Comme la fois où mon ex m’a trahie.

Il s’appelait Billy (nom fictif). On s’était frenché dans un McDo entre deux bouchées de Big Mac. Mon premier french. C’était le spécial 2 pour 1 sur les Big Mac. On s’est pris un spécial chacun.

Mais Billy, c’était un peu un bad boy. Il se faisait souvent renvoyer de l’école. Je me souviens d’une fois où il s’était battu contre Nike (vrai surnom). Le pauvre était étendu dans le corridor et se faisait rouer de coups de poing, sans broncher. Ça lui apprendra à s’habiller en Nike de la tête aux pieds.

Bien entendu, je n’approuvais pas le comportement de Bill’. J’étais pourtant convaincue que je pouvais le sauver. J’avais l’impression d’être la seule à comprendre sa rage intérieure. Et bon, on s’aimait. Il m’avait emprunté ma calculatrice scientifique pour un examen. Quand il me l’a remise, il était écrit JE T’AIME sur l’écran. Pas SOLEIL là, JE T’AIME. Ça ne ment pas ça.

Comme plusieurs gars en 1997, Billy avait les cheveux rasés. Quand je passais mes doigts sur son crâne, c’était super doux. Mais il trouvait que je le flattais trop, justement. «J’suis pas un chien.», qu’il m’a dit une bonne fois. Première chicane de couple.

Et puis un beau jour, il m’a laissée. Au téléphone à part de ça. «Avec mon ex c’était 8/10, qu’il m’a dit, avec toi c’est à peu près 6/10.» Ça faisait une semaine qu’on sortait ensemble; j’ai pris toute l’année scolaire à m’en remettre. Surtout qu’après, il est sorti avec la belle Nadine. Nadine: la fille la plus grande et mince de toute l’école secondaire Les Etchemins. Probablement un ange de Victoria’s Secret aujourd’hui. À côté d’elle, j’avais l’air d’une petite boulotte.

Heureusement pour moi, leur relation n’a pas duré très longtemps. De sorte que quand j’ai organisé un party chez mon père, quelques mois plus tard, j’ai pu inviter Billy. J’ai tellement prié pour qu’il vienne. Toute la soirée, j’ai regardé la porte d’entrée du coin de l’œil en faisant semblant d’écouter les conversations. J’avais pris une heure et demie à me raidir les cheveux au lieu d’une heure ce matin-là. Enfin, il est arrivé.

Je lui ai d’abord offert un verre. Quand j’ai ouvert l’armoire à verres, il a pointé l’une des quatre coupes dorées qui trônaient sur la tablette des invités et m’a demandé si c’était du vrai or. J’ai pris ladite coupe dans mes mains, un genre de Saint Graal qui goûtait le métal quand on y buvait du jus de raisins, et j’ai répondu que oui, juste pour flasher.

Le restant de la soirée a été OK. On a un peu jasé, mais Billy ne m’a pas embrassée. Même pas dans le noir, quand l’un de mes invités a accroché les breakers du sous-sol et que l’électricité a été coupée pendant quelques minutes. Ce n’est que le lendemain que je me suis rendue compte qu’il nous manquait des choses: un livret de talons de chèques, un coupe-papier, un Saint Graal.

Mon père était bien triste: il ne pouvait plus ouvrir ses lettres. Il m’a dit que c’était à moi de décider si je voulais faire une plainte à la police ou non. J’ai pris deux jours pour y réfléchir. Ça m’a finalement pris tout mon courage pour me rendre au poste de Saint-Romuald : je m’en allais trahir celui que j’aimais.

J’ai raconté mon histoire à un policier qui m’a fait remplir des papiers. Il a froncé les sourcils en lisant l’adresse du lieu du crime. J’ai dû lui expliquer que l’infraction s’était passée chez mon père, sur la Rive-Nord, mais que là, j’étais chez ma mère, sur la Rive-Sud. Il a aussitôt déchiré le constat d’un air agacé. Si je voulais encore porter plainte, je devais me rendre au poste de quartier le plus proche de chez mon père et tout recommencer. Stooler Billy une deuxième fois. Pas question qu’ils se parlent entre postes. J’ai laissé faire, bien trop compliqué.

Fuck les parents divorcés.

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Comme la fois où j’ai rencontré Charlie.

J’ai toujours été jalouse des filles qui avaient la capacité de s’émerveiller devant un petit animal. Je parle de ce visage qui s’illumine, de ces cris aigus qui se permettent une sortie et de ses mains qui vont dans tous les sens à la vue de ladite bête. J’ai toujours été jalouse de ces filles. Je l’ai dit à mon amie Marilou.

-  Marilou, j’suis jalouse des filles qui ont la capacité de s’émerveiller devant un p’tit animal. J’ai l’impression de manquer quelque chose.

-  Ben voyons Marie. Toi tu t’émerveilles devant autre chose, c’est tout.

-  Devant quoi par exemple ?

-  Bon, ça m’vient pas là là. Mais c’est sûr qu’y a quelque chose.

Je n’étais pas convaincue. Je me suis pratiquée avec mon aspirateur. Je me suis promenée chez moi et j’ai lâché des hiiiiiiiiiiiii, des onhhhhhhh, et des ahhhhhhh à la vue de l’aspirateur. Rien à faire : il me regardait, stoïque et peu convaincu. J’ai demandé à ma coloc de le cacher dans une pièce pour créer l’effet de surprise. Pas vraiment mieux. Je n’arrivais pas à recréer l’émotion recherchée. J’ai mis un miroir derrière l’aspirateur et y suis allée de mon meilleur « C’est à qui le beau pitou, hein ? C’est à qui ? ». Toujours rien. J’avais beau chercher très loin les étincelles dans mes yeux, je ne les trouvais pas. J’avais les yeux mats.

J’ai abandonné le projet animalier jusqu’à l’automne dernier. Une amie abritait alors chez elle des bébés chats qui avait été abandonnés par leur mère. Et elle me cassait sans cesse la tête avec ses bébés chats. « Là on les a mis dans le bain pis ils se sont tous couchés en boule pis là machin-machin blablabla hahaha, c’était tellement cuuuuute ! » C’était l’automne, il faisait froid, je me suis dit pourquoi pas.

-  Prête-moi donc un bébé chat pour le weekend.

-  Hein ? Toi ? Un bébé chat ?

-  Ben oui. Juste pour le weekend là.

J’ai toujours le bébé chat. Il s’appelle Zoothérapie. Ou plutôt elle. Au début, entre Zoothérapie et moi, c’était l’amour fou. Elle venait me chatouiller les pieds sous les couvertures, ronronner et dormir dans mon cou. Puis, elle est devenue ingrate et indépendante. Elle a commencé à vouloir aller dehors, à préférer ses amis, à ne plus rentrer coucher. J’ai alors cru bon de lui rappeler ses origines pour tenter de rééquilibrer le pouvoir.

« Demande-toi pas pourquoi ta mère t’a abandonnée. Ben oui, elle t’a ABANDONNÉE ta mère. Reviens-en là. Compte toi déjà chanceuse qu’elle t’ait pas mangée. À l’heure qu’il est de toute façon, elle doit être MORTE. Oui oui, MORTE. Faque y te reste juste moi maintenant, tu devrais faire attention. »

Mes menaces n’ont rien changé. Et j’ai peu à peu lâché prise sur Zoothérapie. Puis, Charlie est arrivée dans ma vie. Charlie, c’est un gentil teckel noir à poil court avec des oreilles en pleurote. Et c’est officiellement l’être le plus heureux que je connaisse. Avec Charlie, chaque jour est Noël, chaque promenade est la plus belle chose qui lui soit arrivée, chaque repas est son mets préféré. Hein ? Tu manges des pâtes ? Mais ça tombe bien, J’ADORE ça les pâtes moi !

Charlie est l’être le plus heureux que je connaisse, mais aussi le plus faible. C’est une dépendante affective qui a toujours besoin d’être sur tes genoux, le museau caché dans l’une de tes articulations, à la recherche d’un peu de chaleur humaine. Quand elle te voit mettre tes souliers pour aller travailler, elle commence à trembler et te regarde avec ses petits yeux de Pierrot triste. Je t’en prie ne m’abandonne pas. Je t’en prie ne m’abandonne pas. J’ai pas vraiment fait pipi sur la moquette. Juste quelques gouttes. Des petites gouttes cutes là. Comme moi !  Oui, Charlie est faible, vraiment faible : elle a peur de son ombre, mange ses émotions et ferait n’importe quoi pour être aimée. À côté d’elle, j’ai l’air d’une vieille âme. Elle me fait sentir forte et en indépendante. Elle me fait sentir en contrôle. Elle me fait sentir importante. C’est qu’elle a tant besoin de moi. En fait, Charlie me donne du pouvoir. Elle me donne envie de porter les culottes, elle me donne envie de brasser la cabane, elle me donne envie de porter un foulard à l’intérieur. Charlie me donne envie d’écrire en majuscules ET DE CRIER « C’EST À QUI LE BEAU PITOU, HEIN ? C’EST À QUI ? »

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Comme la fois où ça l’aura valu la peine de pleurer ma vie.

Sur nos quatre joues les larmes coulaient. Comme un bâillement qui en déclenche un autre, mais nous c’était nos larmes qui étaient contagieuses. Elles se crinquaient entre elles, ruisselant à qui mieux mieux. On n’avait pas vraiment le droit de pleurer, faisait beaucoup trop beau pour pleurer, mais on s’en fichait : on pleurait quand même. Assises dans le gazon du parc Claude Jutra, on était inconsolables. Un parc nommé en l’honneur d’un homme qui avait préféré se jeter en bas d’un pont plutôt que de se perdre dans l’oubli. Justement, on avait l’impression de s’être oubliées nous aussi. De s’être perdues au détour d’un corridor d’université et d’avoir continué notre chemin sans jamais se poser de questions. Et là, dans le parc Claude Jutra, ça nous rattrapait. Cette impression d’être complètement perdues. Cette impression de ne pas être sur son X.

Ce jour-là, on a fait le pacte d’être heureuse professionnellement. On a fait le pacte de ne pas être comme ces gens croisés dans l’ascenseur qui nous annoncent un « Plus que trois jours avant le weekend ! » le mardi matin. Peu après, je suis devenue conceptrice-rédactrice alors que mon amie est courageusement retournée à l’école. Je ne me tannerai jamais de lui dire à quel point je suis fière d’elle. Je suis tellement fière de toi. Quand elle me raconte sa nouvelle vie, je suis convaincue qu’elle a fait le bon choix. J’ai voulu lui rendre hommage en soumettant l’une de ses histoires au Prix du récit Radio-Canada. Mon texte a été retenu dans les cinq finalistes. Oui, je crois qu’on a fait le bon choix.

http://www.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2013/07/08/006-chambrecinq-marieeve-leclercdion-recit-2013.shtml

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Comme la fois où j’ai fait une pluie de rires.

Quand j’ai décidé d’aller en Inde, ce n’était pas tant pour le caractère spirituel de la chose. Pas question d’astiquer le plancher d’un ashram ni d’y faire vœu de silence. Je pouvais bien promettre de ne pas parler lorsqu’il y aurait du pain naan sur la table mais c’était pas mal le seul vœu de silence dont j’étais capable. Pas très poli de parler la bouche pleine de toute façon. Malgré qu’en Inde, roter ne froisse personne alors va savoir.

Mais non, pas tant un voyage de spiritualité que ça. Pas un voyage d’où l’on revient transformé, où l’on met ensuite une vache sacrée comme fond d’écran et un namaste à même sa signature courriel. Mais quand j’ai vu la petite annonce « Yoga class for 100 Rupees per hour » sur le babillard de notre hôtel, je dois avouer que mes chakras ont un peu vibré. Faire du yoga au pays du yoga : il y avait comme quelque chose qui sonnait bien là-dedans.

Je n’ai jamais su le nom de notre maître yogi mais appelons-le Monsieur Singh, l’un des noms les plus communs de l’Inde. Ça signifie lion en sanscrit. Enchantée Monsieur Lion. Monsieur Lion n’avait que deux étudiantes : Geneviève et moi. À 100 roupies par personne, soit 2 $ chacune, il allait pouvoir arrondir sa fin de mois d’un gros 4 $. Oh yeah. Tournée de papadums pour tout le monde.

Petit homme, 5’ 4’’, cheveux grisonnants, vêtements bruns, vêtements amples, monsieur Lion devait avoir une cinquantaine d’années dans le corps dont trente comme yogi. Il portait de petites lunettes rectangulaires aux contours transparents un peu jaunis par la vie qui lui donnait un air hipster, bien malgré lui.

- We gonna do yoga today but we gonna do it real slow. Slowly slowly.

C’est dans un anglais au fort accent indien qu’il nous annonça comment aller se dérouler la séance.

- We gonna take our left arm and we gonna put it on our right feet. Slowly slowly.

Monsieur Lion nous donna ensuite chacune de ses indications d’une voix douce et articulée.

- And now, we gonna take our right arm and we gonna put it on our left feet. Slowly slowly.

En terminant toutes ses phrases par « slowly slowly ».

- Now we gonna stretch our two arms above our head. Slowly slowly. We gonna stretch more. And more. And more. Enough. ENOUGH !

Parfois, il haussait subitement le ton, comme pour réaffirmer son autorité.

- Now, if you want, we gonna do a rain.

À la fin du cours, monsieur Lion nous fit une proposition qui fut dure à refuser.

- We gonna do a rain of laugh. And we gonna do it by showing each other how happy we are. I gonna show you how happy I am and you gonna show me how happy you are and you gonna show each other too.

Je me voyais mal lui dire que je n’avais pas vraiment envie de faire une pluie de rires. Ça ne se dit comme pas.

- Hahahahahahahahahahahahahahahaha.

Et alors il commença ladite pluie.

- Hahahahahahahahahahahahahahahaha.

Je fis donc comme lui.

- Hahahahahahahahahahahahahahahaha.

Et Geneviève nous imita.

- Hahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahahaha.

Nous avons ri pendant un bon quatre minutes à se regarder les trois dans le blanc des dents. Un rire forcé qui finissait par être vrai. Un rire contagieux. Un rire qui réussissait toujours à trouver son deuxième souffle. Un rire qui décrochait de son rôle de temps en temps, juste parce qu’il avait trop conscience d’être en train de rire. Il devenait alors plus vrai, plus naturel. À un certain moment, je ne savais même plus pourquoi je riais. Je ne savais plus si c’était parce que je me trouvais ridicule, ou parce que le rire de monsieur Lion me faisait rire ou simplement pour alimenter la pluie. Mais bon, j’ai ri comme si c’était ma job et ça ne m’a coûté que 2 $.

Je ne suis pas maître yogi mais je pense avoir un certain don pour la pluie de rires alors je me propose de l’enseigner gratuitement à quiconque a un lundi pluvieux. Pour les plus récalcitrants, je vous promets qu’on va faire ça tout en douceur. On va y aller, slowly slowly.

Namaste.

- Maître Leclerc-Lion

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Comme la fois où je me croyais irrésistible.

Une fois par année, pendant environ une semaine, je ne sais pas trop ce qu’il se passe. Mais une fois par année, pendant environ une semaine, il se passe quelque chose c’est sûr. Probablement un débalancement hormonal, une hausse de sérotonine, une poussée de confiance en soi ou deux fils qui se touchent dans mon cerveau, mais il y a quelque chose à quelque part qui fait que tout d’un coup, je me sens irrésistible. Ouin.

C’est comme si mon égo était soudainement gonflé à l’hélium : il flotte au-dessus de tout le monde. Et du coup, j’ai l’impression que tous les hommes que je côtoie ou croise, ont un kick sur moi. Gros statement, je sais. Mais ça reste que pendant cettedite semaine, je vois des signes de mon charme partout. Et chaque petite parole, petit sourire ou petite gentillesse, je prends ça pour du cash :

  • Le joggeur qui me salue au parc La Fontaine.
  • Mon vieux comptable de 70 ans qui aimerait qu’on skype pour parler de mes impôts.
  • Le chauffeur de taxi haïtien qui me demande si j’ai déjà eu un chum haïtien.
  • Le fils de mon amie qui me trouve vraiment cool pour mon âge.
  • Le père de mon amie qui me trouve vraiment mature pour mon âge.
  • La joggeuse qui me salue au parc La Fontaine.
  • Mon boss qui m’approuve un concept (allô Marc).
  • Le photographe qui m’ajoute sur Facebook (allô Raphaël).
  • Mon prof de yoga qui me replace pendant ma posture du Dog machin… Doggy Style Facing Dog… ah oui c’est ça : Downward Facing Dog.

OK je le sais, je charrie. Mais reste que pendant cette fameuse semaine, appelons-la La semaine de la confiance en soi MD, y’a quand même certains signes qui me font penser que j’ai peut-être réellement une aura spéciale. Le médecin de la clinique du sans rendez-vous par exemple, Dr Potvin. Cinquantaine avancée, sarrau blanc, ben occupé, pas le temps de niaiser.

-       Désolé, j’peux malheureusement pas vous prendre dans mes clients réguliers, Mademoiselle.

-       Ah non. C’est parce que ça m’rassurerait vraiment d’avoir un médecin de famille. On a une génétique bizarre dans ma famille. Je vous avais dit que mon père était … mort ?

-       Ah. Non. De quoi ?

-       Méningite.

-       Bon…

-       Faites-vous des examens gynécologiques vous ?

-       Oui.

-       Ah, nice ! Pourriez-vous m’en faire un là là ? Ça fait longtemps y me semble.

-       Euh, oui oui, j’vais prendre le temps. Allongez-vous sur le dos et mettez les pieds dans les étriers. Attention, ça va être froid. Quand je pèse là est-ce que ça fait mal ?

-       Non.

-       Pis là ?

-       Non.

-       Là ?

-       Non.

-       Là ?

-       Ouch !

-       Quand je pèse là ça vous fait mal ?

-       Non mais j’me suis mordue la joue avec ma gomme. Pouvez-vous regarder si ça saigne ?

-       Bon, rhabillez-vous et remplissez ce formulaire-là svp.

-       Hein ? C’pourquoi ?

-       Devenir une de mes clientes régulières.

Euh, allô-ô ? Je ne sais pas pour vous mais pour moi ça ne ment pas. Dr Potvin qui m’ajoute comme cliente juste après un examen gynécologique : il veut me revoir, c’est clair. Ou plutôt la revoir. Toujours est-il que des histoires comme ça, ça n’aide en rien mon égo à redescendre sur terre. Ça lui donne le goût de se rapprocher encore plus du soleil même. Et ça me pousse à faire des moves qui n’ont pas de bon sens. Des moves casse-cous. Aller harceler Alec Baldwin chez lui, genre. Ou me trouver une proie dans mon entourage.

Je commence par aller stalker ses photos Facebook. Incognito, bien dans ma peau. Après ça, je lui écris. Un beau gros message bien punché, avec des jokes absurdes aux trois mots, que moi seule comprends. Par politesse, il me répond cinq mots. Pas grave. Je suranalyse sa réponse. Je lis entre les lignes. Je m’arrange pour y trouver du positif. Je chronomètre le nombre de minutes avant de lui répondre. Je stalke ses photos Facebook une deuxième fois en attendant. Et je lui réponds. Cinq lignes genre. Verbomotrice de même la fille. J’en ai des choses à dire quand même. Pis cinq mots, pour montrer qu’on est une fille drôle qui est capable de puncher, c’est pas beaucoup. Je fais aussi un itinéraire de ses déplacements. J’imprime des Google Maps que je colle sur le mur et j’y mets des punaises de couleur avec des fils qui les relient. Appelez-moi Carrie Mathison. Ensuite, je fais des refresh pour voir s’il m’a répondu et je stalke encore ses photos Facebook en attendant. Jusqu’à ce que je vois passer un statut qui dit « Find out who’s viewing your Facebook profile !!! »

Fuck.

Là je panique. Je stresse. Je pense sérieusement à fermer mon compte Facebook. Je fais de l’anxiété. De l’angoisse. De l’insomnie. Je mange pu. Je mange trop. Je retourne voir Dr Potvin. Il me fait un examen gynécologique. Et là, je suis sauvée. Voilà, c’est dit.

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Comme la fois où j’ai commencé l’année du bon pied. – La suite.

451px-Hospital_signJe n’ai malheureusement aucun ami médecin, mais quand il est question de savoir si je devrais en consulter un pour ma blessure à la cheville, tous mes amis ont leur mot à dire.

« C’est juste une entorse. Ils peuvent rien faire à l’hôpital. Ils vont juste te dire de mettre d’la glace. »

« Aye fille, on n’est pu dans l’temps d’Ovila Pronovost où on faisait juste mettre d’la glace là. Vas voir un médecin pis ça presse. »

« Vas-y pas j’te dis: tu vas perdre ta journée pis tu vas pogner la grippe et/ou la gastro. »

« Ischhh. Ça t’inquiètes pas qu’elle soit aussi bleue et enflée ? »

« Pour vrai si c’était cassé, t’aurais ben plus mal que ça. Tu hurlerais tout l’temps. Tu hurlerais jour et nuit. »

Après une semaine à peser les pour et les contre, je décide finalement de me rendre au sans rendez-vous. La clinique ouvre à 7h00. J’arrive à 6h30. Une vingtaine de personnes sont déjà devant moi. Moi j’ai pris ma douche au moins. Je me range à la fin de la file mais me sens soudainement observée: on me fusille du regard; certains me mitraillent même. Je me rends sur-le-champs et me dirige vers la vraie fin de la file. Jamais été très bonne pour lire les files. Un homme prend place derrière moi. Il porte un polar vert forêt avec des chevreuils. Il me dévisage de la béquille droite à la béquille gauche. Puis de la gauche à la droite.

- Allez don vous asseoir là-bas ma pauvre fille, m’ordonne-t-il. Je vais garder votre place pour vous.

- Ahhh, no non, c’est beau. C’est bien gentil mais je suis correcte pour…

- ALLEZ VOUS ASSEOIR, J’AI DIT. L’expression « Premier servi, premier servi. » ça ne s’applique pas à vous.

J’obéis et vais m’asseoir. À toutes les dix minutes, Polar de chevreuils me fait des thumbs up pour me signifier qu’il a la situation bien en main.

Je vois finalement le médecin à 9h30. Il m’envoie passer des radiographies dans le même édifice. Attends en radiographie, passe les radiographies, attends le résultat des radiographies, retourne voir le médecin avec mes résultats. Il est finalement 11h30 lorsque j’entends mon nom.

- Votre calvaire n’est pas fini malheureusement, me dit le médecin. Vous avez le péroné fracturé. Vous devez aller à l’urgence de Notre-Dame pour vous faire faire un plâtre.

- Fuck. Est-ce que ça peut attendre à demain vous croyez ?

- C’est beau Mademoiselle, vous avez prouvé votre point : vous êtes une p’tite tough. Maintenant, arrêtez de niaiser pis rendez vous à l’urgence.

- Pis mettons que j’y vais ce soir ?

- Tout de suite, j’ai dit.

Le lendemain matin, je me rends à l’urgence. J’arrive à 7h00. Je m’apporte même un lunch au cas où. Il y a seulement une patiente devant moi. Yeah. Une rousse qui a la varicelle. Comme si ses taches de rousseur avaient éclos.

En attendant mon tour, j’écoute la conversation des gardiens de sécurité.

GARDIEN 1 : As-tu vu le nouveau clip de Corneille ?

GARDIEN 2 DE RACE NOIRE : Ben oui, Corneille c’est mon frère.

GARDIEN 1: Arrête de niaiser man, c’pas ton frère.

GARDIEN 2 DE RACE NOIRE: Jt’el jure, c’est mon bro.

Un nouveau patient arrive dans la salle d’attente. Il est gros et gémit sans cesse. Vraiment gossant.

Une nouvelle patiente arrive dans la salle d’attente. Elle n’est pas grosse mais gémit sans cesse. Elle le fait de façon très érotique : chaque fois qu’elle gémit, on dirait qu’elle jouit. Parfois, entre deux gémissements, elle vomit. Je ne me sens pas bien.

Je commence à voir un pattern s’installer à l’urgence : les gens gémissent pour passer plus vite. Je me pratique à gémir dans ma tête. Ce n’est pas très convaincant.

Je vois finalement l’urgentologue.

« Votre fracture tombe dans une zone grise, me dit-elle. Pas assez sévère pour un plâtre blanc, mais trop sévère pour une botte de marche. Je vais devoir envoyer vos radios à L’Hôtel-Dieu pour avoir l’avis d’un spécialiste. »

Je retourne m’asseoir dans la salle d’attente.

Un nouvel homme arrive à l’urgence. Il a un regard perçant. Le frère de Corneille lui demande de se présenter au triage. « C’est parce que j’pense que j’connais quelqu’un ici, lui dit Regard perçant. J’vais aller le saluer avant le triage. »

Regard perçant s’assoit à côté du gros gémisseur arrivé plus tôt. Ils se parlent tout bas. C’est louche.

Gros gémisseur se lève ensuite pour s’adresser à la réceptionniste :
– J’veux juste être sûr que y’ont pas nommé mon nom : Pierre Carrier (nom fictif).

- Répétez-moi votre nom svp ?, lui demande la réceptionniste qui a mal entendu.
– Luc Carrier (nom fictif aussi).

Ok, c’est vraiment louche. J’essaie de détourner mon attention de Regard perçant et de Gros gémisseur aka Pierre/Luc Carrier. Ils me font peur. Je me rabats sur la conversation d’une mère et de sa fille.

MÈRE : C’est quoi donc l’autre film québécois qui est nominé aux Oscars ?

FILLE : Hobbit Nguyen.

Un nouvel homme entre à l’urgence. Il est grand et porte une casquette sur laquelle il est écrit Feeling Lucky. Il va s’asseoir à côté de Regard Perçant et de Pierre/Luc Carrier. Les trois se connaissent. Ils ont vraiment l’air de tramer quelque chose. L’idée me traverse que ce sont peut-être des terroristes. Je la chasse aussitôt. Je me dis que dans le pire des cas, le frère de Corneille pourra me défendre.

Regard perçant s’adresse ensuite à moi; il me demande s’il peut emprunter mon téléphone pour appeler la RAMQ. Je n’ai pas le courage de refuser. Mon facteur fun est à 1 sur 10.

Arrive 12h30. Mon lunch est mangé depuis 10h30. J’ai faim. Ça fait cinq heures et demie que j’attends. Il y a trois terroristes assis devant moi. L’un d’eux a probablement activé une bombe à l’aide de mon téléphone. Je n’en peux juste plus. J’enfourche mes béquilles et retourne voir l’urgentologue.

- J’ai repensé à ça pis ça ne me dérange vraiment pas que vous me donniez le plus gros plâtre, lui dis-je avec la voix piteuse et les yeux plein d’eau. Pas besoin d’attendre l’avis de votre collègue.

- Je ne vais pas vous immobiliser et vous faire courir le risque d’une phlébite et d’une embolie pulmonaire si vous en avez pas besoin, me répond-elle. Mon collègue m’a rappelée mais il veut avoir l’avis de son boss. Ça devrait plus être très long.

Je retourne les béquilles basses dans la salle d’attente. Juste à temps pour entendre une vieille dame demander à Feeling Lucky s’il est un policier. Elle doit le trouver louche elle aussi.

L’urgentologue me rappelle une heure plus tard. Le verdict : un entre-deux, soit un plâtre synthétique bleu, muni d’une sandale à velcro Acu-Massage. De toute beauté.

En rentrant chez moi, j’ai la meilleure idée du monde : recomposer le dernier numéro de mon téléphone pour savoir qui Regard perçant a appelé. Le genre d’info qui va certainement aider les policiers dans leur enquête concernant la bombe. Je recompose. J’attends. Une voix de femme me répond : « Bienvenue à la Régie de l’assurance maladie du Québec. Si vous connaissez le poste de la personne que vous voulez joindre, composez-le maintenant. »

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Comme la fois où j’ai commencé l’année du bon pied.

3 janvier. Pu capable des vacances. Suis rendue trop zen. Besoin d’un peu d’action. J’ai écouté la saison 1 d’Unité 9 deux fois déjà. Je les envie presque les prisonnières. Y’a l’air à se passer plein de choses en dedans.

Hâte de retourner travailler. Le bureau ouvre officiellement le 7 janvier mais besoin d’une équipe aujourd’hui pour dépanner certains clients. Moi moi moi ! Je mets mon cadran pour 7h00. Je me réveille par moi-même à 6h00. Party. J’ai l’impression que c’est Noël. Ok, je me calme.

Je me prépare. Je me mets même du mascara. Je prépare mon kit de yoga. Je me fais un lunch santé. Vivement les bonnes résolutions de 2013. Je sors de chez moi. Mes voisins ont sorti leur recyclage. Ah ben oui, c’est aujourd’hui ça. Maudit que c’est l’fun sortir son recyclage. Je retourne chez moi. Je ramasse tout ce qui traîne et qui pourrait ressembler à du recyclage. Je l’ajoute au tas déjà entamé sous l’évier. Je lis les grands titres du journal en vitesse pour pouvoir l’ajouter lui aussi. J’aime que mes sacs de recyclage soient bien remplis. Pas de perte d’espace. Je prends un grand sac transparent et le remplis dudit tas. C’est le dernier sac de la boîte de sacs. Je peux donc mettre la boîte du sac de recyclage dans le recyclage. Wow. J’ai l’impression que j’ai le droit de faire un vœu. Eh que l’année commence bien.

Je marche tranquillement vers le métro. Je ne mets pas mes écouteurs ce matin. J’ai le goût d’être en contact avec mon voisinage. J’ai le goût d’être en contact avec mon quartier, avec mon présent, avec ma vie. Je souris au gars qui fume une cigarette devant l’épicerie. C’est pas grave, tu te reprendras en 2014. Un automobiliste me laisse traverser la rue. Je lui fais un signe de la main. Je continue ma route. Les trottoirs sont glacés. Je redouble de prudence. Badabing badabang. Pas assez finalement. Je suis étalée sur le sol. Ma cheville me fait mal. Pleure pas. Pleure pas. Pleure pas. Bouhouhou. Je pleure comme un fantôme.

Je suis toujours par terre. Pas capable de me relever. Pas envie. Je vois mon hiver défiler devant moi. Je me vois en train d’écouter la saison 1 d’Unité 9 pour une troisième fois. Me dire qu’elles sont chanceuses les filles de Lietteville parce qu’au moins elles peuvent marcher, elles. Je me vois ne plus être capable de sortir de chez moi. Passer mes weekends à manger des crottes de fromage. Ne plus avoir de crottes de fromage mais ne pas être capable d’aller en racheter à l’épicerie. Chercher dans les craques du divan pour voir s’il n’en resterait pas. Me commander des leggings en ligne sur le site d’Addition Elle.

- Êtes-vous correcte Madame ?, me demande un passant.

- Haha. Oui oui merci.

Dès qu’il a le dos tourné je recommence à pleurer. C’est sûr que ma cheville est brisée. Soit foulée, fêlée, cassée, fracturée, fractionnée, déchirée, ou déligamentée. C’est pas clair. Je réussis finalement à me relever. Je sautille jusque chez moi en pleurant. Les trottoirs ne sont pas encore déblayés sur ma rue. J’ai zéro fun. Mon mascara a coulé. Quand je croise des gens je pleure encore plus fort pour qu’ils comprennent que ça fait vraiment mal. Ils m’ignorent. J’arrive devant chez moi. Je m’effondre sur les marches de l’entrée. À bout de bras, j’essaie de débarrer la porte. Je tourne la clé. À droite. À gauche. À droite. Je ne sais plus. Je finis par y arriver. J’entre chez moi en rampant. En oubliant la clé dans la serrure extérieure. Une amie charitable qui m’amènera de la soupe plus tard dans la journée me le fera remarquer. Bof. Tant qu’à être blessée, aussi bien se faire voler aussi.

Ma cheville enfle. Je pourrais jouer dans C’est à ton tour Laura Cadieux. Je profite du fait que je pleure encore pour appeler mon collègue. Je prends toute la sympathie que je peux avoir.

- Math ? Bouhouhou. Je pourrai pas rentrer aujourd’hui. Bouhouhou. Je me suis fractionnée la cheville. Bouhouhou. Je vais avoir besoin de béquilles.

Je raccroche. J’arrête de pleurer. Je sautille jusqu’au garde-manger. Je m’ouvre un sac de crottes de fromage et je me start un épisode d’Unité 9.

Bonne année là.

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