Comme la fois où j’ai entendu « tête épaules genoux orteils » au Vietnam.

Parait que c’est souvent en voyage qu’on apprend à connaître la vraie nature des gens. Et que ça peut être risqué de voyager avec une bonne amie. Parait que c’est quasiment inmanquable qu’à un moment ou à un autre du voyage on se pogne avec cette bonne amie. Et que celle-ci sera peut-être rétrogradée au rang d’amie-qui-nous-tape-sur-les-nerfs-finalement au retour du voyage. J’ai tendance à ne pas croire en ce discours pessimiste et à plutôt penser qu’il ne suffit que de quelques compromis d’activités pour que tout se passe bien avec ladite amie. Ne pas écrire « Trust me I’m a doctor » en crème solaire dans son dos ou encore « Who’s your daddy? » peut aussi aider à préserver cette amitié.

J’ai eu à faire le tout premier compromis de mon voyage au Vietnam lorsque mon amie Catherine (nom fictif) a voulu prendre part à une expédition de deux jours dans le delta du Mekong pour aller visiter des marchés flottants. Moi qui déteste viscéralement  les tours guidés, deux jours ça s’en venait long. Mais Catherine a insisté :

CATH : Ça t’intéresse pas toi de voir ça les marchés flottants?

MOI : Bof, on dirait que je peux m’imaginer à quoi ça ressemble. C’est comme un marché, mais qui flotte.

CATH : En tout cas, Geneviève Borne a dit que c’était vraiment cool sur son Twitter.

MOI : Si Geneviève Borne l’a dit…

CATH : Envoye don, j’suis sûre que tu vas pas le regretter pis que tu vas même me remercier.

J’ai ainsi finalement accepté et nous sommes parties direction les marchés qui flottent. Avant de commencer notre grande aventure, notre guide nous a laissé savoir que nous étions dans le groupe B, autocollant sur notre t-shirt à l’appui. Yessssss, parle-moi de ça une bonne nouvelle toi. Était aussi présent dans le groupe B : Ti-Gros (nom fictif), un enfant vietnamien qui a un problème de glande tyroïde ou non (lire ici un p’tit criss avec des barniques trop grosses et un sérieux déficit d’attention qu’il comble en mangeant des cochonneries à la journée longue). Était aussi présente dans le groupe B : une guitare en plastique jouant l’air de tête épaules genoux orteils sur commande de Ti-Gros. Ouin…ça prenait quoi déjà pour être dans le groupe A?

Mais pour revenir aux marchés flottants, et bien nous les avons finalement visités, et c’était même plutôt intéressant dois-je avouer. En fait, ce tour guidé aurait pu me réconcilier avec les tours guidés de ce monde si ce n’étaient de tous les désagréments qui l’accompagnaient. Je parle ici de l’impression de toujours être en train d’attendre après quelque chose, des tonnes de petites activités qui finissent par toutes se ressembler et de tête épaules genoux orteils.

Pendant l’expédition par exemple, nous avons dû attendre après : une Asiatique qui marchait lentement à cause de ses talons hauts, un Allemand qui ne cessait de perdre son chapeau pointu (celui qu’on porte habituellement dans une rizière et qui devrait y rester selon moi), une Française qui prenait en photo un chat vietnamien, une Française qui prenait en photo un chien vietnamien, un Australien muni d’un canif suisse qui réparait les lunettes fumées d’une Canadienne française (oups), un Allemand qui a coincé la fermeture éclair de ses pantalons zip-off tout juste après avoir retrouvé son chapeau pointu, etc.

Pendant ce temps, Ti-Gros en a profité pour manger : un sac de Fritos, un sac de chips, des pinottes pralinées, des biscuits au chocolat et des bonbons à la noix de coco. (bis)

Outre les marchés flottants, nous avons aussi vu : une femme fabriquer des chips de riz, une femme fabriquer des nouilles de riz, une femme fabriquer des feuilles de riz, une femme fabriquer du riz soufflé. Chaque fois dans un lieu différent, bien entendu. Et alors que nous étions en train de visiter une énième manufacture de riz, Catherine, qui a remarqué mon ennui profond, a tenté de me convaincre du facteur fun de la visite. Je savais très bien qu’au fond, elle trouvait ça plate elle aussi mais elle ne pouvait pas me l’avouer, ce serait me donner raison.

CATH : Écoute ce que le guide dit, tu vas voir c’est intéressant.

MOI : Je comprends absolument rien de ce qui dit.

CATH : Ben là, tu comprends l’anglais quand même.

GUITARE : Tête épaules genoux orteils.

MOI : Oui mais j’aurais besoin de sous-titres à cause de son accent.

GUIDE : Usually,Thailand is the number one rice producer.

GUITARE: Tête épaules genoux orteils.

GUIDE : But this year, it’s gonna beVietnam because of the many floods in Thailand.

GUITARE: Tête épaules genoux orteils.

MOI : Sérieux Cath, on s’en va tu là?

CATH: Mariiiiie, té pire qu’un enfant. En fait y’a juste Ti-Gros qui a l’air à s’emmerder autant que toi.

GUITARE : Tête épaules genoux orteils.

Ok, on va se l’avouer, à ce moment-là j’avais juste envie de câlisser la guitare de Ti-Gros dans le Mekong question de voir si elle flotte autant que les marchés. Et un coup parti j’aurais aussi testé la flottaison des souliers à talons hauts de l’Asiatique, du chapeau pointu de l’Allemand et de l’appareil photo dela Française.

« Tu vas pas le regretter pis tu vas même me remercier » qu’elle disait. Ouin c’est ça, compte sur moi pour te crémer le dos mon amie.

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