Comme la fois où j’ai renoué avec la BD.

Un prof au primaire m’a un jour dit que les BD c’étaient pour ceux qui n’aimaient pas vraiment la lecture, ou pour les gars. Je ne voulais surtout pas qu’on pense que je suis un gars, je me suis donc mise à lire la collection du Club des Baby-sitters au grand complet. Résultat : des attentes beaucoup trop élevées par rapport au gardiennage d’enfants et une grande déception quand j’ai réalisé que les Demers n’avaient pas l’intention de m’amener en croisière dans les Caraïbes ou à Walt Disney pour m’occuper de leurs deux filles pendant leurs vacances. En fait, les Demers allaient passer leurs vacances au camping La Relâche à St-Romuald, parce qu’il y avait de petits chalets en forme de tipi et un Rigolfeur. Et ils n’allaient pas m’amener avec eux, parce qu’il y avait de petits chalets en forme de tipi et un Rigolfeur. Ils avaient seulement besoin de ma certification de gardienne avertie le mercredi soir, quand ils allaient faire l’épicerie. Parce que quand arrivait le moment fatidique de descendre l’allée des céréales, leur petite dernière avait tendance à perdre un peu la tête et à tout vouloir mettre dans le panier. Une réaction face à un trop plein de couleurs vives à gérer paraît-il. (Je parle ici d’un temps où les tigres, les abeilles, les pélicans et les nains irlandais détenaient l’oligopole de la céréale. Un temps bien avant que les jeunes mamans fermes en kit de yoga magenta envahissent les covers des boîtes de céréales fibreuses.) Bref, ça finissait toujours par une crise de larmes pour des guimauves déshydratées. Ok, ok, je l’avoue, ça m’est déjà arrivée moi aussi de piquer une petite crisette pour une boîte de Corn Pops, mais c’est parce que Bébé faisait vraiment rien pour m’aider.

Une année en quarantaine

Tout ça pour dire que j’ai délaissé la BD pendant des années, jusqu’à tout récemment, quand je me suis laissée séduire par les couvertures colorées des tomes 1 et 2 de Jeunauteur de Stéphane Dompierre (j’ai tendance à perdre un peu la tête quand je vais chez Renaud Bray, un trop plein de couleurs vives à gérer et j’ai soudainement envie de tout acheter). Bien sympathique cette caricature de l’auteur qui tente d’écrire son premier roman entre ses épisodes de procrastination, de doute et ses pannes d’inspiration. J’ai ensuite répété l’expérience avec la BD Une année en quarantaine de Claude Auchu. Encore plus sympathique. Sur une note drôle et touchante, Claude nous partage ses constats et questionnements existentiels alors qu’il entame sa première année dans la quarantaine. On dirait que je peux facilement m’imaginer le genre de commentaires et de souhaits que Claude a dû recevoir le fameux jour de ses 40 ans:

Pis, comment on se sent à 40 ans?

Aye, 40 ans pis toutes tes dents! Hehehe. (rire de mononcle)

Ouin, t’as pu 20 ans mon Claude.

Bonne fête Claude!!! (sur son mur Facebook où tous les points d’exclamation de la Terre s’y sont probablement donnés rendez-vous cette journée-là)

J’ai l’impression que dans plusieurs situations de la vie, on dit toujours les mêmes répliques pré-fabriquées et qu’il y a ici une opportunité de réinventer le small talk.

Dans l’ascenseur par exemple:

Trop souvent entendu: Ouin, faudrait pas qu’il y ait une panne et qu’on reste pogné ici hein? Hihihi. (rire nerveux)

Pas assez souvent entendu : Avez-vous vu l’épisode de Six Feet Under où un gars se fait couper le tronc par une porte d’ascenseur?

Ou encore : Bon, on teste-tu ça une fois pour toutes le vieux dicton « quand on crache en l’air, ça finit toujours par nous retomber dessus ».

 Au restaurant :

Trop souvent entendu : Ouf, chu tellement plein, que je pourrais rouler jusque chez nous.

Pas assez souvent entendu : Ouf, chu tellement plein, que je vais rouler jusque chez nous. On se rejoint en bas de la côte Berri.

 Avec la famille élargie:

 Trop souvent entendu : Le prix de l’essence, ça pas d’allure.

 Pas assez souvent entendu : Le prix de l’encens ça pas d’allure.

Au salon funéraire :

Trop souvent entendu : Dire qu’il était un si bon vivant.

Pas assez souvent entendu : Kathleen, c’était-tu ses vrais cheveux?

Autre small talk passe-partout :

– Paraît qui font des ben bonnes pâtes maison à Venise-en-Québec.

 – Le bracelet de noisetier de Marcel Leboeuf, faut-tu traiter ça?

– On l’as-tu su finalement si les chemises de l’archi-duchesse étaient sèches ou bien archi-sèches?

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Comme la fois où pour avoir l’air d’une princesse je me suis habillée au Château.

Le bal de finissants des élèves du secondaire n’a beau être qu’en juin, c’est maintenant que les robes se magasinent. Et ça, Lyna de Beauceville le sait. Car des adolescentes fébriles, elle en a reçues plus d’une depuis quelques semaines à sa boutique de robes de bal, Boutique Lyna, située juste au-dessus de la caisse Desjardins de Place Beauceville. Sur rendez-vous seulement, pour un budget de 200 à 800 $, les futures diplômées peuvent y trouver plus de 800 robes différentes qui ne vont pas dans la subtilité : c’est le festival du froufrou, de la dentelle, de la plumette et de la paillette, alouette. Chez Lyna, les adeptes du less is more peuvent aller se rhabiller. Et en profiter pour se doter d’une crinoline au passage. Car ces jeunes filles en fleur n’ont nullement l’intention d’y aller dans la sobriété pour le grand soir. Ce n’est pas parce que le suprême de poulet qu’on leur servira sera fade, qu’elles devront l’être pour autant. (Et ce n’est pas parce que la poitrine de poulet a été rebaptisée suprême de poulet pour l’occasion, qu’elle aura plus de goût.) Ces finissantes tout en fioritures mériteraient presque qu’on leur déroule le tapis rouge. Elles n’ont peut-être pas vu The King’s Speech mais elles ont vu la série télé Gossip Girl et se sont bien mises en tête qu’elles ressembleraient elles-aussi aux étudiantes du Upper East Side de Manhattan.

Ce qui différencie Lyna des boutiques de la Plaza St-Hubert, c’est la promesse qu’elle fait à ses clientes. Elle ne leur promet pas uniquement que leur robe sera une tenue passe-partout qu’elles pourront porter autant au Hilton et au Parthenon que chez Guido et Angelina (resto typiquement italien où la colonne greco-romaine est à l’honneur). Non. Lyna leur promet bien plus : elle leur promet que la robe qu’elles choisiront ne pourra être achetée par aucune autre fille de leur école. Ok, messieurs, c’est peut-être ici un concept qui ne vous interpelle pas tant. Car peut-être que ça ne vous dérange pas vraiment de ressembler au cast de La marche de l’empereur au grand complet dès qu’il y a une occasion spéciale. Mais du côté de la gent féminine, on ne veut surtout pas qu’une autre fille porte la même robe que soi. Surtout si elle a eu la brillante idée de se mettre une push-up bra alors que nous on pense encore que personne ne voit nos bretelles en plastique transparentes. Bretelles qui devraient d’ailleurs être réservées pour les cintres.

Quand j’étais au secondaire, je croyais que pour avoir l’air d’une princesse il fallait s’habiller au Château. Dans la cabine ne serait peut-être pas très fière de moi, mais ce fut tout de même ma destination shopping en secondaire 4, quand je me suis fait inviter au bal par un finissant qui se cherchait une p’tite jeune pour l’accompagner. J’ai aussi fait un arrêt aux Ailes de la mode, question de me faire maquiller gratuitement et abondamment. J’ai aussi fait un arrêt aux Ailes de la mode, question de me sentir obligée de repartir avec un kit d’ombres à paupières terre et mer beaucoup trop cher. Je pense que mon cavalier a regretté son choix quand il a vu le résultat. Il a vaguement fait référence à une fête d’enfants où j’aurais pu aller souffler des caniches royaux. Je n’ai pas trop compris le lien.

Et puis, il y a eu mon bal de finissants auquel j’allais avec mon meilleur ami. Le meilleur ami qui était vraiment juste un ami. Ok, ok, je l’avoue, le meilleur ami que je voyais un peu dans ma soupe*. Le meilleur ami à qui je pensais en fait à chaque 11h11, en faisant le voeu que lui aussi me voit dans sa soupe. Le meilleur ami à qui je pensais encore quand j’ai ouvert la petite carte qui accompagnait le bouquet de fleurs que j’ai reçu à la maison ce jour-là, alors que j’étais en train de ne pas me maquiller:

Nous sommes très fiers de toi. Papa et maman. xxx

Damn.

*Je dois avouer que je n’ai jamais eu d’apparition ésotérique dans ma soupe, à part peut-être un LOL dans une soupe Alphabet.

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Comme la fois où j’ai rencontré un vrai douanier.

En route pour Buenos Aires lors de mon dernier voyage, j’ai eu la brillante idée de faire une petite escale à Mexico et à Santiago de Chile pour l’allée. Et à Lima et Miami pour le retour. Principalement pour l’immersion culturelle que le fait de sentir du Calvin Klein dans quatre boutiques hors taxes différentes pouvait m’apporter. Et peut-être un peu pour sauver 1800 $ sur mon billet d’avion. Avec tout ce voyagement, j’ai soudain l’impression d’être officiellement devenue une grande voyageuse. Le genre de voyageuse qui porte un sac banane et des vêtements non froissables en polypropylène pour le caractère pratique de la chose. Le genre de voyageuse qui affectionne les vêtements de couleur grès pour le caractère non salissable de la chose. Le genre de voyageuse qui sait zipper et dézipper ses zip-off pants plus vite que son ombre pour le caractère compétitif de la chose. Tous ces déplacements m’ont tout de même permis d’accumuler plusieurs souvenirs de voyagement. En voici quelques uns :

Alors que j’étais en ligne pour le contrôle de sécurité, j’ai d’abord remarqué une affiche informant les voyageurs des objets interdits dans l’avion. On pouvait y reconnaître les icônes d’une arme à feu, de mini-ciseaux et d’un mascara. Je dois avouer que je me suis longuement interrogée sur la question du mascara mais ça demeure encore nébuleux dans ma tête. Deux hypothèses possibles. Soit les duchesses de l’air* veulent être les seules cutes à bord, ce qui serait très immature de leur part. Soit le pilote a peur de se faire arranger le portrait par une voyageuse instable émotionnellement. Une voyageuse qui pointerait son mascara à la jugulaire du pilote pour le forcer à détourner l’avion vers l’Italie afin de débuter son périple Eat, Pray, Love par exemple.

Une fois dans l’avion, j’ai aussi été témoin de quelques phénomènes barométriques avant que ma Gravol ne décolle :

  • J’ai d’abord vu ma voisine de siège prendre possession de l’acoudoir mitoyen sans aucune gêne. Jaurais bien aimé pouvoir jouer à Roche-papier-ciseaux avec elle pour décider du sort de cette propriété commune mais les mini-ciseaux ne sont malheureusement pas admis à bord.
  • J’ai ensuite vu mes chevilles se dégêner peu à peu pour finalement prendre totalement leurs aises et doubler de superficie. Le fameux syndrôme C’t’a ton tour Laura Cadieux paraît-il. Note à moi-même pour mon prochain voyage: demander à Carmen Sandiego où elle achète ses bas de soutien.
  • Lors d’une zone de turbulences, j’ai vu une femme sortir son chapelet et prier le ciel. Je me suis demandée si nos prières avaient plus de chances d’être entendues lorqu’on prie le ciel dans le ciel. J’ai prié pour que les promoteurs immobiliers de Montréal arrêtent d’utiliser l’expression nouveau Plateau, juste au cas.
  • J’ai finalement vu cinq comédies romantiques mettant en vedette Katherine Heigl et/ou Jennifer Aniston. Et j’ai vu ce que c’était d’avoir un sentiment de déjà vu.

Mais ce qui m’a le plus marqué à travers tout ce voyagement, ce sont les nombreux douaniers rencontrés à travers les différents aéroports. Ces hommes et femmes en uniforme me donnent une peur bleue chaque fois qu’ils s’adressent à moi. Je me sens soudain rougir comme une gamine de 7 ans qui se fait chicaner parce qu’elle a volé de beaux cailloux dans la gravelle du voisin. Un douanier de Miami m’a particulièrement marquée. Nous arrivions de Lima, deux Canadiennes à bord d’un avion bondé de Péruviens. Passer les douanes ne finissait plus de finir. Chaque voyageur avait droit au scanneur des yeux et au lecteur d’empreintes digitales. Mon tour arrive finalement :

Finally, a real Canadian, me dit le douanier en regardant mon passeport.

What do you mean, Sir?, lui dis-je en rougissant.

We had a lot of Canadians today but none of them were real ones. They were just Canadian immigrants trying to get the same benefits as people who were born in Canada.

Ohhh, I see.

Are you bringing to the United States any food, plants or animals Ma’am?

No Sir.

Are you bringing to the United States a firearm, a mascara or any other weapons?

No Sir, I’m a natural beauty.

You’re good to go then.

That’s all?? Don’t you want to scan my eyes and read my digital print Sir?

No need for that Ma’am, you’re a real Canadian.


* Je pense que duchesses de l’air est un terme à éviter et qu’il faut plutôt dire agentes de bord, qui est moins péjoratif.

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Comme la fois où j’ai eu la foi.

J’envie les personnes âgées d’être croyantes. J’envie les personnes âgées, car elles ont la foi. Et il me semble que ce serait bien pratique d’avoir une foi qui traîne pas trop loin parfois. Une foi que je pourrais sortir du garde-robe de cèdre pendant les périodes plus difficiles afin de m’y raccrocher. Car pour l’instant, je dois me rabattre sur des livres de psycho pop avec des couchers de soleil en couverture ou des titres qui commencent par “The” et finissent par “Secret”. Des livres que j’assume même pas assez pour les lire dans le métro.

J’ai arrêté de croire en 6e année. Nous étions quatre amies inséparables et il y avait deux classes de 6e cette année-là. J’ai prié le petit Jésus d’être dans la même classe que mes trois amies. Il les a toutes mises dans une classe et m’a isolée dans l’autre. C’est à partir de ce moment que j’ai arrêté de prier. À une exception près. Lorsque j’ai mal au coeur. Alors couchée sur la céramique froide de ma salle de bain, je prie. Je prie le Seigneur pour qu’il m’enlève mon mal de cœur. Je prie le Seigneur pour que la céramique soit encore plus froide. Je prie le Seigneur pour ne pas m’endormir dans un manège de La Ronde. Et mes promesses sont nombreuses si jamais il se décide à exaucer mes prières: je lui promets que je ne vais plus manger de thon rouge, je lui promets que je vais commencer à donner du sang, je lui promets que je vais envoyer une carte de remerciements à l’infirmière qui m’aidera à reprendre conscience après avoir donné du sang, je lui promets que je vais faire du compost, que je vais faire pousser mes propres fines herbes, que je vais mettre mes propres fines herbes dans mon propre compost (sauf le basilic) après avoir réalisé que je n’utilise pas vraiment mes propres fines herbes finalement (sauf le basilic), que je vais moi aussi souhaiter “Bonne fête (insérer ici le prénom de la personne)!!!” à tous mes amis sur Facebook, etc, etc, etc.

J’ai dernièrement fait une nouvelle acquisition pour tenter de reconnecter avec ma foi. C’est une oeuvre de mon ami Jasmin Daigle, photographe de grand talent. Ses photos ont toujours un je-ne-sais-quoi de très ironique ou cynique, qui me parle beaucoup. Je vous laisse vous faire votre propre interprétation de celle-ci mais avec tout ce qui se passe présentement dans le monde et particulièrement au Japon, ça résume bien ma désillusion du moment.

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Comme la fois où j’ai voulu manger mon steak à la cuillère.

Après quelques mois de gros froid cet hiver, le paysage blanc-comme-un-blanc-d’oeuf-blanc du Québec a commencé à me faire broyer du noir. Et je crois que j’aurais pu facilement sombrer dans une déprime saisonnière si ce n’était de mon corps qui a décidé de m’envoyer quelques signaux d’alerte pour me faire réagir. Tout a débuté avec des problèmes de vision : j’ai soudainement commencé à voir les gens en double, en triple et parfois même en quadruple. Les gens en Canada Goose surtout. Il y a ensuite eu cette rage de viande incontrôlable qui s’est emparée de moi. Je ne parle pas ici d’une rage qu’une dinde du réveillon aurait pu assouvir. Même trempée dans la sauce aux atacas, la dinde n’a rien d’une viande rouge. C’est plutôt une simili viande qui me simili rassasie lorsque j’ai simili faim. Je parle ici d’une rage de vraie viande, une viande qui pourrait nourrir quelqu’un qui s’appelle Jacques ou Normand par exemple, ou un membre de l’équipe des bleus. Et j’ai eu beau manger du Beef Jerky, des tartares à la tonne et même des repas Hungry-Man, il n’y avait rien à faire : ma rage persistait. C’est ainsi que j’ai décidé de plier bagage et suis partie pour l’Argentine. Ma quête : trouver le steak ultime.

Un ami qui revenait de Buenos Aires m’avait mis dans la tête que le steak argentin était si tendre qu’on pouvait le manger avec une cuillère. Ça tombe bien, j’ai d’emblée un faible pour tous les aliments qui se mangent avec une cuillère : gruau, pudding au riz, crème glacée. Sans oublier les verrines aux couleurs de la fierté gaie. Mais j’ai encore plus de sympathie pour les aliments qu’on choisit volontairement de manger avec une cuillère, simplement pour se la jouer ou pour jouer avec sa nourriture. Comme les pâtes. Le jour où j’ai découvert qu’on pouvait les embobiner sur elles-mêmes plutôt que les déchiqueter, ces bons vieux spaghatt ont regagné une certaine dignité à mes yeux. J’ai même presque eu envie de leur redonner leur « i » en fait. Il faut dire que je partais de loin, faisant partie de ces pauvres âmes qui coupent leurs pâtes en passant leur couteau à travers les dents de leur fourchette, bruits désagréables inclus, amour-propre exclus.

Suivant les bon conseils du Lonely Planet, du Petit futé et du Wallpaper, je me rends donc au restaurant La Cabrera dans la capitale argentine pour assouvir mon désir de viande. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai l’étrange pressentiment que je me dirige tout droit vers un attrape-touriste. Mon sixième sens, me direz-vous. Heureusement, le line-up à l’entrée du restaurant a vite fait de me rassurer. Si je me fie à L’Académie sur St-Denis, je sais qu’un line-up est un gage de qualité.

Selon les recommandations de mon serveur, Jorges (prononcer « rhhhorhhhé »), j’opte pour le ojo de bife. Ça m’inquiète un peu que la traduction intégrale de mon plat soit « oeil de boeuf » mais bon, je fais confiance à Jorges (prononcer « hhhorrrhai »). Bizarrement, mon plat ne vient pas avec une cuillère. Et comme pour enfoncer encore plus la non-cuillère dans la plaie, on prend même la peine de m’apporter un couteau on ne peut plus coupant. Un couteau qui me sourit de toutes ses dents. Je ravale ma déception de travers et me décide tout de même à attaquer la pièce qui se trouve devant moi. C’est tendre. C’est très tendre. C’est vraiment très tendre comme dans « je viens de mordre dans une bouchée de gras ». Ça me roule dans la bouche et me lève le coeur aussitôt. Ça me rappelle le temps où je tombais sur un nerf dans l’une de mes six McCroquettes. Au moins, à l’époque, mon haut-le-coeur venait en combo avec une bébelle en plastique pour me consoler. J’essaie tant bien que mal de dissimuler mon dégout à mes pairs en mâchant mon morceau de gras AAA d’une dent ferme et décidée. Je mâche d’arrache-pied et d’arrache-dent en même temps. Je mâche et mâche encore comme si j’étais assise au banc des Blue Jays et que c’était ma job de chiquer ma vie. Mon morceau a maintenant la texture d’une gomme. Une gomme qui rebondit entre mes dents mais ne diminue jamais. Une gomme qui dure extra-trop-longtemps. Et j’ai peur que si je me décide à l’avaler tout rond, elle reste coincée dans mon estomac pendant des mois. C’est finalement après avoir vérifié que Jorges (prononcer « wrowre ») ne m’avait pas dans son champs de vision, que je réussis à aller coller subtilement ma gomme de gras sous la table.

Mon conseil, si vous allez à La Cabrera, demandez à Jorge (prononcer « wre ») qu’il vous apporte le lomo de bife (filet mignon) plutôt que le ojo de bife. Et si vous choisissez d’opter tout de même pour l’oeil de boeuf, assurez-vous d’avoir la dent dynamique cette soirée-là. Car je mettrais ma main au feu que c’est cette pièce de viande qui a inspiré le fameux poverbe oeil pour oeil dent pour dent.

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Comme la fois où je me suis présentée.

Autrefois reconnue pour avoir le plus long nom du Québec, ma vie a basculé en 1987, année où Élizabeth Blouin-Brathwaite a vu le jour. J’essaie depuis de trouver un nouveau sens à ma vie en me découvrant un nouveau talent.

Après avoir écouté beaucoup trop de fois le film La Championne, j’ai d’abord tenté une carrière de gymnaste que j’ai rapidement dû abandonner : les couettes trop serrées me donnaient malheureusement des migraines. Sans parler des yeux bridés. À la recherche de l’artiste en moi, j’ai par la suite cherché à exprimer mes émotions refoulées à travers le dessin. Résultat: à part un motif tribal dans mes cahiers d’école, aucune émotion digne de mention n’est ressortie. J’ai bien pensé reproduire le dit motif dans le bas du dos de mes amies en me lançant dans le tatouage, mais il semble que quelqu’un y ait déjà pensé avant moi.

Un peu plus tard, j’ai voulu tenter ma chance au théâtre pour me faire dire que j’aurais probablement plus de chances dans un théâtre de marionnettes. C’est ainsi que je me suis mise à la confection de marionnettes géantes en papier mâché, activité qui n’a malheureusement pas fait long feu car les nombreux blanchiments de dents que cela impliquait étaient devenus trop dispendieux à la longue. Mâcher du papier journal me donnait aussi un peu mal au coeur dois-je avouer.

Côté cuisine, il n’y a pas de quoi se réjouir non plus. Je suis bien bonne pour classer minutieusement mes épices par ordre alphabétique. Et pour ouvrir une canne de soupe Alphabet. Je me suis bien découvert un don certain pour le jeu de société Mad Gab mais foulez fou mais pousser* ne m’a apporté que des quiproquos et des mariages malheureux. Je me rabats donc en ce moment sur l’écriture, question d’essoufler un peu le petit hamster qui fait de l’elliptique dans ma tête.

*Solution: Voulez-vous m’épouser.

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Comme la fois où je me suis réveillée avec un blogue.

Je me suis levée ce matin et voilà, j’avais un blogue. Je ne sais pas trop si le fait d’avoir mis une clé USB sous mon oreiller avant de me coucher y est pour quelque chose, ou si c’est plutôt parce que j’en ait fait le voeu à 11h11 et à 22h22 la veille. Mais bon, puisque c’est là maintenant.

Je tâcherai que mes anectdotes ne soient pas trop égocentriques (dure tâche, j’en suis consciente), de me limiter à un jeu de mots douteux par post, de me restreindre à un mot emprunté à la langue de Shakespeare par article, et de ne plus utiliser langue de Shakespeare comme synonyme à anglais.

Alors voilà, en allumant le web ce matin, j’ai découvert que j’avais soudainement un blogue. Mieux encore, j’ai découvert que j’avais soudainement un beau blogue. Merci d’ailleurs à cet ami directeur artistique qui en a fait le design. Sans lui, je me serais probablement retrouvée avec du Comic Sans ou une fonte en tête-de-violon comme celle qu’utilise mon esthéticienne pour m’annoncer sa promo Aisselles de rêve.

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