôt l’air d’une réponse à un jeu questionnaire, du genre:

– Catégorie faits divers. Dans quel édifice de la ville de Montréal l’ascenseur tombe-t-il le plus souvent en panne?

– (Buzzer) 3575 St-Laurent.

À bien y repenser, probablement que le mieux serait simplement d’utiliser un synonyme à « ce serait pour un taxi ». Pas nécessairement plus court comme approche mais ça me permettrait au moins d’éviter la redondance et de déstabiliser un peu l’air bête qui n’attend qu’un faux pas linguistique de ma part pour me traiter gratuitement d’épaisse. Par exemple:

– Taxi Diamond bonjour.

– Oui ce serait pour aller d’un point A à un point B.

– Oui, quel est votre point A?

– Latitude 45.513802, longitude 73.572244

– Touché coulé. 

Toujours est-il que mon taxi est finalement arrivé au point A. C’était une minivan. J’haïs ça les minivans. J’ai toujours l’impression que ça va me coûter plus cher. Sans parler du fait que je me sens overdressed si je ne porte pas un habit de soccer et une boîte de Timbits. J’y ai tout de même pris place sans trop chigner. Ça puait, ça sentait la vieille carcasse d’animal. Mon taxi sentait la taxidermie comme on dit. Je me suis efforcée de ne pas trop juger mon chauffeur en me disant qu’il avait probablement d’autres qualités. Que c’était simplement le genre de personne qu’il fallait côtoyer au quotidien pour pouvoir l’apprécier à sa juste odeur. Lui, de son côté, a pourtant eu le sentiment de me connaître depuis toujours. C’est du moins ce qu’il m’a donné comme impression quand il s’est senti assez à l’aise pour me roter sa vie. Et je ne parle pas ici de petits rots discrets de quelqu’un qui a bu un perrier et qui gère mal le trop plein de bulles. Non, je parle ici de beaux gros rots en crescendo. Mon chauffeur rotait sans aucune gêne, comme si je n’étais pas là, comme si j’étais sourde ou comme si je faisais partie du jury de La revanche des nerds. Il bombait le torse et rotait avec fierté. La minivan en tremblait de même que ma féminité. Je ne comprenais pas d’où venaient tous ces rots jusqu’à ce que je découvre la canette de bière confortablement installée dans le porte-verre côté conducteur. Planquée dans un petit sac de papier brun, elle en sortait la tête discrètement, question de s’assurer qu’il n’y avait pas de policiers dans les parages. Mon chauffeur était donc saoul. Saoul comme dans conduire en état d’ébriété. Saoul comme dans me conduire en état d’ébriété. J’ai soudainement eu peur pour ma vie. J’ai vu ma vie et ma ville défiler devant moi alors qu’il roulait à toute allure vers ma destination. J’ai aussi vu une lumière blanche au loin et me suis dit que c’était officiellement la fin. C’était plutôt les phares d’un automobiliste roulant à sens inverse. Il nous a klaxonné après qu’on ait bifurqué dans sa voie. J’ai aussitôt appuyé sur ce fameux frein invisible dont toute bonne voiture est dotée et me suis mise à chercher mon air dans cette minivan qui me semblait soudainement bien mini. Les pires préjugés face aux chauffeurs de taxi immigrants se sont alors bousculés dans ma tête mais ont surtout bousculé mon objectivité et l’ont mis KO pour le restant du trajet. J’ai sorti ma grosse voix de femme insurgée en lui criant impatiemment les dernières directives pour se rendre jusque chez moi. Juste au moment où je débarquais, sans lui donner de pourboire et avec la ferme intention de noter sa plaque d’immatriculation, j’ai cru bon de jeter un dernier coup d’oeil à la canette maudite. Peut-être juste mentionner que c’était une canette de liqueur finalement.


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