Comme la fois où ça aura valu la peine de pleurer ma vie.

Sur nos quatre joues les larmes coulaient. Comme un bâillement qui en déclenche un autre, mais nous c’était nos larmes qui étaient contagieuses. Elles se crinquaient entre elles, ruisselant à qui mieux mieux. On n’avait pas vraiment le droit de pleurer, faisait beaucoup trop beau pour pleurer, mais on s’en fichait : on pleurait quand même. Assises dans le gazon du parc Claude Jutra, on était inconsolables. Un parc nommé en l’honneur d’un homme qui avait préféré se jeter en bas d’un pont plutôt que de se perdre dans l’oubli. Justement, on avait l’impression de s’être oubliées nous aussi. De s’être perdues au détour d’un corridor d’université et d’avoir continué notre chemin sans jamais se poser de questions. Et là, dans le parc Claude Jutra, ça nous rattrapait. Cette impression d’être complètement perdues. Cette impression de ne pas être sur son X.

Ce jour-là, on a fait le pacte d’être heureuse professionnellement. On a fait le pacte de ne pas être comme ces gens croisés dans l’ascenseur qui nous annoncent un « Plus que trois jours avant le weekend ! » le mardi matin. Peu après, je suis devenue conceptrice-rédactrice alors que mon amie est courageusement retournée à l’école. Je ne me tannerai jamais de lui dire à quel point je suis fière d’elle. Je suis tellement fière de toi. Quand elle me raconte sa nouvelle vie, je suis convaincue qu’elle a fait le bon choix. J’ai voulu lui rendre hommage en soumettant l’une de ses histoires au Prix du récit Radio-Canada. Mon texte a été retenu dans les cinq finalistes. Oui, je crois qu’on a fait le bon choix.

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2013/07/08/006-chambrecinq-marieeve-leclercdion-recit-2013.shtml

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Comme la fois où j’ai fait une pluie de rires.

Quand j’ai décidé d’aller en Inde, ce n’était pas tant pour le caractère spirituel de la chose. Pas question d’astiquer le plancher d’un ashram ni d’y faire vœu de silence. Je pouvais bien promettre de ne pas parler lorsqu’il y aurait du pain naan sur la table mais c’était pas mal le seul vœu de silence dont j’étais capable. Pas très poli de parler la bouche pleine de toute façon. Malgré qu’en Inde, roter ne froisse personne alors va savoir.

Mais non, pas tant un voyage de spiritualité que ça. Pas un voyage d’où l’on revient transformé, où l’on met ensuite une vache sacrée comme fond d’écran et un namaste à même sa signature courriel. Mais quand j’ai vu la petite annonce « Yoga class for 100 Rupees per hour » sur le babillard de notre hôtel, je dois avouer que mes chakras ont un peu vibré. Faire du yoga au pays du yoga : il y avait comme quelque chose qui sonnait bien là-dedans.

Je n’ai jamais su le nom de notre maître yogi mais appelons-le Monsieur Singh, l’un des noms les plus communs de l’Inde. Ça signifie lion en sanscrit. Enchantée Monsieur Lion. Monsieur Lion n’avait que deux étudiantes : Geneviève et moi. À 100 roupies par personne, soit 2 $ chacune, il allait pouvoir arrondir sa fin de mois d’un gros 4 $. Oh yeah. Tournée de papadums pour tout le monde.

Petit homme, 5’ 4’’, cheveux grisonnants, vêtements bruns, vêtements amples, monsieur Lion devait avoir une cinquantaine d’années dans le corps dont trente comme yogi. Il portait de petites lunettes rectangulaires aux contours transparents un peu jaunis par la vie qui lui donnait un air hipster, bien malgré lui.

– We gonna do yoga today but we gonna do it real slow. Slowly slowly.

C’est dans un anglais au fort accent indien qu’il nous annonça comment aller se dérouler la séance.

– We gonna take our left arm and we gonna put it on our right feet. Slowly slowly.

Monsieur Lion nous donna ensuite chacune de ses indications d’une voix douce et articulée.

– And now, we gonna take our right arm and we gonna put it on our left feet. Slowly slowly.

En terminant toutes ses phrases par « slowly slowly ».

– Now we gonna stretch our two arms above our head. Slowly slowly. We gonna stretch more. And more. And more. Enough. ENOUGH !

Parfois, il haussait subitement le ton, comme pour réaffirmer son autorité.

– Now, if you want, we gonna do a rain.

À la fin du cours, monsieur Lion nous fit une proposition qui fut dure à refuser.

– We gonna do a rain of laugh. And we gonna do it by showing each other how happy we are. I gonna show you how happy I am and you gonna show me how happy you are and you gonna show each other too.

Je me voyais mal lui dire que je n’avais pas vraiment envie de faire une pluie de rires. Ça ne se dit comme pas.

– Hahahahahahahahahahahahahahahaha.

Et alors il commença ladite pluie.

– Hahahahahahahahahahahahahahahaha.

Je fis donc comme lui.

– Hahahahahahahahahahahahahahahaha.

Et Geneviève nous imita.

– Hahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahaha.

Nous avons ri pendant un bon quatre minutes à se regarder les trois dans le blanc des dents. Un rire forcé qui finissait par être vrai. Un rire contagieux. Un rire qui réussissait toujours à trouver son deuxième souffle. Un rire qui décrochait de son rôle de temps en temps, juste parce qu’il avait trop conscience d’être en train de rire. Il devenait alors plus vrai, plus naturel. À un certain moment, je ne savais même plus pourquoi je riais. Je ne savais plus si c’était parce que je me trouvais ridicule, ou parce que le rire de monsieur Lion me faisait rire ou simplement pour alimenter la pluie. Mais bon, j’ai ri comme si c’était ma job et ça ne m’a coûté que 2 $.

Je ne suis pas maître yogi mais je pense avoir un certain don pour la pluie de rires alors je me propose de l’enseigner gratuitement à quiconque a un lundi pluvieux. Pour les plus récalcitrants, je vous promets qu’on va faire ça tout en douceur. On va y aller, slowly slowly.

Namaste.

– Maître Leclerc-Lion

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Comme la fois où je me croyais irrésistible.

Une fois par année, pendant environ une semaine, je ne sais pas trop ce qu’il se passe. Mais une fois par année, pendant environ une semaine, il se passe quelque chose c’est sûr. Probablement un débalancement hormonal, une hausse de sérotonine, une poussée de confiance en soi ou deux fils qui se touchent dans mon cerveau, mais il y a quelque chose à quelque part qui fait que tout d’un coup, je me sens irrésistible. Ouin.

C’est comme si mon égo était soudainement gonflé à l’hélium : il flotte au-dessus de tout le monde. Et du coup, j’ai l’impression que tous les hommes que je côtoie ou croise, ont un kick sur moi. Gros statement, je sais. Mais ça reste que pendant cettedite semaine, je vois des signes de mon charme partout. Et chaque petite parole, petit sourire ou petite gentillesse, je prends ça pour du cash :

  • Le joggeur qui me salue au parc La Fontaine.
  • Mon vieux comptable de 70 ans qui aimerait qu’on skype pour parler de mes impôts.
  • Le chauffeur de taxi haïtien qui me demande si j’ai déjà eu un chum haïtien.
  • Le fils de mon amie qui me trouve vraiment cool pour mon âge.
  • Le père de mon amie qui me trouve vraiment mature pour mon âge.
  • La joggeuse qui me salue au parc La Fontaine.
  • Mon boss qui m’approuve un concept (allô Marc).
  • Le photographe qui m’ajoute sur Facebook (allô Raphaël).
  • Mon prof de yoga qui me replace pendant ma posture du Dog machin… Doggy Style Facing Dog… ah oui c’est ça : Downward Facing Dog.

OK je le sais, je charrie. Mais reste que pendant cette fameuse semaine, appelons-la La semaine de la confiance en soi MD, y’a quand même certains signes qui me font penser que j’ai peut-être réellement une aura spéciale. Le médecin de la clinique du sans rendez-vous par exemple, Dr Potvin. Cinquantaine avancée, sarrau blanc, ben occupé, pas le temps de niaiser.

–       Désolé, j’peux malheureusement pas vous prendre dans mes clients réguliers, Mademoiselle.

–       Ah non. C’est parce que ça m’rassurerait vraiment d’avoir un médecin de famille. On a une génétique bizarre dans ma famille. Je vous avais dit que mon père était … mort ?

–       Ah. Non. De quoi ?

–       Méningite.

–       Bon…

–       Faites-vous des examens gynécologiques vous ?

–       Oui.

–       Ah, nice ! Pourriez-vous m’en faire un là là ? Ça fait longtemps y me semble.

–       Euh, oui oui, j’vais prendre le temps. Allongez-vous sur le dos et mettez les pieds dans les étriers. Attention, ça va être froid. Quand je pèse là est-ce que ça fait mal ?

–       Non.

–       Pis là ?

–       Non.

–       Là ?

–       Non.

–       Là ?

–       Ouch !

–       Quand je pèse là ça vous fait mal ?

–       Non mais j’me suis mordue la joue avec ma gomme. Pouvez-vous regarder si ça saigne ?

–       Bon, rhabillez-vous et remplissez ce formulaire-là svp.

–       Hein ? C’pourquoi ?

–       Devenir une de mes clientes régulières.

Euh, allô-ô ? Je ne sais pas pour vous mais pour moi ça ne ment pas. Dr Potvin qui m’ajoute comme cliente juste après un examen gynécologique : il veut me revoir, c’est clair. Ou plutôt la revoir. Toujours est-il que des histoires comme ça, ça n’aide en rien mon égo à redescendre sur terre. Ça lui donne le goût de se rapprocher encore plus du soleil même. Et ça me pousse à faire des moves qui n’ont pas de bon sens. Des moves casse-cous. Aller harceler Alec Baldwin chez lui, genre. Ou me trouver une proie dans mon entourage.

Je commence par aller stalker ses photos Facebook. Incognito, bien dans ma peau. Après ça, je lui écris. Un beau gros message bien punché, avec des jokes absurdes aux trois mots, que moi seule comprends. Par politesse, il me répond cinq mots. Pas grave. Je suranalyse sa réponse. Je lis entre les lignes. Je m’arrange pour y trouver du positif. Je chronomètre le nombre de minutes avant de lui répondre. Je stalke ses photos Facebook une deuxième fois en attendant. Et je lui réponds. Cinq lignes genre. Verbomotrice de même la fille. J’en ai des choses à dire quand même. Pis cinq mots, pour montrer qu’on est une fille drôle qui est capable de puncher, c’est pas beaucoup. Je fais aussi un itinéraire de ses déplacements. J’imprime des Google Maps que je colle sur le mur et j’y mets des punaises de couleur avec des fils qui les relient. Appelez-moi Carrie Mathison. Ensuite, je fais des refresh pour voir s’il m’a répondu et je stalke encore ses photos Facebook en attendant. Jusqu’à ce que je vois passer un statut qui dit « Find out who’s viewing your Facebook profile !!! »

Fuck.

Là je panique. Je stresse. Je pense sérieusement à fermer mon compte Facebook. Je fais de l’anxiété. De l’angoisse. De l’insomnie. Je mange pu. Je mange trop. Je retourne voir Dr Potvin. Il me fait un examen gynécologique. Et là, je suis sauvée. Voilà, c’est dit.

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Comme la fois où j’ai commencé l’année du bon pied. – La suite.

451px-Hospital_signJe n’ai malheureusement aucun ami médecin, mais quand il est question de savoir si je devrais en consulter un pour ma blessure à la cheville, tous mes amis ont leur mot à dire.

« C’est juste une entorse. Ils peuvent rien faire à l’hôpital. Ils vont juste te dire de mettre d’la glace. »

« Aye fille, on n’est pu dans l’temps d’Ovila Pronovost où on faisait juste mettre d’la glace là. Vas voir un médecin pis ça presse. »

« Vas-y pas j’te dis: tu vas perdre ta journée pis tu vas pogner la grippe et/ou la gastro. »

« Ischhh. Ça t’inquiètes pas qu’elle soit aussi bleue et enflée ? »

« Pour vrai si c’était cassé, t’aurais ben plus mal que ça. Tu hurlerais tout l’temps. Tu hurlerais jour et nuit. »

Après une semaine à peser les pour et les contre, je décide finalement de me rendre au sans rendez-vous. La clinique ouvre à 7h00. J’arrive à 6h30. Une vingtaine de personnes sont déjà devant moi. Moi j’ai pris ma douche au moins. Je me range à la fin de la file mais me sens soudainement observée: on me fusille du regard; certains me mitraillent même. Je me rends sur-le-champs et me dirige vers la vraie fin de la file. Jamais été très bonne pour lire les files. Un homme prend place derrière moi. Il porte un polar vert forêt avec des chevreuils. Il me dévisage de la béquille droite à la béquille gauche. Puis de la gauche à la droite.

– Allez don vous asseoir là-bas ma pauvre fille, m’ordonne-t-il. Je vais garder votre place pour vous.

– Ahhh, no non, c’est beau. C’est bien gentil mais je suis correcte pour…

– ALLEZ VOUS ASSEOIR, J’AI DIT. L’expression « Premier servi, premier servi. » ça ne s’applique pas à vous.

J’obéis et vais m’asseoir. À toutes les dix minutes, Polar de chevreuils me fait des thumbs up pour me signifier qu’il a la situation bien en main.

Je vois finalement le médecin à 9h30. Il m’envoie passer des radiographies dans le même édifice. Attends en radiographie, passe les radiographies, attends le résultat des radiographies, retourne voir le médecin avec mes résultats. Il est finalement 11h30 lorsque j’entends mon nom.

– Votre calvaire n’est pas fini malheureusement, me dit le médecin. Vous avez le péroné fracturé. Vous devez aller à l’urgence de Notre-Dame pour vous faire faire un plâtre.

– Fuck. Est-ce que ça peut attendre à demain vous croyez ?

– C’est beau Mademoiselle, vous avez prouvé votre point : vous êtes une p’tite tough. Maintenant, arrêtez de niaiser pis rendez vous à l’urgence.

– Pis mettons que j’y vais ce soir ?

– Tout de suite, j’ai dit.

Le lendemain matin, je me rends à l’urgence. J’arrive à 7h00. Je m’apporte même un lunch au cas où. Il y a seulement une patiente devant moi. Yeah. Une rousse qui a la varicelle. Comme si ses taches de rousseur avaient éclos.

En attendant mon tour, j’écoute la conversation des gardiens de sécurité.

GARDIEN 1 : As-tu vu le nouveau clip de Corneille ?

GARDIEN 2 DE RACE NOIRE : Ben oui, Corneille c’est mon frère.

GARDIEN 1: Arrête de niaiser man, c’pas ton frère.

GARDIEN 2 DE RACE NOIRE: Jt’el jure, c’est mon bro.

Un nouveau patient arrive dans la salle d’attente. Il est gros et gémit sans cesse. Vraiment gossant.

Une nouvelle patiente arrive dans la salle d’attente. Elle n’est pas grosse mais gémit sans cesse. Elle le fait de façon très érotique : chaque fois qu’elle gémit, on dirait qu’elle jouit. Parfois, entre deux gémissements, elle vomit. Je ne me sens pas bien.

Je commence à voir un pattern s’installer à l’urgence : les gens gémissent pour passer plus vite. Je me pratique à gémir dans ma tête. Ce n’est pas très convaincant.

Je vois finalement l’urgentologue.

« Votre fracture tombe dans une zone grise, me dit-elle. Pas assez sévère pour un plâtre blanc, mais trop sévère pour une botte de marche. Je vais devoir envoyer vos radios à L’Hôtel-Dieu pour avoir l’avis d’un spécialiste. »

Je retourne m’asseoir dans la salle d’attente.

Un nouvel homme arrive à l’urgence. Il a un regard perçant. Le frère de Corneille lui demande de se présenter au triage. « C’est parce que j’pense que j’connais quelqu’un ici, lui dit Regard perçant. J’vais aller le saluer avant le triage. »

Regard perçant s’assoit à côté du gros gémisseur arrivé plus tôt. Ils se parlent tout bas. C’est louche.

Gros gémisseur se lève ensuite pour s’adresser à la réceptionniste :
– J’veux juste être sûr que y’ont pas nommé mon nom : Pierre Carrier (nom fictif).

– Répétez-moi votre nom svp ?, lui demande la réceptionniste qui a mal entendu.
– Luc Carrier (nom fictif aussi).

Ok, c’est vraiment louche. J’essaie de détourner mon attention de Regard perçant et de Gros gémisseur aka Pierre/Luc Carrier. Ils me font peur. Je me rabats sur la conversation d’une mère et de sa fille.

MÈRE : C’est quoi donc l’autre film québécois qui est nominé aux Oscars ?

FILLE : Hobbit Nguyen.

Un nouvel homme entre à l’urgence. Il est grand et porte une casquette sur laquelle il est écrit Feeling Lucky. Il va s’asseoir à côté de Regard Perçant et de Pierre/Luc Carrier. Les trois se connaissent. Ils ont vraiment l’air de tramer quelque chose. L’idée me traverse que ce sont peut-être des terroristes. Je la chasse aussitôt. Je me dis que dans le pire des cas, le frère de Corneille pourra me défendre.

Regard perçant s’adresse ensuite à moi; il me demande s’il peut emprunter mon téléphone pour appeler la RAMQ. Je n’ai pas le courage de refuser. Mon facteur fun est à 1 sur 10.

Arrive 12h30. Mon lunch est mangé depuis 10h30. J’ai faim. Ça fait cinq heures et demie que j’attends. Il y a trois terroristes assis devant moi. L’un d’eux a probablement activé une bombe à l’aide de mon téléphone. Je n’en peux juste plus. J’enfourche mes béquilles et retourne voir l’urgentologue.

– J’ai repensé à ça pis ça ne me dérange vraiment pas que vous me donniez le plus gros plâtre, lui dis-je avec la voix piteuse et les yeux plein d’eau. Pas besoin d’attendre l’avis de votre collègue.

– Je ne vais pas vous immobiliser et vous faire courir le risque d’une phlébite et d’une embolie pulmonaire si vous en avez pas besoin, me répond-elle. Mon collègue m’a rappelée mais il veut avoir l’avis de son boss. Ça devrait plus être très long.

Je retourne les béquilles basses dans la salle d’attente. Juste à temps pour entendre une vieille dame demander à Feeling Lucky s’il est un policier. Elle doit le trouver louche elle aussi.

L’urgentologue me rappelle une heure plus tard. Le verdict : un entre-deux, soit un plâtre synthétique bleu, muni d’une sandale à velcro Acu-Massage. De toute beauté.

En rentrant chez moi, j’ai la meilleure idée du monde : recomposer le dernier numéro de mon téléphone pour savoir qui Regard perçant a appelé. Le genre d’info qui va certainement aider les policiers dans leur enquête concernant la bombe. Je recompose. J’attends. Une voix de femme me répond : « Bienvenue à la Régie de l’assurance maladie du Québec. Si vous connaissez le poste de la personne que vous voulez joindre, composez-le maintenant. »

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Comme la fois où j’ai commencé l’année du bon pied.

3 janvier. Pu capable des vacances. Suis rendue trop zen. Besoin d’un peu d’action. J’ai écouté la saison 1 d’Unité 9 deux fois déjà. Je les envie presque les prisonnières. Y’a l’air à se passer plein de choses en dedans.

Hâte de retourner travailler. Le bureau ouvre officiellement le 7 janvier mais besoin d’une équipe aujourd’hui pour dépanner certains clients. Moi moi moi ! Je mets mon cadran pour 7h00. Je me réveille par moi-même à 6h00. Party. J’ai l’impression que c’est Noël. Ok, je me calme.

Je me prépare. Je me mets même du mascara. Je prépare mon kit de yoga. Je me fais un lunch santé. Vivement les bonnes résolutions de 2013. Je sors de chez moi. Mes voisins ont sorti leur recyclage. Ah ben oui, c’est aujourd’hui ça. Maudit que c’est l’fun sortir son recyclage. Je retourne chez moi. Je ramasse tout ce qui traîne et qui pourrait ressembler à du recyclage. Je l’ajoute au tas déjà entamé sous l’évier. Je lis les grands titres du journal en vitesse pour pouvoir l’ajouter lui aussi. J’aime que mes sacs de recyclage soient bien remplis. Pas de perte d’espace. Je prends un grand sac transparent et le remplis dudit tas. C’est le dernier sac de la boîte de sacs. Je peux donc mettre la boîte du sac de recyclage dans le recyclage. Wow. J’ai l’impression que j’ai le droit de faire un vœu. Eh que l’année commence bien.

Je marche tranquillement vers le métro. Je ne mets pas mes écouteurs ce matin. J’ai le goût d’être en contact avec mon voisinage. J’ai le goût d’être en contact avec mon quartier, avec mon présent, avec ma vie. Je souris au gars qui fume une cigarette devant l’épicerie. C’est pas grave, tu te reprendras en 2014. Un automobiliste me laisse traverser la rue. Je lui fais un signe de la main. Je continue ma route. Les trottoirs sont glacés. Je redouble de prudence. Badabing badabang. Pas assez finalement. Je suis étalée sur le sol. Ma cheville me fait mal. Pleure pas. Pleure pas. Pleure pas. Bouhouhou. Je pleure comme un fantôme.

Je suis toujours par terre. Pas capable de me relever. Pas envie. Je vois mon hiver défiler devant moi. Je me vois en train d’écouter la saison 1 d’Unité 9 pour une troisième fois. Me dire qu’elles sont chanceuses les filles de Lietteville parce qu’au moins elles peuvent marcher, elles. Je me vois ne plus être capable de sortir de chez moi. Passer mes weekends à manger des crottes de fromage. Ne plus avoir de crottes de fromage mais ne pas être capable d’aller en racheter à l’épicerie. Chercher dans les craques du divan pour voir s’il n’en resterait pas. Me commander des leggings en ligne sur le site d’Addition Elle.

– Êtes-vous correcte Madame ?, me demande un passant.

– Haha. Oui oui merci.

Dès qu’il a le dos tourné je recommence à pleurer. C’est sûr que ma cheville est brisée. Soit foulée, fêlée, cassée, fracturée, fractionnée, déchirée, ou déligamentée. C’est pas clair. Je réussis finalement à me relever. Je sautille jusque chez moi en pleurant. Les trottoirs ne sont pas encore déblayés sur ma rue. J’ai zéro fun. Mon mascara a coulé. Quand je croise des gens je pleure encore plus fort pour qu’ils comprennent que ça fait vraiment mal. Ils m’ignorent. J’arrive devant chez moi. Je m’effondre sur les marches de l’entrée. À bout de bras, j’essaie de débarrer la porte. Je tourne la clé. À droite. À gauche. À droite. Je ne sais plus. Je finis par y arriver. J’entre chez moi en rampant. En oubliant la clé dans la serrure extérieure. Une amie charitable qui m’amènera de la soupe plus tard dans la journée me le fera remarquer. Bof. Tant qu’à être blessée, aussi bien se faire voler aussi.

Ma cheville enfle. Je pourrais jouer dans C’est à ton tour Laura Cadieux. Je profite du fait que je pleure encore pour appeler mon collègue. Je prends toute la sympathie que je peux avoir.

– Math ? Bouhouhou. Je pourrai pas rentrer aujourd’hui. Bouhouhou. Je me suis fractionnée la cheville. Bouhouhou. Je vais avoir besoin de béquilles.

Je raccroche. J’arrête de pleurer. Je sautille jusqu’au garde-manger. Je m’ouvre un sac de crottes de fromage et je me start un épisode d’Unité 9.

Bonne année là.

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Comme la fois où Giceline a fait sa Germaine.

Pires cadeaux qu’on m’ait offerts dans ma vie :

  • Un crochet anti-vol (bas de Noël 2010). Le crochet que tu accroches après la table quand tu vas au resto question de ne pas te faire voler ta sacoche. Oui, mais non.
  • Un oignon « poupées russes » (bas de Noël 2011). Un faux oignon dans lequel tu peux mettre un vrai oignon pour te souvenir que t’as un vrai oignon dans ton faux oignon.
  • Un maillot de bain rouge arborant fièrement l’écusson Baywatch (j’en profite pour dire un beau bonjour à matante Hélène, fidèle lectrice).
  • Un certificat cadeau de 100 $ à la boutique Les Touilleurs (le prix d’une spatule environ… mais une maudite de belle spatule tout de même).

Meilleurs cadeaux reçus à vie :

  • Une robe Fred Perry, col en V.
  • Un chandail Fred Perry, col en V.
  • Des pantalons Fred Perry, col en V.
  • Une couverte en polar achetée dans un dép de Saint-Luc-de-Bellechasse, avec une face de loup dessus. Je la mets bien en évidence sur mon divan, en prenant soin de l’étirer le plus possible pour mettre en valeur la face dudit loup.
  • Une femme de ménage qui vient chez moi une fois par mois pendant un an. Pour vrai, une femme de ménage qui vient chez moi une fois par mois pendant un an, c’est un peu ça le bonheur.

Elle s’appelle Giceline. Pas Jocelyne. Ni Ghislaine. Giceline. Ça s’écrit comme ça se prononce, faut pas chercher plus loin. En plus ça rime avec Listerine: une femme capable de tuer les germes, ça c’est sûr.

Giceline et moi, on ne se voit pratiquement jamais. Elle vient à la maison pendant que je suis au travail. On correspond donc en s’écrivant des petits mots sur la pantry.

Bonjour Giceline, 
J’espère que vous allez bien. Pourriez-vous svp faire mon lit (vous avez l’air d’avoir la touch avec les draps contours. Lol!). Les draps sont dans la sécheuse.
Un gros merci!
Marie-Eve

Bonjour madame Marie-Eve,
Votre lit est fait. J’ai aussi eu le temps de laver l’intérieur du frigo. Pourriez-vous svp racheter du Hertel tout usage. Le bio svp.
Giceline
P. S. Il y a une surprise pour vous sur la table de cuisine…

Une surprise pour moi? Yesssssir! Parle-moi de ça une femme de ménage qui tue les germes ET qui m’apporte des brownies maison. Je me suis donc précipitée jusqu’à ma surprise en essayant de me rappeler s’il ne restait pas un peu de crème glacée dans le congélateur. Pour arriver devant ma surprise, et y trouver… une paire de vieux bas de laine. Et je n’utilise pas ici une métaphore pour parler de brownies: c’était littéralement une paire de vieux bas de laine. Rouge même. Une paire de vieux bas de laine dont j’avais complètement oubliée l’existence. Une paire de vieux bas de laine avec qui le conventum n’était pas nécessaire, surtout. Une paire de vieux bas de laine que même la sécheuse n’avait pas choisi de séparer pour sa collection. Les vieux bas de laine trop grands pour moi, ceux qui finissaient toujours par se retrouver en moton dans le bout de mes bottes. Ouin, on va se le dire, Giceline c’est un peu une agace dans le fond.

Giceline et moi, on ne se voit pratiquement jamais. Mais quand on se voit, elle en profite pour me donner ses grands conseils de vie. « J’aime ça donner des conseils aux p’tites filles, qu’elle me dit, faut léguer ça des conseils. » Elle me les donne en rafale :

« J’ai vu que votre miel était sec, vous avez juste à mettre un peu d’eau dedans, à le mettre quelques secondes au micro-ondes et bingo, il va être comme neuf. »

« Des vieux jeans, faut pas jeter ça. Vous les coupez en petites lanières pis ça va vous faire une belle jupe à franges. Comme les Hawaiennes là. »

« Dans l’armée, ils l’ont compris l’affaire. Ils roulent toute eux autres. Faut prendre les trucs de l’armée pis les appliquer à votre maison. Ce weekend, vous devriez prendre toutes vos affaires pis les rouler. Votre linge, vos draps, vos serviettes: toute. Vous allez sauver de l’espace avec ça. »

« J’ai vu que la poignée de votre porte de chambre était pas mal lousse. Là ma p’tite fille, je vais vous le dire moi ce qui va vous arriver si vous arrangez pas ça bientôt : vous allez mourir enfermée dans votre chambre. Moi mon père a déjà sauvé la vie d’une femme qui s’était enfermée dans sa salle de bain mais vous, peut-être qu’il n’y aura personne pour vous sauver la vie. La pauvre femme est restée prise une journée et demie dans sa salle de bain. Elle n’avait pas de verre: elle a dû boire avec ses mains dans le lavabo. Vous comprenez? ELLE N’AVAIT MÊME PAS DE VERRE. Direct avec ses mains la pauvre. »

J’adore rentrer du travail les 2e mardi du mois. J’adore ça car je sais que Giceline est passée pendant la journée. Dès que j’ouvre la porte, je reconnais cette odeur de propre qui flotte dans la maison. Une odeur de Hertel tout usage. Bio. La couverte de loup en polar est alors roulée sur le divan. Impossible de savoir que c’est une couverte de loup. Et il n’y a aucuns brownies maison qui traînent sur la table de cuisine.

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Comme la fois où je trippais pas tant que ça sur la fête des Pères.

Dimanche, jour de congé ou plutôt jour de corvées déguisé en jour de congé. Dimanche, jour du Seigneur ou encore jour du Mon-Dieu-que-le-weekend-a-passé-vite. Dimanche, jour pour faire: faire les commissions, faire l’épicerie, faire le ménage, faire le mort. Dimanche, jour de brassées : brassée de pâle, brassée de foncé, brassée de c’est-pas-clair-dans-quel-tas-ça-va, brassée d’idées noires. Dimanche, jour de la fête des Pères. Cher dimanche, je trouve que parfois tu n’aides pas ta cause.

Déjà tu n’étais pas mon préféré des sept, mais cette année tu t’es particulièrement surpassé. La fête des Pères, vraiment? Ce n’était pas ton premier choix j’espère? Jure-moi que tu ne l’as pas eue en échange de la Saint-Jean ou de la fête des Patriotes au moins. Allez, jure-lé. As-tu pensé à tous ceux qui n’ont plus de père, comment ils allaient se sentir aujourd’hui? Gagner le pool ce n’est pas tout dans la vie mon vieux. En tout cas dis-toi que ce sera un peu de ta faute si jamais je m’abandonne à l’une de mes pulsions ce matin. Celle d’aller, par exemple, dans un Cora question de saboter le déjeuner de l’une de ces petites familles parfaites. Simplement par pure jalousie, une jalousie totalement assumée. Je vais aller donner l’heure juste aux fils et aux filles à papa de ce monde. On va voir s’ils vont encore avoir envie de manger Ben et Dictine après ça :

– On va se le dire une fois pour toutes : ton père, y’aime plus ta soeur que toi.

– En fait, le plus beau jour de sa vie, c’est à la naissance de ta soeur.

– Parce que toi, il n’est pas capable de dire c’est quoi exactement, mais y’a comme quelque chose qui cloche avec ton nez.

– Quand t’étais jeune même, il te cachait quand il y avait de la visite.

– Le 2e plus beau jour de sa vie c’est quand? Facile, à la naissance de ton frère.

– Le 3e ? Hum… c’est dur à dire ça…

Ok ok, je me calme. Le pire c’est que je n’écris pas tout ça pour faire pitié d’être orpheline de père. Quand je veux faire pitié, je fixe le vide avec une moue tristounette en soupirant jusqu’à ce que quelqu’un me demande ce qui ne va pas. Non, je dis ça juste pour justifier qu’aujourd’hui, j’ai le droit d’être marabout. Et ce, même si je sais pourtant que je ne devrais pas me plaindre car mon père a eu une belle mort. La plus belle des morts en fait selon moi. Février 2001, il s’est rendu à l’hôpital en République Dominicaine où il passait l’hiver à fuir le blanc. Ça faisait déjà quelques jours qu’il ne se sentait pas très bien. « On va vous garder sous observation pour la nuit M. Dion », lui a dit le médecin en espagnol. Titanico passait à la télévision dominicaine ce soir-là. Il l’a écouté avec sa conjointe,  blottie contre lui dans son minuscule lit. Ensemble, ils ont pleuré. Et puis, mon père s’est éteint. Leo a lâché prise, et mon père aussi. Une méningite qui a mal viré.

Si jamais je meurs, j’aimerais mourir sur un film moi aussi. J’aimerais mourir sur Rudy en fait. Ça me laisserait avec l’impression que tout est possible pour ma prochaine vie.

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Comme la fois où je pensais que je pensais à rien.

Je suis une fan du silence. Je trouve que trop souvent on essaie de le combler. Pour s’étourdir. Par habitude. Par malaise. Quand mon coiffeur me demande: « As-tu vu des bons films dernièrement ? », je sais qu’on est rendus là, au moment où on essaie d’étirer la sauce. « Oui. », que je lui réponds. Fin de la discussion.

Mes amis le savent. Ma famille aussi. Ma mère encore plus. Surtout quand on passe la journée ensemble et qu’elle a droit à un « Je pense qu’on serait dues pour un 15 minutes de silence. Peut-être un 20 même. » Voilà, c’est dit. C’est rien de personnel. Ça ne se veut pas méchant. Mais c’est plus fort que moi : un besoin vital, viscéral. J’essaie de le dire avec une petite voix douce et un sourire en coin pour adoucir le propos. La fossette aide un peu parait-il. Je pourrais aussi y aller d’un « Ta yeule! » moins hypocrite mais je pense pas que Marie-Éva De Villers me backerait là-dessus. Le pire c’est que si je pouvais, c’est à moi que je le dirais : « Ta yeule, ta criss de yeule. » Je le dirais à la petite voix dans ma tête. Conscience, esprit, mental, Moi, égo, p’tit hamster : je sais pas trop comment l’appeler et ce que je sais encore moins, c’est comment lui fermer la trappe une fois de temps en temps. « Moi, quand je fais du yoga, je pense à rien. Je décroche com-plè-t’ment. », me dit une amie. Ok, allons-y pour le yoga dans ce cas.

En équilibre sur une jambe devant un grand miroir, je fais le Dandayamana-Dhanurasana et j’essaie de ne penser à rien. Je me le répète dans ma tête comme un mantra, pour être sûre de ne pas l’oublier: pense à rien, pense à rien. Ma p’tite voix volubile et mon profond désir de silence se font donc la conversation, ou plutôt la guerre, pour savoir qui va avoir le dernier mot:

– Pense à rien, pense à rien.

– Vraiment beau le top Lululemon de la fille en bleu.

– Pense à rien, pense à rien.

– Sérieux, j’pense pas que ce soit permis de respirer aussi fort Gars.

– Pense à rien, pense à rien.

– Ça se peut tu être plus gai que le prof?

– Pense à rien, pense à rien.

Ark, elle sue don ben elle.

– Pense à rien, pense à rien.

– Elle sue pis elle s’est même pas rasée le d’ssous de bras.

– Pense à rien, pense à rien.

– J’ai quand même des belles orteilles pour vrai.

– Pense à rien, pense à rien.

– Des beaux orteils ou des belles orteilles?

– PENSE À RIEN, PENSE À RIEN.

– J’suis tu rendue avec une ride dans le front moi??!!

PENSE À RIEN, PENSE À RIEN.

– Statue! Pause. Je pense que je pense à rien là. Oui oui: je pense à rien. Je pense à rien, je pense à rien! Attends, je pense tu à rien ou j’suis en train de penser que je pense à rien? Ou je pense tu simplement au mot rien?  Ok non, clairement j’suis en train de penser. Fuck.

Après l’échec du yoga, me restait la méditation pour poursuivre ma quête de silence intérieur. Je trouve un centre pas trop loin de chez moi et je m’y rends en me mettant dans un état d’esprit d’ouverture. Je veux vraiment laisser de côté mes préjugés et arrêter de penser que c’est Dobacaracol qui va m’enseigner à méditer. L’homme qui m’accueille à la réception n’a finalement pas de rastas mais ressemble étrangement à Roch Thériault. On s’en fait pas avec ça, me dit ma petite voix. Il me fait faire le tour du centre et je remarque que tout le personnel qu’on croise est habillé en blanc de la tête aux pieds. Comme Roch d’ailleurs. On s’en fait pas avec ça, me dit ma petite voix. Roch termine sa visite et me fait signe de prendre place dans une petite salle de type paroissiale où une dame s’apprête à donner son cours. Assise au milieu des Huguette, Yvon et Thérèse de ce monde, je fais baisser la moyenne d’âge de moitié. On s’en fait pas avec ça, me dit ma petite voix. La prof se présente brièvement et nous demande ensuite de faire de même en expliquant ce qu’on est venus chercher ici. Je me sens dans une réunion des AA.

– Bonjour, je m’appelle Roger. Je suis ici parce que depuis que ma femme est morte, j’ai de la difficulté à méditer.

– Bonjour, je m’appelle Denise. Je suis ici pour trouver la paix intérieure.

– Bonjour, je m’appelle Gisèle. Je suis ici pour laisser parler mon Soi supérieur.

– Bonjour, je m’appelle Marie-Eve. Je suis ici parce que j’aime pas les hamsters.

La dame en blanc nous explique ensuite les bases de la méditation : s’imaginer qu’on a un troisième oeil dans le front, le transformer en point lumineux, fixer le portrait sur le mur d’une vieille hindoue morte, se laisser habiter par les bruits de harpe, blablabla, machin-machin, bon ok on y va. Méditons. (…) Bon, j’ai le goût de rire. Comment ça j’ai toujours des fous rire quand y faut pas? Dans les enterrements par exemple. Un cercueil ouvert ou un show des Denis Drolet : même combat pour moi. J’aime d’ailleurs mieux quand les gens meurent l’hiver car au moins je peux dissimiler mes rires dans mon foulard. Peut-être que je pourrais venir méditer avec un foulard? Un foulard blanc mettons. Ok, faut vraiment que j’arrête de rire. Pense à quelque chose de pas drôle, me dit ma petite voix. La guerre, la famine, Cathy Gauthier. (Isch, on dirait que je n’assume pas cette joke-là. Je ne suis pas à l’aise avec le concept de blesser les gens gratuitement. Cathy, si tu m’entends, faut pas le prendre personnel ok? C’est juste une mauvaise joke. Disons que je suis pas ton public cible, c’est tout.) Bon, je reprends : pense à quelque chose de pas drôle : la guerre, la famine, la guerre. Ça marche pas, on dirait que c’est trop loin de moi, je sais pas à quelle guerre ou à quelle famine penser. Pense à quelque chose qui te toucherait personnellement d’abord, ajoute ma petite voix persévérante. Imagine que ton coiffeur te fait par mégarde une coupe champignon parce qu’il est trop absorbé à t’écouter lui raconter le dernier film que tu as vu au cinéma. Imagine qu’il te crève un oeil même au passage avec ses ciseaux. Vraiment trop absorbé le gars. Ok, ça marche. Je ris pu. Je médite pas encore mais au moins je ris pu. C’est déjà ça. Pratique, la petite voix parfois.

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Comme la fois où Claude Auchu m’a fait lire du Camus.

Il y a plusieurs étapes dans la vie d’une jeune auteure. Il y a d’abord l’étape où tu n’assumes pas encore que tu écris: tu as clairement un sentiment d’imposteur et tu rougis quand on te fait des compliments. «T’exagères voyons, c’est juste parce que tu me connais que t’aimes ça.» Il y a ensuite le moment où tu commences à prendre confiance en ton écriture. À force d’avoir des bons commentaires de parfaits inconnus (lire ici des «lol»), tu te dis que peut-être que ça se peut, que finalement, qu’après tout, tu aies un mini mini talent avec les mots. Et puis, vient cette étape où tu prends vraiment confiance en ton écriture. Assez confiance pour te donner le titre de jeune auteure même si tu n’écris qu’un blogue pour l’instant. Assez confiance pour penser que tu peux écrire ce que tu veux dans la vie: des courts métrages, des BD, ton autobiographie… jusqu’à ce que tu sois frappé par ta première leçon d’humilité. Soit le moment où des gens pour qui tu as un très grand respect te demandent ce que tu essaies de communiquer à la société via tes textes. Soit le moment où tu te rends compte que tu n’as pas grand-chose d’intelligent à répondre à ça. J’ai vécu deux leçons d’humilité dans la même semaine. Grosse semaine.

La première est arrivée quand j’ai demandé à un ami scénariste de me donner son opinion sur mon court métrage. Je lui ai préalablement envoyé les textes par courriel et on est ensuite allés dîner pour en discuter.

AMI: As-tu apporté ton scénario?

MOI: Oui, oui, yé ici.

AMI: Ah c’est beau, pas besoin qu’on le regarde. Tu peux le prendre pis le déchirer.

MOI: Haha. Très drôle.

AMI: Non non, j’suis sérieux.

MOI: Ben là…

AMI: Tu peux pas juste partir sur une baloune pis scénariser sept pages comme ça. Faut que tu te poses des questions sur ce que tu veux dire avant. C’était quoi tes intentions d’auteure là-dedans?

MOI: Euh… heille si tu vois la serveuse passer fais-lui don un petit signe, je reprendrais bien un peu d’eau.

J’ai eu ma deuxième leçon d’humilité quand je suis allée dîner avec mon collègue Claude Auchu. Nous voulions collaborer sur une mini BD et en étions à notre premier brainstorm.

CLAUDE: De quoi t’aimes parler quand t’écris toi?

MOI: Hum, je dirais de l’absurdité de la vie.

CLAUDE: C’est-à-dire?

MOI: Du fait que la vie est absurde.

CLAUDE: Mais encore?

MOI: Ben, tu trouves pas ça à la fois rassurant et angoissant toi que la vie soit absurde? On sait pas trop ce qu’on fait ici. Y’a jamais rien qui arrive comme on avait pensé. Quand tu mets les choses en perspective plus rien n’a vraiment de sens ou d’importance. Y’a juste l’absurdité à laquelle on peut se raccrocher. C’est toujours là ça. C’est clair mon affaire?

CLAUDE: Pas vraiment.

MOI: Heille si tu vois la serveuse passer fais-lui don un petit signe, je reprendrais bien un peu d’eau.

Je me sentais tellement p’tit cul après ces deux rencontres. Un p’tit cul pas de contenu qui est juste capable de puncher de temps en temps. Tellement que j’ai entrepris de lire du Camus pour renforcer mon discours. Le mythe de Sisyphe: quelque chose de très léger (!) que j’ai eu la chance de lire en voyage, j’avais déjà lu Eat Pray Love alors…. Selon Camus, il y a trois façon de gérer l’absurdité de la vie (tout ça s’en vient un peu lourd me direz-vous, soit, je l’assume en mettant une parenthèse pour dire que tout ça s’en vient un peu lourd). Donc 3 façons de gérer la vie:

– En étant suicidaire

– En étant croyant

– En étant héros

Le suicidaire ne voit aucun sens à la vie et fait le «grand saut*» pour échapper à l’absurdité de sa condition.

* Dramatization. Do not attempt.

Le croyant dédie sa vie à une cause qui le détourne des grandes questions et angoisses existentielles. Quant au héros, il fait face à l’absurdité de la vie et va même jusqu’à l’apprécier. Le mythe de SisypheComme Sisyphe dans Le mythe de Sisyphe. Car selon la mythologie grecque, Sisyphe, puni pour avoir insulté les dieux, serait condamné à pousser une grosse roche au sommet d’une montagne pour le restant de sa vie. Une grosse roche qui finit toujours par redescendre juste quand il s’apprête à atteindre le sommet. Mais Sisyphe trouve son bonheur dans le fait de pousser sa roche justement, même s’il sait pertinemment que c’est en vain. En fait, le bonheur selon Camus c’est de vivre sa vie tout en étant conscient de son absurdité. Loin d’être un imbécile heureux, je dirais que Sisyphe est un genre de «conscient heureux». Ou un douchebag qui veut avoir des triceps de béton.

En espérant que ce condensé philosophique réponde à ta question sur l’absurdité de la vie, Claude. Je l’espère bien car je n’ai pas vraiment beaucoup plus de temps à consacrer à tout ça. Je planche sur un nouveau projet en ce moment: Autobiographie d’une jeune auteure héros.

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Comme la fois où j’ai parlé de mon idéal masculin, de mes girl crush et de mon plus grand fantasme sur un blogue plus populaire que le mien.

J’étais un peu fière de moi quand j’ai trouvé le titre de cet article. Je me suis dit « Ça ça va être bon pour tes statistiques d’achalandage, fille. C’est digne d’une une du Journal de Montréal. Mais, t’aurais pas envie de mettre un peu de gras pis de majuscules là-dedans? Tsé pour avoir plus d’impact? »

– Tellement!, me suis-je répondue. Je sais pas pourquoi j’y ai pas pensé plus tôt. Comme ça, c’est bon? 

Comme la fois où j’ai parlé de mon IDÉAL MASCULIN, de mes GIRL CRUSH et de mon PLUS GRAND FANTASME sur un blogue plus populaire que le mien.

– Ouin… pas mal, pal mal. Mais j’aurais tendance à toute mettre en gras pis en majuscules un coup parti.

– Ben oui, certain. Et voi-là :

COMME LA FOIS OÙ J’AI PARLÉ DE MON IDÉAL MASCULIN, DE MES GIRL CRUSH ET DE MON PLUS GRAND FANTASME SUR UN BLOGUE PLUS POPULAIRE QUE LE MIEN.

Ok, ok, on tient quelque chose là. Je pense que je grossirais aussi la typo par contre.

– Bonne idée. Comme ça ça va être lisible même quand té loin de ton ordi.

COMME LA FOIS OÙ J’AI PARLÉ DE MON IDÉAL MASCULIN, DE MES GIRL CRUSH ET DE MON PLUS GRAND FANTASME SUR UN BLOGUE PLUS POPULAIRE QUE LE MIEN.

– Ouin ouin ouin …. pis mettons qu’on mettait ça tout en rouge pour voir? Le monde y’aime ça quand y’a de la couleur.

– Rouge! Malade!

COMME LA FOIS OÙ J’AI PARLÉ DE MON IDÉAL MASCULIN, DE MES GIRL CRUSH ET DE MON PLUS GRAND FANTASME SUR UN BLOGUE PLUS POPULAIRE QUE LE MIEN.

– Ok tu capotes là. C’est ben trop intense ton affaire.

– Ben là, c’est toi qui m’a demandé…

– Aye, calme-toi fille. On va toute remettre ça en noir pis à une grosseur normale avant de publier. Pis on va faire comme si cette discussion-là avait jamais eu lieu. Ok?

– Hein? Euh…ok.

Comme la fois où j'ai parlé de mon idéal masculin, de mes girl crush et de mon plus grand fantasme sur un blogue plus populaire que le mien.

Je ne sais pas trop comment le gars d’Urbania est tombé sur mon blogue. J’avais envie de lui demander mais j’ai pas osé. Je trouvais que ça faisait trop « Comment avez-vous entendu parler de notre entreprise mon cher monsieur ». J’ai plutôt fait comme si c’était le genre de choses qui m’arrivaient souvent, de me faire approcher pour une entrevue en tant que blogueuse. Il m’a demandé de répondre à un questionnaire et de lui renvoyer. J’ai survolé les questions rapidement: Ton surnom? Ton premier geste au réveil? La chose que tu méprises le plus chez un homme? Chez une femme? Ton moment le plus honteux? Etc., etc., etc. Ça m’a tout de suite fait penser à mes années d’université. Quand je participais aux Jeux de la communication et qu’on utilisait ce genre de questionnaires pour mieux connaître les autres membres de notre délégation. J’ai essayé de retrouver l’un desdits questionnaires mais sans succès. La seule question dont je me suis souvenue avoir répondue est la suivante:

Q: Qu’est-ce qui t’attire chez un gars?

Et, malheureusement pour moi, je me suis aussi souvenue de ma réponse de l’époque:

R: Un gars qui porte du Old Spice.

Sérieux? Un gars qui porte du Old Spice? C’était ça mon critère de sélection??! Ça l’aurait pas pu être Un gars qui est riche et qui porte du Old Spice. Ou encore Un gars qui benche 225 livres et qui porte du Old Spice. Ben non toi, seulement du Old Spice ça me suffisait. Faut croire que j’étais pas très ambitieuse à 22 ans. En espérant que ça se soit amélioré avec le temps. Je vous laisse en juger par vous-même sur le blogue d’Urbania:
http://www.urbania.ca/canaux/conversations/2783/comme-la-fois-ou-elle-a-ete-interviewee-par-urbania

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